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« Charly » Pidjot est parti"

Les Nouvelles Calédoniennes. Publié le mercredi 12 septembre 2012 à 03H00

 

Personnalité incontournable du monde politique et de la lutte indépendantiste, Charles Pidjot est décédé hier matin au Vanuatu. Farouche défenseur de la cause kanak et du destin commun, le président de l’UC avait participé au rapprochement avec le Rump.

Le leader de l’Union calédonienne a participé à tous les grands événements du pays ces trente dernières années. Notamment aux accords de Matignon-Oudinot et de Nouméa (en haut à droite sur la photo).

Le leader de l’Union calédonienne a participé à tous les grands événements du pays ces trente dernières années.

Une figure du monde indépendantiste a disparu. Au siège de l’Union calédonienne, rue de la Gazelle à Nouméa, une voix suivie d’un éclat de rire ne s’entendra plus, au milieu des collaborateurs, près d’une tasse à café, ou dans le petit jardin. Charles Pidjot, ou plutôt « Charly » comme tout le monde l’appelait, est décédé hier matin, brutalement, au Vanuatu, sur l’île de Tanna. Loin de sa terre de La Conception au Mont-Dore, mais dans un pays mélanésien indépendant, un statut farouchement revendiqué pour sa « Kanaky » -Nouvelle-Calédonie. Bon vivant, le président de l’UC venait de fêter le 17 juillet dernier ses 50 ans, et était parti dans l’archipel voisin pour assister à des cérémonies traditionnelles, et « se reposer » selon une proche. Voire même se faire soigner, d’après un journaliste vanuatais contacté hier (lire ci-contre). Des complications l’ont emporté, lui qui souffrait d’une insuffisance rénale et devait subir très régulièrement une dialyse. Les récents et multiples rebondissements politiques avec leur cortège de tensions ont, sans aucun doute, touché aussi sa santé.

 

Hommage. Selon le vœu de la famille, le retour du corps de Charles Pidjot s’est effectué hier en fin de journée en toute discrétion. Un hommage public doit être rendu aujourd’hui, de 10 à 18 heures, à la salle culturelle du Mont-Dore. Et ce, avant un accueil à la tribu de La Conception pour des cérémonies coutumières et une veillée. La date n’était pas précisée hier soir, toutefois l’inhumation pourrait intervenir demain jeudi ou bien vendredi. Des simples militants aux acteurs politiques, des grands chefs aux représentants de l’Etat et du monde économique... une foule viendra saluer sa mémoire.

Très affecté par la mort de son frère, le Pdg de la SMSP Raphaël Pidjot, dans un crash d’hélicoptère en novembre 2000, « Charly » s’était, très jeune, totalement investi dans la lutte. Pour l’émancipation de la Nouvelle-Calédonie, sa décolonisation, l’accès à l’indépendance. Par son élection à la tête du parti fin 2007, l’Union calédonienne opte pour un discours de proximité, prête à s’attaquer à des enjeux à la fois internes avec les discordes, et externes à l’aube d’échéances électorales majeures. Réputé pour ses coups de gueule, l’ancien footballeur avait effectué un dribble inattendu à partir de 2010 sur l’échiquier : le rapprochement avec le Rassemblement-UMP. Salué par le Premier ministre de l’époque François Fillon, le lever des deux drapeaux, français et FLNKS, a constitué l’acte hautement symbolique de cette stratégie.

 

Destin. Deux drapeaux, des échanges avec Pierre Frogier... « Quand on a signé les accords, tous les accords, on a engagé le pays avec les partenaires, signataires : le RPCR, l’ensemble des indépendantistes... Ensuite, il est tout à fait logique que, dans l’exercice, il faille tisser des passerelles qui permettent aux populations de bâtir le destin commun » s’était expliqué le patron du plus vieux parti calédonien, homme qui avait, par sa déclaration à la tribu de Ouindo à Thio en février 2011, fait chuter le gouvernement Gomès. Ironie de l’histoire, sa mort survient alors qu’un projet identique était étudié au sein de l’UC. Un parti aujourd’hui plongé dans le deuil.

 

Un décès accidentel ?

Affaibli ces dernières semaines, Charles Pidjot serait bien parti au Vanuatu, sur l'île de Tanna se faire soigner. « J'ai appris son décès peu avant 9 heures hier, décrit Hilaire Bule, correspondant pour L'Indépendant et Radio Australie, joint par téléphone, hier. Et j'ai tout de suite appelé l'hôpital de Lenakel à Tanna. Son directeur Louis Nalinj, nous a indiqué qu'ils ont relevé des traces d'opération traditionnelle sur le corps de Charles Pidjot, au niveau du coccyx. A Tanna, si vous avez une jambe ou un bras fracturé, on peut vous opérer de manière traditionnelle avec un bambou tranchant. C'est plus efficace que la médecine habituelle. D'après le docteur, il serait mort suite à une complication liée à son diabète après cette intervention traditionnelle. Il était déjà décédé quand il est arrivé à l'hôpital. Il restait au village d'Isla à l'ouest pas loin de Lenakel où se situe l'hôpital. »


Yann Mainguet



12/09/2012
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