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30 000 conducteurs sans permis ?

Les Nouvelles Calédoniennes. Publié le jeudi 18 octobre 2012 à 03H00

 

Malgré les dispositifs d’aide pour passer le permis de conduire, les résultats tardent à venir. La DITTT révèle que dans 24 % des accidents mortels, le conducteur n’avait pas de permis. L’association Prévention routière estime de son côté que plus de 30 000 personnes conduiraient en toute illégalité.


 

L’accident qui a coûté la vie à cinq jeunes il y a un peu plus d’une semaine à Nouméa relance le débat sur la conduite sans permis en Nouvelle-Calédonie. Combien sont-ils aujourd’hui à conduire régulièrement en toute illégalité ?

Si Thierry Valet, le président de l’association Prévention routière, estime qu’en Calédonie plus de 30 000 personnes conduiraient sans permis, la DITTT indique qu’aucune étude précise ne permet d’avancer de tels chiffres. Ce que les institutions savent en revanche, c’est le nombre d’accidents mortels pour lesquels le conducteur « présumé responsable » présentait un défaut de permis. Sur les 38 accidents mortels qui ont fait 45 victimes depuis le début de l’année, neuf ont été causés par un conducteur sans permis, soit dans 24 % des cas. Il était de 27 % en 2011, de 29,8 % en 2010 et d’environ 25 % les années précédentes. Un chiffre qui n’évolue guère et qui a de quoi inquiéter autorités et associations.

 

Echecs. Pour l’association Prévention routière, les choses ne sont pas près d’évoluer. « Conduire sans permis c’est une question culturelle, de coût et d’accès à la formation, mais depuis plusieurs années, rien n’a évolué. Nous manquons toujours autant d’auto-écoles, de moniteurs, notamment en Brousse et aux Loyauté, s’agace Thierry Valet qui, faute de subventions de la Nouvelle-Calédonie, ne peut réaliser tous ses projets. Je le redis, les autorités ont également des consignes pour fermer les yeux car on ne peut pas mettre tout le monde en prison. »

Ce qu’on peut remarquer, c’est une baisse du nombre de candidats puisqu’en 2011, tous permis confondus, 14 980 épreuves théoriques générales (le code) ont été réalisées contre 16 905 en 2010, soit une baisse de 8,9 %. La DITTT constate qu’en raison de l’isolement de certaines populations, toujours en 2011, 3 238 personnes ont passé le code en candidat libre et seulement 395 l’ont eu. Côté épreuve pratique (la conduite), la baisse est aussi visible puisque 6 828 examens ont été réalisés en 2011 contre 7 624 en 2010.

 

Mentalités. « En Métropole, il a fallu près de quarante ans pour faire baisser le nombre de morts sur les routes et pour changer les mentalités. Ici, on part de loin, mais des dispositifs existent désormais pour faire baisser le coût du permis, pour un meilleur accès aux auto-écoles à travers tout le pays, et pour une meilleure compréhension du code de la route [lire ci-contre]. Mais, les pourcentages de réussite aux examens, surtout au code, ne sont pas bons [seulement 29,1 % en 2011, NDLR], expliquait Edgar Chardon, chargé d’étude au bureau de l’éducation routière. Ce que confirment plusieurs moniteurs de Brousse : « Ce n’est pas l’épreuve de conduite qui pose problème [le taux de réussite en 2011 était de 67 % », NDLR]. On se doute bien que beaucoup conduisent sans permis puisqu’ils n’ont aucun problème dès les premières heures. Du coup on insiste sur le comportement au volant, sur les dangers de la route, plus que sur la technique. » Ce qui est valable pour ceux qui passent les épreuves. Malheureusement beaucoup trop abandonnent les cours (lire ci-dessous) et continuent leur route, sans permis, malgré les très lourdes conséquences que cela peut entraîner en cas d’accident.

 

*Direction des infrastructures, de la topographie et des transports terrestres.
 

