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Ces villes qui veulent attirer les étudiants

Ecrit par Jean-Claude LEWANDOWSKI, le 25 octobre 2011.

Il y a les grandes métropoles étudiantes : Toulouse et ses 95.000 inscrits, Lille (autour de 100.000) et Lyon (plus de 120.000), Montpellier 70.000), sans oublier Paris, qui en aligne plus de 300.000. Mais aussi une ribambelle de villes plus petites, comme Albi, Dijon, Alès, La Rochelle... Toutes entichées des étudiants, toutes multipliant les initiatives pour les attirer -et les fidéliser. Il est loin, le temps où les mairies ne voyaient dans la population estudiantine que source de chahuts, d'agitation et de tracas. Désormais, elles en réclament et en redemandent. Pas une commune moyenne, voire petite, qui ne rêve d'avoir son IUT, son antenne universitaire ou son école d'ingénieurs.

C'est que, pour une agglomération, compter un gros contingent d'étudiants sur son sol présente bien des avantages. En termes d'ambiance et de réputation, d'abord : «  Cela donne une image jeune et dynamique, observe Nicole Gibourdel, déléguée générale de la Fédération des maires des villes moyennes (FMVM). Et cela stimule la vie culturelle et sportive.  » Les étudiants sont en effet les premiers à remplir cinémas, théâtres et salles de concerts, ou à fréquenter stades et clubs de sport.

Cercle vertueux

Mais plus encore, ils apportent une contribution majeure au développement économique. La présence d'une université ou d'une grande école est un argument fort pour inciter des employeurs et des cadres à s'installer. Par la suite, les collaborations se multiplient en général entre entreprises et institutions d'enseignement supérieur. A la clef, un effet bénéfique sur l'innovation et l'emploi... et sur l'attractivité de la ville. Bref, c'est une spirale positive qui peut s'engager.

«  L'enseignement supérieur favorise les synergies et permet de monter des projets innovants, confirme Paul Meyer, délégué vie étudiante à la communauté urbaine de Strasbourg (52.000 inscrits). En outre, les diplômés formés ici et repartis aux quatre coins du monde créent un puissant réseau. C'est un atout considérable pour la ville. »

Même logique à Grenoble (62.000 étudiants, 400.000 habitants) : «  Notre développement est fondé sur l'innovation, l'enseignement supérieur et la recherche, expose Geneviève Fioraso, députée et première vice-présidente de la communauté d'agglomération. C'est pourquoi nous avons une approche intégrée en matière d'aménagement urbain : tous les acteurs locaux travaillent de concert avec l'université sur la construction de résidences pour étudiants ou les transports en direction des sites universitaires. »

Sans compter que la présence d'étudiants profite directement à l'économie locale. «  Entre son loyer, sa nourriture, l'habillement et ses loisirs, on peut compter qu'un étudiant venu d'une autre région ou de l'étranger dépense entre 12.000 et 15.000 euros par an, analyse Michel Kalika, professeur de management à Dauphine. Multipliez par quelques centaines, et vous arrivez à un montant non négligeable injecté sur place. Sans oublier les retombées annexes -les parents qui viennent voir leur progéniture et passent quelques jours à l'hôtel, ou les services divers qu'il faut développer.  » A elle seule, l'ESC Dijon-Bourgogne évalue ainsi à 30 millions d'euros par an le chiffre d'affaires annuel qu'elle génère. Curieusement, cependant, il existe encore peu d'études sur les retombées -directes et indirectes -de la présence d'un site universitaire ou d'une grande école sur un territoire.

Opérations séduction

Il n'empêche : les villes et les collectivités locales font désormais de gros efforts pour séduire institutions et étudiants. Un peu partout, elles se mettent en quatre pour améliorer leur cadre de vie. Au programme : construction de résidences universitaires, comme à Grenoble ou à Epinal ; création de lignes de transport avec tarifs réduits pour les étudiants ; accès privilégié aux événements culturels et aux activités sportives... A chaque rentrée, plusieurs villes organisent aussi des soirées d'accueil, avec concert, cocktail de bienvenue et informations en tout genre. A Lyon, la semaine dernière, les 16.000 étudiants étrangers étaient conviés à une fête. Les oraux des concours d'entrée sont aussi l'occasion de promouvoir sa ville auprès des étudiants. «  Nous recevons quelque 4.000 candidats venus de toute la France, indique Stéphan Bourcieu, directeur général de l'ESC Dijon. Autant en profiter pour leur montrer les atouts de notre ville.  »

Peu à peu, une véritable concurrence s'instaure entre les agglomérations pour attirer les étudiants. « Certes, c'est la qualité des enseignements qui prime, poursuit Stéphan Bourcieu. Mais, à niveau égal, les conditions de vie et l'ambiance déterminent le choix de l'étudiant. Elles deviennent un vrai enjeu - même si on n'en est encore qu'au début.  ». «  Un peu partout, une prise de conscience s'est opérée, observe de son côté Abbassia Hakem, adjointe à la vie étudiante à Nantes (50.000 étudiants). Nous avons désormais une politique volontariste, en liaison avec le CROUS et les institutions, pour attirer des étudiants.  » Strasbourg se retrouve aujourd'hui «  en compétition avec Paris ou Berlin, notamment auprès des étudiants étrangers  », assure Paul Meyer. Il existe même un palmarès des villes «  où il fait bon étudier  », réalisé par le mensuel « L'Etudiant », avec une dizaine de critères : qualité des études, mais aussi transports, culture, loisirs, coût de la vie, environnement...

Reste que, dans ce contexte, les grandes villes sont avantagées. Elles seules peuvent offrir une large palette de formations. «  L'enseignement supérieur fait partie de nos priorités stratégiques, précise Jean-Luc Chambault, directeur général de la communauté d'agglomération Castres-Mazamet (1.600 étudiants pour 85.000 habitants). Mais aujourd'hui, avec la restructuration en cours du paysage universitaire, ce sont les grands centres comme Toulouse qui concentrent toutes les attentions. C'est pourquoi nous avons misé sur des filières spécialisées et professionnalisantes (BTS, IUT, école d'ingénieurs), liées à nos points forts : le numérique et la santé. » Castres-Mazamet connaît cependant une évasion de nombre de ses bacheliers vers des formations implantées sous d'autres cieux. Comme la plupart de petites communes.

JEAN-CLAUDE LEWANDOWSKI, Les Echos


25/10/2011
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