Après Blog Service

Après Blog Service

Cannabis : d’abord montrer l’exemple

 

Cannabis et jeunesse, le thème a été abordé samedi lors du séminaire organisé à l’université de Nouville par le Parti travailliste. Selon le docteur Christian Michel et les participants, le sujet doit être mis sur la table, à la maison comme dans les institutions.

 

Le ton est direct et franc. Invité par le PT pour parler du cannabis, le docteur Christian Michel est « ravi ». « Plus on diffuse le message, plus on progresse », souligne l’addictologue de l’Agence sanitaire et sociale (ASS-NC). Le fléau n’est pas nouveau : le cannabis à haute dose aggrave le mal-être des jeunes et les éloigne encore plus d’une insertion sociale. « Un jeune qui fume seul le matin, ce n’est pas bon signe. Il ne faut pas attendre les troubles psychiatriques. Plus on intervient tôt, moins on a de problèmes. Dès que le comportement change ou que les résultats scolaires chutent, il faut penser au cannabis », rappelle le médecin.

Dans cette prévention, les parents ont leur rôle : « Le non a beaucoup de sens », lance le spécialiste aux quelque quatre-vingts personnes présentes dans l’amphithéâtre de Nouville. Le débat s’ouvre dans l’assistance, à grande majorité kanak. « Le problème touche toutes les communautés », recadre aussitôt le médecin.

Au micro, Cathy Gopoea, assistance sociale à l’ASS-NC (lire ci-dessous), ne mâche pas ses mots : « On ne peut pas demander aux jeunes de ne pas faire ce que font leurs parents. Tous les adultes, enseignants, médecins, coutumiers, doivent se remettre en question et ne pas donner le mauvais exemple. »

 

« On ne peut pas demander aux jeunes de ne pas faire ce que font leurs parents. »

Le sénateur coutumier Clément Grochain intervient : « Dans tous les endroits où on a remis en place les chefferies, le comportement des jeunes a changé du tout au tout, avec l’aide des pasteurs. Il n’y a pas de miracle. » Un autre homme embraye : « Il faut mettre le sujet sur la table avec les enfants sans tabou. »

Aux yeux du Dr Michel, la Nouvelle-Calédonie devrait créer « une mission intersectorielle » pour s’emparer d’un problème à l’impact social et économique majeur, qu’il « ne faut surtout pas laisser aux seuls professionnels de santé ». Aux Îles, contrairement au Nord, aucun dispositif de prise en charge des jeunes dépendants n’a été mis en place par la province. Une lacune qui a interpellé le leader du PT, Louis Kotra Uregei, lui-même élu aux Loyauté. L’alcool et le kava ne sont pas en reste, selon Christian Michel : « Nous sommes aujourd’hui avec le kava comme nous l’étions il y a trente ans avec le cannabis. Pour l’instant, c’est un lien social. Mais je crains à terme une modification importante des comportements. » Est-ce déjà le cas ? Dans l’assistance, plusieurs femmes hochent de la tête en signe d’approbation.

 

Sylvain Amiotte

LNC, 15/03/210

 

« On ne fait rien pour notre jeunesse » 

Questions à… Cathy Gopoea, assistante sociale au centre d’addictologie de Nouméa.

Les Nouvelles calédoniennes : Le cannabis est-il une cause ou une conséquence du mal-être de la jeunesse ?

Cathy Gopoea : Une conséquence, clairement. Par leur double appartenance culturelle, les jeunes sont perdus. Du fait de la pudeur kanak et des tabous hérités de l’indigénat, il n’y a aucune communication avec les parents. Et dans la société océanienne, on a du mal à dire non, il y a donc un effet de groupe. Aussi, les Kanak n’ont pas une bonne estime d’eux, ce qui pousse à l’addiction. Mais ce malaise touche la jeunesse océanienne dans son ensemble.


D’où vient ce malaise selon vous ?

Les jeunes ne savent pas qui ils sont. Ils ne peuvent pas se projeter. Ils ne connaissent pas l’accord de Nouméa. On ne peut pas rejeter la faute sur eux. Tout est incertain aujourd’hui en Calédonie. Nos élus ne nous rassurent pas.

Les discours des élus kanak ne sont pas francs. Qu’ils arrêtent de dire qu’on va vers l’indépendance, parce que ce n’est pas la réalité ! Aujourd’hui, les jeunes se raccrochent juste à un mot, une revendication, mais pas à un projet. Ils ne peuvent pas avancer.

 

Quelles seraient les solutions ?

Tout le monde doit se remettre en question. On ne fait rien pour les jeunes en Calédonie. Ils ne peuvent pas aller au cinéma. Tout est payant, tout est cher.

Ils sont oisifs ? Oui, mais il faut se demander pourquoi. Il aura fallu attendre les Jeux du Pacifique pour avoir un foyer pour les étudiants, c’est une aberration ! Cela fait des années qu’on fait les mêmes constats sur la jeunesse. Maintenant, il faut passer à l’action. Le gouvernement doit créer une cellule transversale qui s’occupe d’un véritable projet pour notre jeunesse.




15/03/2010
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 125 autres membres