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« L’accord, rien que l’accord, et tout l’accord »

Interview. Victorin Lurel, le ministre socialiste des Outre-mers, débute sa visite de quatre jours sur le Caillou jeudi soir

 

Les Nouvelles Calédoniennes. Publié le mercredi 21 novembre 2012 à 03H00

 

Plus d’un an après la visite de Marie-Luce Penchard, son successeur Victorin Lurel débarque en visite officielle jeudi soir. L’occasion pour le ministre des Outre-mers de préparer le prochain Comité des signataires, programmé le 6 décembre.

Depuis son arrivée rue Oudinot, en mai dernier, le ministre des Outre-mers, Victorin Lurel, a multiplié les entrevues avec les différentes forces politiques calédoniennes.

 

Depuis son arrivée rue Oudinot, en mai dernier, le ministre des Outre-mers, Victorin Lurel, a multiplié les entrevues avec les différentes forces politiques calédoniennes.

Photos Archives LNC

 

Les Nouvelles calédoniennes : Quelle est la méthode Lurel pour la Nouvelle-Calédonie ?

Victorin Lurel : Elle est simple, c’est l’accord, rien que l’accord et tout l’accord. Sa constitutionnalisation oblige l’Etat à rester à équidistance. Quelle que soit la majorité politique, nous devons faire vivre ce processus de décolonisation que prévoit l’accord de Nouméa. Quelquefois, des autorités oublient leur neutralité. On a vu par le passé certains hauts responsables nationaux dire qu’ils préféraient voir la Nouvelle-Calédonie rester dans la République française. Chacun a ses alliances et ses postures, mais nous sommes obligés de rester à équidistance.

L’Etat doit avoir une neutralité active, accompagner, être force de proposition, favoriser l’accord des parties, trouver des consensus car le drapeau ou le nom commun sont des sujets passionnés. Il faut les aborder avec modestie, sagesse et humilité. Les solutions seront trouvées par les Calédoniens eux-mêmes. L’une des réussites de l’accord de Nouméa est de se situer dans un temps qui transcende les échéances électorales, qu’elles soient nationales ou calédoniennes.

 

Il y a des divisions à droite et des divisions chez les indépendantistes, pensez-vous arriver à un moment particulièrement délicat ?

C’est un peu normal. Nous sommes encore un peu dans le cycle électoral. L’élection, qu’on le veuille ou non, est une occasion d’opposition. Il est normal qu’il y ait des crispations, qui perdurent parfois après les résultats. C’est vrai que la division existe de part et d’autre. Il faut donc encore plus de sagesse. Mais l’accord nous oblige tous, car nous en sommes ensemble les partenaires. Le processus fonctionne et il faut tout faire pour que les divisions ne le freinent pas.

 

Vous dites que l’Etat doit être à équidistance, arbitre, n’avez-vous pas le sentiment qu’il doit être également un peu pompier ?

S’il le faut, et c’est aussi son rôle, l’Etat doit tenir le rôle de l’arbitre. Il doit être locomotive, manier l’accélérateur et le frein dans le respect de la liberté et de l’indépendance de toutes les parties. Il ne faut pas vouloir à tout prix brusquer les choses, ni les gens. Nous venons de vivre une séquence électorale très dense : les législatives, le renouvellement de la présidence du Congrès. Cette séquence ne doit pas mettre en péril les échéances qui nous attendent, au premier rang desquelles le Comité des signataires. A ce titre, décider de son ordre du jour n’est pas un acte anodin, d’autant plus qu’il faut avoir à l’esprit, en même temps, la préparation du comité de 2013, le dernier avant les élections provinciales de 2014. Ces deux comités doivent être mûrement réfléchis et très soigneusement préparés.

 

Quand vous avez parlé de « Nouvelle-Calédonie-Kanaky », c’était pour appuyer sur l’accélérateur ou simplement parce que vous étiez heureux de rencontrer Paul Néaoutyine ?

