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De plus en plus d'étudiants renoncent à se soigner, faute d'argent et de temps

LE MONDE |22.05.2012 à 17h58 • Mis à jour le22.05.2012 à 17h58

Par Nathalie Brafman

 

Selon une enquête de La Mutuelle des étudiants, vivre avec moins de 400 euros par mois a des incidences sur leur santé.

 

Coût de la vie, du logement, des soins médicaux... la crise économique n'a pas épargné les étudiants. Plus de la moitié d'entre eux vivent avec moins de 400 euros par mois. C'est ce qui ressort de la troisième enquête nationale "Santé et conditions de vie des étudiants", réalisée par La Mutuelle des étudiants (LMDE) auprès de quelque 8 500 étudiants et publiée mardi 22 mai. Conséquence : les étudiants sont de plus en plus nombreux à travailler, ils étaient 48 % en 2003, ils sont 68 % sept ans plus tard.

Cette précarité financière entraîne des arbitrages constants dans leurs dépenses, notamment de santé. Alors qu'ils étaient 23 % en 2008 à déclarer avoir renoncé à des soins au cours des douze derniers mois, le taux atteint 34 % selon la dernière enquête de la LMDE. C'est deux fois plus que pour l'ensemble de la population. "Plus grave, alors qu'en 2008, ce renoncement concernait les soins les plus coûteux, dentaires et optiques, aujourd'hui il touche les soins les plus courants", souligne Gabriel Szeftel, président de la LMDE.

Outre le manque de temps et l'automédication, les raisons financières sont en réalité les principales causes de ce renoncement. Les étudiants subissent, comme le reste de la population, le recul du régime de base. D'où la nécessité de souscrire une complémentaire santé, selon Gabriel Szeftel ; mais là aussi, les inégalités demeurent : près de 20 % n'en possèdent pas contre 6 % pour l'ensemble de la population.

Les réponses à l'appel à témoignage concernant l'accès aux soins lancé sur Lemonde.fr le confirment. "Me soigner n'est pas ma priorité, je n'ai ni l'argent ni le temps", explique Ombeline Duprat. A 25 ans, cette étudiante en master de recherche en histoire de l'art à l'EHESS travaille vingt heures par semaine à la Bibliothèque nationale. Elle vit avec 640 euros par mois, dépense 425 euros pour son loyer sans les charges - une colocation avec deux autres personnes dans le Val-de-Marne. Il lui reste environ 150 euros pour la nourriture et quelques loisirs. Du coup, pour se soigner, elle privilégie le fameux "ça va passer" ou encore "un Doliprane fera l'affaire".

Ombeline estime que sa situation financière s'est dégradée au fil des années. "Tout est calculé, je dépense environ 80 euros pour me nourrir. Je privilégie les plats faits maison et heureusement que je peux déjeuner pour un euro au travail." Elle a encore quatre ans de "galère" devant elle car elle veut préparer une thèse mais avoue qu'elle ne sait pas "si elle est prête psychologiquement à vivre encore quatre ans dans ces conditions".

 

Infographie Le Monde

 

 

Etudiant en licence d'administration économique et sociale à l'université Lille-II, Alexandre Guérillot avance lui aussi un budget "calculé à l'euro près, surtout la deuxième moitié du mois", pour expliquer son renoncement aux soins. "Si je dois avancer les frais de la consultation et le coût des médicaments, alors je ne peux pas manger pendant un ou plusieurs jours, affirme-t-il. Le calcul est vite fait, je préfère m'en remettre à mon système immunitaire qui, jusqu'ici, n'a pas mal fonctionné pour les pathologies bénignes."

Car l'une des raisons invoquées aussi par les étudiants dans notre appel à témoignage mais qui ne figure pas dans l'enquête de la LMDE concerne la lenteur des remboursements. Tout particulièrement lorsque le médecin n'est pas équipé d'un terminal carte Vitale et que les étudiants doivent avancer les frais, qu'ils soient adhérents de la LMDE ou de la Smerep, leurs deux caisses d'assurance-maladie. "Cela fait six mois que j'ai une dent de sagesse douloureuse mais j'ai renoncé à aller consulter car je sais qu'il faudra passer chez le dentiste et ensuite faire des radios, mais compte tenu des retards de remboursement, j'attends d'avoir de l'argent de côté", indique Sophie Caille, 21 ans, étudiante à Bordeaux.

"La santé des étudiants devra être l'un des grands chantiers du nouveau gouvernement", martèle Emmanuel Zemmour, président du syndicat étudiant UNEF. Car, selon lui, au prétexte que cette population se porte bien (82 % selon la LMDE), les pouvoirs publics ne se sont jamais vraiment préoccupés de la santé des étudiants. Et cette thématique a souffert d'un éparpillement des compétences entre ministères de la santé et de l'enseignement supérieur. Ainsi, dans le gouvernement de Nicolas Sarkozy, c'est Valérie Pécresse puis Laurent Wauquiez qui furent les interlocuteurs des étudiants.

En décembre 2006, Laurent Wauquiez, alors député UMP de Haute-Loire, avait établi un état des lieux de la santé et de la protection sociale des étudiants. A l'époque, il soulignait des "dégradations inquiétantes" et une "santé des étudiants négligée". Pour éviter que le défaut d'une couverture complémentaire entraîne des renoncements aux soins, il avait suggéré dans ses dix propositions du "plan santé étudiant" la création d'un chèque-santé de 100 euros, permettant aux étudiants de souscrire une mutuelle.

En 2007, Nicolas Sarkozy, fraîchement élu président de la République, avait promis la création d'un chèque national santé de 200 euros. Il n'a jamais vu le jour. Pour pallier ce manque, quelques régions ont mis en place des aides à la complémentaire santé : l'Ile-de-France, Midi-Pyrénées, Centre... Au total, 20 000 étudiants bénéficient d'un tel dispositif.

Lancement d'un chèque-santé national, création de centres de santé dans les universités pour faciliter les consultations comme le prévoit un décret de 2008... L'UNEF compte bien faire entendre sa voix sur ces sujets.

 

Nathalie Brafman



24/05/2012
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