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Dans les écoles rurales du Pérou, chaque enfant aura bientôt son ordinateur portable

Des salles de classe vétustes et une grande cour entourées de hautes montagnes : l'école d'Arahuay, perchée à plus de 2 500 mètres d'altitude, est à l'image de nombreux centres éducatifs des Andes péruviennes, isolés au coeur de régions rurales difficiles d'accès. Plus de quatre heures de route, dont la moitié de piste sinueuse en mauvais état, séparent le village d'Arahuay de la capitale, Lima, pourtant située à une centaine de kilomètres seulement.

Depuis quelques instants, le cours de mathématiques a commencé pour les élèves de 6e grade (équivalent du CM2). "On doit remplir un tableau à double entrée", confie Daniel, 10 ans, l'air préoccupé. Sur son bureau en bois usé se trouvent un cahier, des crayons et un ordinateur portable dont la couleur vert fluo contraste avec le bleu délavé des murs. "C'est mon laptop", dit fièrement le petit bonhomme qui, comme ses camarades, reprend le terme anglais pour désigner l'outil. "Je m'en sers pour faire mes devoirs", affirme-t-il. "Pour dessiner aussi et faire des recherches sur Internet", poursuit sa voisine, Yesenia.

Chacun des 44 élèves de primaire de l'école publique d'Arahuay a reçu un ordinateur portable qu'il gardera jusqu'à la fin de l'année scolaire. "Ils peuvent l'emporter le soir à la maison", souligne Oscar Becerra, directeur des technologies éducatives au ministère de l'éducation, à l'origine du programme "Un ordinateur portable par enfant", mis en place en 2007, avec l'aide de la fondation américaine du même nom (One laptop per child, OLPC).

Fondée par l'informaticien américain Nicholas Negroponte, cette organisation à but non lucratif aide les pays en voie de développement à acheter des ordinateurs portables à faible coût (142 euros dans le cas du Pérou) pour un usage strictement éducatif.

Depuis 2005, de nombreux pays, comme le Brésil ou le Nigeria, ont rejoint le projet d'OLPC. Le Pérou a commencé en 2007 avec un projet pilote, lancé à Arahuay. "En quelques jours, les enfants ont su utiliser les ordinateurs, les professeurs les ont intégrés à leur classe et les parents se sont montrés enthousiastes", se souvient M. Becerra.

Le gouvernement a dès lors décidé d'étendre l'opération à toutes les écoles primaires publiques rurales. Début 2010, le Pérou avait distribué près de 200 000 ordinateurs portables et en distribuera 400 000 autres durant les douze prochains mois.

En ville, chaque élève n'aura pas son laptop, mais le nombre d'ordinateurs portables devrait permettre qu'il y en ait, en moyenne, dans les classes primaires publiques, un pour cinq élèves. "Ce qui est la moyenne d'ordinateurs disponibles dans les classes des pays de l'OCDE", poursuit M. Becerra.

Il est encore trop tôt pour disposer d'évaluations des effets du programme statistiquement valables, mais à Arahuay, tous semblent convaincus. "Le laptop est un excellent outil éducatif", juge Sadit Yapo, une enseignante qui assure que l'ordinateur "motive" ses élèves de 8 et 9 ans et rend les cours plus "ludiques".

L'initiative est d'autant plus importante qu'il n'y a, à Arahuay, que quelques lignes téléphoniques, pas de téléphones portables et encore moins de bornes Internet. "Et il y a peu de livres à la bibliothèque. L'ordinateur portable est donc pour les enfants une fenêtre ouverte sur le monde", insiste l'institutrice, qui, comme 15 000 enseignants péruviens, a reçu une formation spécifique.

Nouveau venu dans le village, le directeur de l'école est surpris : "Jusque-là, j'enseignais dans une commune en tout point comparable à Arahuay, mais qui n'avait pas encore reçu les laptops. Les différences sont significatives, assure Victor Flores. Ici, les enfants me paraissent plus ouverts, plus dynamiques, et ont un meilleur niveau de lecture."

Les problèmes logistiques ont cependant suscité un certain nombre de critiques. A plusieurs reprises, des ordinateurs portables ont ainsi été livrés dans des villages non raccordés au réseau électrique. Pour corriger le tir, le ministère de l'éducation doit distribuer, dans les prochains mois, 90 000 panneaux solaires aux familles des élèves n'ayant pas l'électricité.

Le ministère a aussi pensé aux zones n'ayant pas accès à Internet : dans ce cas, les professeurs chargent sur les ordinateurs le contenu d'une clef USB permettant aux enfants d'avoir un accès off-line. "Cela les familiarise à l'interface d'un navigateur, et quand ils sont face à Internet, ils savent l'utiliser", explique Oscar Becerra.

A Arahuay, avant le projet OLPC, aucun élève de 6e grade n'avait un niveau acceptable de compréhension d'un texte écrit. Cinq mois après avoir reçu les ordinateurs, ils étaient 27 % à comprendre ce qu'ils lisaient.



04/08/2010
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