31 % de désistement au permis pour l’emploi (PPE)

Le gouvernement a créé en 2006 le dispositif Permis pour l’emploi (PPE), une aide financière pour favoriser l'accès au permis B. Il s’adresse aux demandeurs d’emploi, aux étudiants en dernière année de Bac Pro, et aux apprentis en deuxième année. Le coût du permis est alors de 15 000 francs pour le bénéficiaire, les 78 000 francs restant sont pris en charge par la Nouvelle-Calédonie. Mais si la demande de Pass à l’IDC-NC (Institut pour le Développement des Compétences) est importante, avec 3 471 demandes à ce jour, environ 31 % des candidats ne l’utilisent pas, selon l’IDC-NC.

Une fois l’enregistrement effectué à la DITTT, le taux de réussite au code s’élève à 45 %. 13 % des candidats sortent du dispositif PPE, c’est-à-dire qu’ils ont connu trois échecs consécutifs au code.

 

De fortes disparités

 

Une fois le code obtenu, 70 % des candidats réussissent l’examen de conduite.

En moyenne sur la période 2007-2011, 33 % des candidats valident l’intégralité de leur parcours de formation (soit 1 candidat sur 3). Les hommes réussissent mieux que les femmes (40 % contre 28 % pour les femmes).

Au final, les étudiants et les apprentis réussissent mieux que les demandeurs d’emploi. Une fois enregistrés à la DITTT, 29 % des demandeurs d’emploi décrochent leur permis de conduire, contre 39 % pour les étudiants et les apprentis.

Les chances d’obtenir le permis de conduire diminuent avec l’âge. Les moins de 26 ans réussissent mieux que les 26-35 ans et surtout que les plus de 35 ans. Seuls 14 % des candidats âgés de 36 ans et plus valident l’intégralité de leur parcours de formation, contre 25 % pour les 26-35 ans et 36 % pour les moins de 26 ans.

Les chances d’obtenir le permis de conduire augmentent également en fonction du niveau de formation. Ce sont les détenteurs d’un diplôme de niveau 3 qui réussissent le mieux (67 % de réussite, contre respectivement 38 % et 31 % pour les titulaires d’un diplôme de niveau 4 et 5).

Le chiffre:6,5

 

 

C’est, en pourcentage, le taux de réussite pour l’examen du code aux Loyauté et à l’île des Pins en 2011 (55 codes obtenus pour 836 candidats). Sur la Grande Terre, le taux de réussite est de 23,58 % et de 32,85 % pour Nouméa.

 

Repères

Les mairies à l’aide
Pour les populations qui peinent à décrocher un job ou une formation faute du fameux sésame, certaines mairies donnent un coup de pouce. L’aide pour financer les frais d'autoécole, notamment pour les jeunes et les faibles revenus. C’est le cas à Ponérihouen ou Kouaoua, pour ne citer qu’elles, où l’aide peut s’élever à 50 % du coût du permis. Certaines, avec l’aide des autoécoles, organisent également des sessions intensives. Le candidat reçoit alors des cours pendant trois semaines consécutives et passe ensuite le code. Idem pour l’épreuve de conduite.

Les auto-écoles se délocalisent
Plusieurs auto-écoles de Nouméa et de Brousse organisent des cours et des examens dans des communes dépourvues de structures d’enseignement. C’est le cas de l’auto-école de Poindimié qui, en plus de ses antennes de Touho et Hienghène, organise des cours et des examens deux fois par semaine à Ponérihouen, Kouaoua et Houaïlou.

Vers une nouvelle aide pour Prévention routière
La DITTT souhaite relancer un partenariat avec l’association Prévention routière de Thierry Valet. Cette dernière vit actuellement avec la seule subvention de la province Sud (2 millions) et pourrait disparaître à moins d’un coup de pouce de la Nouvelle-Calédonie. La DITTT, consciente de la notoriété et des moyens, notamment le matériel pédagogique gratuit fourni depuis la Métropole, y travaille et souhaiterait dans l’avenir lui déléguer des missions à travers le pays.


Ludovic Lafon



18/10/2012
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