Non, je n’étais pas dans l’effusion. Ce n’est pas le rôle d’un ministre. Je voulais dire, très objectivement, que l’accord prévoit qu’il faudra trouver un nom et un drapeau commun. Il faudra bien, tôt ou tard, réfléchir et arrêter les décisions symboliques du destin partagé. Certains ont pu se demander s’il était bien opportun, quelques mois après des élections, et quelques longs mois avant un nouveau cycle électoral, d’évoquer cela. Je n’ignore pas le caractère délicat de la question. Mais ce n’était pas une manière de forcer les partenaires. Je n’ai aucun doute : certaines questions auront du mal à être tranchées avant l’élection de 2014. D’ailleurs, il peut même être sage de ne pas évoquer les questions les plus sensibles car elles seront nécessairement traitées entre 2014 et 2018.

 

Les questions du drapeau et du nom de la Calédonie vont-elles donc être mises de côté ?

A ma connaissance aucun des partenaires ne demande à inscrire le point du nom commun à l’ordre du jour du Comité des signataires.

 

En revanche, Philippe Gomès tient absolument à remettre le drapeau commun à l’ordre du jour. Il dit que le comité n’est pas là pour traiter uniquement des questions qui font consensus…

Il s’agit là d’un sujet très délicat. Les parties autour de la table ont chacune leurs priorités. Ces priorités peuvent expliquer la recherche, légitime, de rapports de force. Je sais que certains sujets doivent être abordés avec prudence et équilibre, car il convient de ne pas prêter le flanc à des procès d’intention. Ainsi, certains n’ont pas manqué de soutenir qu’en évoquant « Nouvelle-Calédonie-Kanaky », j’adoptais une posture partisane, alors que tel n’était pas mon propos. C’est pour cette raison que l’agenda du Comité des signataires doit se faire dans la recherche du consensus et c’est tout le sens de ma venue en Nouvelle-Calédonie.

 

Si un seul participant au Comité souhaite inscrire le drapeau à l’ordre du jour, il y a peu de chances pour qu’il obtienne donc satisfaction…

J’ai cru comprendre que pour porter ce thème il était même envisagé de faire délibérer le Congrès. Si une telle demande émergeait, nous en tirerions les conséquences, mais en tout état de cause, jamais l’Etat n’arrêtera seul l’ordre du jour. En tant que ministre des Outre-mers, je rechercherai toujours le consensus.

 

Le 6 décembre est bien la date définitive du Comité ?

Oui. Il a fallu accorder les agendas de tous les participants, notamment celui du Premier ministre, mais aussi celui du président de la République.

 

Le président de la République François Hollande recevra-t-il les signataires ?

Il recevra les signataires pour montrer l’importance qu’il attache au processus. Il a réservé son agenda. Le Premier ministre aussi. Le président Harold Martin m’a fait part des difficultés que posait la date du 6 décembre pour le calendrier d’adoption du budget 2013 de la Nouvelle-Calédonie, et d’autres ont exprimé la crainte que les esprits ne soient pas encore assez apaisés. Il a fallu arbitrer, et cette date était celle qui emportait le plus grand consensus.

 

Au plus haut sommet de l’Etat, y a-t-il toujours une crainte d’un embrasement du pays ? Lors des dernières législatives certains disaient être revenus vingt ans en arrière…

Le processus politique est, en soi, délicat. Il faut le porter d’une main tremblante. Mais il faut aussi prendre garde à la cohésion de la société calédonienne. La jeunesse, parfois en déshérence ou en marge, n’a pas toujours la même modération que les aînés. Les aînés ont, eux, connu les Evénements et ils savent mieux que quiconque tout le chemin parcouru, et la nécessité de le poursuivre.

 

La province Sud estime ne plus pouvoir faire face à l’arrivée des populations du Nord et des Iles et demande une modification de la clé de répartition. Qu’en pensez-vous ?

Cette question est indissociable du processus de rééquilibrage. Je comprends les préoccupations de la province Sud qui a vu ses charges augmenter depuis l’accord sur cette clef de répartition. A partir du bilan de l’accord de Nouméa qui a été fait en début d’année, il appartient aux partenaires calédoniens d’examiner les conditions d’une poursuite du rééquilibrage tout en veillant à préserver les intérêts des habitants de plus en plus nombreux de la province Sud. Ce travail doit d’abord être fait en Nouvelle-Calédonie avant d’être inscrit à l’ordre du jour d’un Comité des signataires.

