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Des jeunes qualifiés qui comptent des boulons

Mar 19 Oct 2010 |20:00

Un groupe d’anciens stagiaires partis se former au Canada s’inquiète. Ils devaient être engagés à leur retour par KNS. Mais le décalage de mise en production de l’usine ne permet pas de leur offrir un poste correspondant à leur niveau. Ces ex-stagiaires commencent à s’impatienter et pensent que KNS les mène en bateau.

« On demande des explications, mais c’est toujours très vague. On commence à ne plus avoir confiance en ce qu’ils nous disent », regrette Antoine (*), un des quarante jeunes qui s’est vu proposer une formation subventionnée en partenariat par le gouvernement, la province Nord et KNS.
Tous sont restés durant plusieurs mois, en 2008 et en 2009, au Canada, pour suivre une formation « maintenance industrielle et électricité instrumentalisation ». « On nous a fait de beaux discours pour nous inciter à partir. Et surtout, KNS nous a certifié qu’il nous embaucherait si nous avions 100 % de réussite à cette formation. » En effet, le contrat d’engagement de formation professionnelle signé avec KNS le précise. « En cas de réussite, une attestation de formation qualifiante vous sera délivrée par le Cegep (collège d’enseignement général et professionnel, NDLR) et Koniambo Nickel s’engage dans ce cas de figure à vous embaucher en tant que technicien de maintenance industrielle. »
Ces jeunes ont franchi le pas et sont partis. On sait combien la province Nord manque de personnel qualifié, c’est important que la jeunesse se prenne en main. « Avec 80 000 francs par mois, ce n’était pas facile, mais on s’est débrouillés, on savait qu’on vivait une belle expérience et qu’en rentrant, nous allions avoir un poste à l’usine du Nord. Une usine pour laquelle nos vieux se sont battus. »

Tout ce qu’on veut aujourd’hui, c’est une formation et une lettre d’embauche.

Mais à leur retour, en 2009, la déception est de taille. La mise en production de l’usine a été repoussée d’une année, il n’y a aucun poste qui corresponde à leur nouvelle qualification. Ils ne peuvent pas être embauchés de suite. « On n’avait aucune nouvelle, personne de KNS ne souhaitait nous accueillir pour nous donner des explications. C’est finalement grâce à un camarade, de la famille de personnes influentes, qu’on a été reçus. »
KNS leur apprend que le poste de technicien en maintenance industrielle correspondant à la formation ne pourra pas leur être offert. Il faut attendre entre le deuxième semestre 2011 et le premier trimestre 2012, au plus tard, un poste en CDI.
Et d’ici là ? « On a du travail, mais sur des postes qui ne correspondent pas du tout à nos qualifications. C’est très frustrant. »
KNS leur a finalement proposé de promouvoir leur embauche auprès de sociétés sous-traitantes dans les domaines les plus proches de leur formation. On ne parle plus de CDI, mais de contrats de chantier. Et on ne les a pas embauchés en tant que techniciens, mais selon le niveau qu’ils avaient avant la formation. « J’ai un salaire de 170 000 francs par mois », s’agace Paul qui, comme d’autres stagiaires, avait un emploi avant de partir en formation, où il était davantage rémunéré.
Pourtant, ce n’est pas tant la grille salariale qui leur fait monter la moutarde au nez, puisque leur vœu était de travailler dans cette fameuse usine du Nord, mais bien les tâches qu’ils accomplissent au quotidien. « On se retrouve à faire du débroussaillage, de la maintenance de groupes électrogènes, on compte des boulons, on trie de la ferraille... »
Ils ont bien tenté de regarder ailleurs, vers Vale Inco notamment, « pour nous permettre de conserver nos acquis, mais KNS ne semble pas d’accord. » Ils ont également une séance de formation par mois, « mais ce n’est pas assez pour garder le niveau de notre formation. »
Aujourd’hui, la quarantaine d’ex-stagiaires attend un signe fort de KNS. La semaine dernière, une réunion a été organisée avec les coutumiers de la région, à qui les jeunes ont exposé leur situation. Les coutumiers semblent les soutenir et souhaitent qu’une rencontre ait lieu avec KNS pour que l’industriel donne des garanties. Cette réunion pourrait avoir le lieu le 26 octobre. KNS assure ne pas être au courant qu’une telle rencontre allait être organisée.
« Tout ce qu’on veut aujourd’hui, c’est une formation et une lettre d’embauche », concluent les jeunes.

Marjorie Bernard

* Les ex-stagiaires ont préféré garder l’anonymat.

 

Pas une sinécure

Partir au Canada pour être formé, avec un emploi à la clé à l’usine du Nord. Pour la quarantaine de jeunes bénéficiaires, le jeu en valait la chandelle. Ils sont conscients de la chance qu’ils ont eue mais tiennent tout de même à préciser que leur séjour au Canada n’a pas été une sinécure. « On a découvert beaucoup de choses, on a rencontré beaucoup de personnes très intéressantes, il y a eu beaucoup d’échanges. Mais il ne faut pas oublier que cela a été parfois difficile financièrement avec 80 000 francs par mois. Certains n’ont pas mangé tous les jours à leur faim. On avait créé un comité d’entraide, c’était plus facile. Pour les cours, c’était difficile aussi, mais on s’est tous soutenus, on s’accrochait à l’idée d’un poste en rentrant. »

 

 

KNS prêt à embaucher

La situation de cette quarantaine de stagiaires, dont sept ont d’ores et déjà été recrutés, préoccupe KNS. Mais « un responsable de la formation a appelé plusieurs de ces ex-stagiaires, qui n’ont apparemment pas manifesté leur colère... »
Cependant, l’industriel déplore l’impossibilité de les embaucher à ce jour sur des postes correspondant à leur qualification, mais assure qu’ils le seront dès que possible. « KNS ne renonce pas du tout à les engager en dépit des rumeurs qui circulent parfois dans la zone VKP mais, pour des motifs légitimes, comme le décalage de la mise en production de l’usine, nous leur avons expliqué qu’il n’y avait pas actuellement de poste correspondant à leur formation », assure l’industriel.
KNS leur a effectivement proposé une embauche chez des sous-traitants ainsi qu’une prime de 20 000 francs pour valoriser leur expérience, « pour éviter que ces stagiaires, financés par KNS lors de leur formation, ne se retrouvent sans emploi. Leur affectation actuelle chez un sous-traitant est une période provisoire avant leur embauche à KNS, embauche sur laquelle nous nous sommes engagés, sauf cas exceptionnel lié au comportement ou à l’aptitude, dès lors que nous aurons des postes correspondant à leur profil. »


20/10/2010
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