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Ces étudiants qui exercent un emploi pour boucler leurs fins de mois

17/05 | 03:00 | mis à jour à 10:35 | Jean-Claude Lewandowski

Cours particuliers, vendanges, « petits boulots » en tout genre : plus de la moitié des étudiants ont une activité rémunérée, selon l'OVE.

En dix ans, les dépenses des étudiants ont augmenté de 45,3 %. Les jeunes subissent de plein fouet la hausse des prix et des loyers », s'insurge Laure Delair, chargée des questions sociales à l'Unef. Ce n'est pas une surprise, les étudiants sont de plus en plus nombreux à travailler pour financer leur cursus. L'enquête 2010 de l'OVE (Observatoire de la vie étudiante) est à cet égard éloquente. La moitié des étudiants a une activité rémunérée, les trois quarts même, en comptant les jobs d'été ; 16,3 % des emplois occupés sont liés aux études, alors que 13 % sont des postes d'ouvrier et d'employé. Plus inquiétant : 28,4 % des étudiants travaillent à temps plein et 20,4 % à mi-temps -ce qui, aux heures de cours, fait beaucoup de monde hors des amphis...

«  Les étudiants s'appauvrissent, constate Christian Darantière, directeur délégué de l'Afij (Association pour faciliter l'insertion professionnelle des jeunes diplômés). Et ils ont plus de mal à décrocher un job, parce qu'ils se heurtent à la concurrence des chômeurs de tous âges. » Résultat, pour atteindre un niveau de revenu correct, ils cumulent des activités diverses : cours à domicile ou baby-sitting, coups de main « au noir », emploi officiel et jobs d'été à la ville ou aux champs (vendanges, etc.).

Une corde de plus à leur arc

Ainsi, Pierre Méry, vingt-deux ans, en L3 d'histoire à la Sorbonne, a déjà porté moult casquettes : manutentionnaire en conserverie un été, hôte d'accueil à la SNCF les deux étés suivants, employé polyvalent dans un théâtre durant son année de L1, baby-sitter et maçon-peintre en L2 et aujourd'hui pion à mi-temps. « C'est parfois très dur -surtout lorsqu'on rentre à 1 heure du matin et qu'il faut se lever tôt pour aller en cours, raconte le jeune homme. Et ça exige des sacrifices sur les loisirs, les voyages, la vie sociale. » Pourtant, ces preneurs de petits boulots en veulent plus et guettent les « heures sup » ou les heures de nuit mieux payées. Du coup, leur scolarité s'en ressent. Les plus avertis prennent du recul. «  Je bosse en fast-food la nuit, c'est sympa, mais je suis sur un poste jetable, ce qui m'incite à achever mes études  », lâche Martin vingt-deux ans, en L3 de physique à Strasbourg et qui a aussi goûté au travail en usine.

La situation a ses côtés positifs. En menant de front plusieurs vies, les jeunes découvrent la débrouillardise, apprennent à optimiser leur temps, à gérer leur budget, à faire des choix. Ils assimilent les codes de l'entreprise. Enfin, ils acquièrent ces « soft skills » qui leur font défaut : l'écoute, la compréhension, la diplomatie. «  J'ai appris à m'adapter à des univers différents et surtout à travailler en équipe, témoigne Béchir ben Salah, vingt-deux ans, en 2e année d'ingénieur à l'EPF de Sceaux et ex-magasinier chez Air France. Aujourd'hui, je suis livreur de pizzas, et je gère parfois des situations délicates face aux mécontents. » Beaucoup racontent s'être ainsi initiés à l'art de la négociation pour convaincre un chef, un collègue ou un client. « S'ils ne sont pas dans la survie, ceux qui travaillent sept ou huit heures par semaine ajoutent une corde à leur arc, estime Bénédicte Froment, doctorante en sociologie à Bordeaux-II, qui a étudié les jeunes de 1re année à l'université de Tours. En se confrontant à la réalité, ils prennent confiance en eux. » Ce qui manque parfois à ceux qui restent sur les bancs de la fac.

MARIE-MADELEINE SÈVE

 



30/05/2011
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