 

Les indépendantistes sont inquiets de l’avenir des transferts de compétence, notamment ceux de l’article 27 de la loi organique, que d’autres interprètent comme facultatifs. Y attachez-vous de l’importance ?

Oui. La rédaction de la loi organique est certes impérative pour les transferts de l'article 21 III, et plus souple pour ceux de l’article 27, dès lors qu’elle présuppose une demande de la part du Congrès. Il n’en reste pas moins que ces transferts, qu’on les considère facultatifs ou obligatoires, ne peuvent être disjoints de l’ensemble du processus. L’Etat fera le nécessaire pour que, en temps voulu, ses partenaires calédoniens s’engagent dans ces transferts de compétences sans crainte ni incertitude. Nous ferons tout pour qu’ils soient menés à bien et dans les meilleures conditions quand le Congrès l’aura décidé.

 

Les comités de pilotage ont été malmenés en 2012. Paul Néaoutyine a dit que si le rapport d’Anne Duthilleul sur la stratégie industrielle ne reconnaissait pas sa méthode il ne l’approuverait pas. L’Union calédonienne a boycotté celui sur l’avenir institutionnel, le Rassemblement a dit qu’après les législatives ils n’avaient plus de raison d’être… Etes-vous plus optimistes pour l’avenir ?

En tout cas, la stratégie industrielle pour la Nouvelle-Calédonie est un vrai sujet. Des stratégies, voire des intérêts divergents peuvent apparaître. C’est compréhensible et ce n’est pas illégitime, mais il faudra bien trouver une position commune qui préserve l’intérêt de la Calédonie. Je suis convaincu que tous trouveront une sortie par le haut. Dans ce domaine comme dans d’autres, il faudra faire preuve de conviction et de sagesse. L’histoire ne s’écrit qu’avec des gens de cette trempe-là.

 

Il y en a ?

Je n’en doute pas. Les peuples ont ce génie de produire au bon moment les hommes et les femmes qu’il faut.

 

Vous les avez rencontrés ?

J’ai rencontré à Paris presque tous les acteurs calédoniens. Je constate qu’il y a suffisamment de bonne volonté et de responsabilité. Je suis convaincu que la Nouvelle-Calédonie est assez riche de talents et de générosité pour inventer ce destin commun.

 

Le programme

Premier jour
Le ministre des Outre-mers doit débuter sa visite le vendredi matin par un dépôt de gerbe au monument aux morts de la place Bir Hakeim, à Nouméa.
Il doit ensuite se rendre à la mairie de la capitale. Une coutume d’accueil l’attendra au centre Tjibaou qu’il visitera vers 10 heures.
En fin de matinée, le ministre se rendra au gouvernement de Nouvelle-Calédonie pour y signer le contrat de développement. En début d’après-midi, il se rendra au Congrès pour une séance solennelle, et devrait avoir plusieurs rencontres à caractère politique avec des responsables de partis.

Deuxième jour
Lors de sa journée de samedi, le ministre Victorin Lurel doit rencontrer les organisations syndicales et poursuivre ses entretiens politiques.

Troisième jour
Dimanche, après une réunion de travail avec des représentants du monde socioprofessionnel sur la thématique de l’économie locale, il doit se rendre en province Nord le matin, pour visiter le RSMA de Koné et l’usine KNS, puis en province des Îles l’après-midi, où il doit être reçu à l’hôtel de province.

Dernier jour
Lundi matin, avant son départ, il doit inaugurer une extension du café social « Le Mouv » à Rivière Salée avant de tenir une conférence de presse finale au haut-commissariat.
Les membres du Comité des signataires retrouveront Victorin Lurel dans quinze jours, à Paris, à l’occasion du prochain comité.

Propos recueillis par David Martin (agence GHM



21/11/2012
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