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"Aujourd'hui, être ensemble, c'est picoler"

LE MONDE | 29.04.10 | 15h12  •  Mis à jour le 29.04.10 | 15h12

pidémiologiste, Marie Choquet est directrice de recherches à l'Inserm.

Faut-il s'inquiéter des "apéros géants" qui rassemblent des milliers de jeunes grâce aux réseaux sociaux comme Facebook, dans le but de faire la fête à grand renfort d'alcool ?

Il faut surtout se demander pourquoi ont lieu ces rassemblements. Les jeunes ont besoin d'appartenir à un groupe, à des réseaux. Il faudrait arriver à développer ces réseaux sans qu'il y ait besoin de boire. Mais rien ne sert d'interdire. Ces rassemblements sont aussi une façon de trouver du plaisir en étant ensemble. Le problème, c'est qu'aujourd'hui, être ensemble, c'est picoler. Ça veut dire qu'on n'a pas réussi à mettre en place autre chose pour être ensemble sans être obligé de boire. Et comme les adolescents ont besoin d'être en groupe, ils ont trouvé cette parade.

Une parade qui n'est pas propre à la France...

Cette façon de boire vite et beaucoup est plutôt anglo-saxonne. En France, les premières campagnes antialcool étaient construites autour d'une consommation régulière d'alcool, plus comme un aliment que comme une drogue. Or, aujourd'hui, ces jeunes - qui ne boivent pas beaucoup lors des repas en famille -, utilisent l'alcool comme une drogue légale, pour les effets secondaires de l'ivresse. En fait, ils ont une double utilisation de l'alcool : modérée en famille et importante en groupe, à l'extérieur. Ces grands rassemblements de jeunes sont récents. Avant, c'était au sein d'une même université ou d'étudiants faisant les mêmes études. Là, ce sont des jeunes qui ne se connaissent pas. Mais boire pour faciliter la rencontre est une très vieille histoire.

Alcoolisme d'hier ou ivresse moderne, que vaut-il mieux ?

Les études américaines menées ces dernières années, notamment par les sociologues du groupe de recherche Genacis, montrent qu'il vaut mieux boire beaucoup et rarement que peu et souvent. Les jeunes qui boivent lors de ces rassemblements finissent par arrêter et devenir des adultes ordinaires et intégrés. En revanche, ceux qui boivent régulièrement, perdurent dans cette habitude.

Filles et garçons boivent-ils de la même façon ?

Les filles qui boivent dans ces occasions jusqu'à l'ivresse sont, plus souvent que les garçons, des jeunes en difficultés. On retrouve encore le clivage entre les garçons qui boivent pour augmenter leur sociabilité et les filles pour diminuer leurs angoisses. D'ailleurs, les filles sont plus nombreuses à détester ces grandes beuveries, et moins enclines à y participer.


Propos recueillis par Marc Dupuis
Article paru dans l'édition du 30.04.10


30/04/2010
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