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Des maux méconnus

 

Ils sont parmi nous, presque incognito car ils multiplient astuces pour déjouer les soupçons, mais le chiffre calédonien est alarmant. 13,45 % des jeunes de 17-18 ans sont repérés en situation d’illettrisme, soit plus de 500 jeunes par an qui ne savent ni lire ni écrire.


Ludovic Lafon, les Nouvelles Calédoniennes.


Faire un chèque, lire des consignes de sécurité, un programme de télévision ou un panneau indicateur, écrire une liste de course… Comment font-ils ? On pense que l’illettrisme est d’un autre âge. Il n’en est rien. Bien au contraire. Le pourcentage de personnes qui ne parviennent pas à déchiffrer un texte simple ne fait que croître. Les jeunes aujourd’hui sont aussi nombreux que les plus anciens à sortir de l’école sans savoir lire ni écrire, ni même compter correctement. Voire plus nombreux.
« Nous voulons aujourd’hui attirer l’attention de ce public, celui que l’on n’entend pas, celui qui n’a pas de voix, explique Olivier Grezlak, nommé chargé de mission régional de l’ANLCI (Agence nationale de lutte contre l’illettrisme) fin 2008 par le haussaire. Il y a un an, le mot illettrisme n’était pas prononcé, ni vu, et n’était même pas inscrit dans le schéma Nouvelle-Calédonie 2025. Certes des initiatives ponctuelles sont organisées pour le repérage, la prévention mais, pour le traitement, les actions sont encore limitées ».

« Pour mesurer l’illettrisme en Calédonie, il n’y a que la journée d’appel et de préparation à la Défense »
C’est donc à l’initiative de la FOL, représentant sur le territoire de la ligue de l’enseignement, que les structures et associations agissant « chacune de leur côté » dans le domaine de la lutte contre l’illettrisme ont décidé de s’engager en participant à des rencontres, des réflexions et des échanges du 15 au 24 juillet.
« Le seul thermomètre pour mesurer l’illettrisme en Nouvelle-Calédonie reste la journée d’appel et de préparation à la Défense », précise Olivier Grezlak. La Mission d’insertion des jeunes voulait également pouvoir repérer ce public en difficulté. Elle s’est donc rapprochée de l’ANLCI pour signer une convention de partenariat en novembre 2008. De son côté, la Croix-Rouge en a fait de même tout comme d’autres acteurs calédoniens.
« L’ANLCI, créée en 2000, s’est donc décidée à s’implanter sur le territoire ce qui constitue une première pour un TOM, et la Polynésie française devrait suivre, raconte le chargé de mission. Ces deux semaines vont permettre de déboucher sur la création d’un comité de pilotage institutionnel, visant à définir un schéma de lutte, et la création d’un comité technique pour accompagner les projets et la suite du diagnostic. » Le 22 juillet une autre étape sera également franchie avec l’inauguration du Centre de ressources Illettrisme dans les locaux de la Mij.
Signer d’une croix ou tenir un cahier à l’envers, c’est encore chose courante en 2009. Les illettrés mettent en place des stratégies de contournement qui leur permettent de s’intégrer dans la vie courante ou dans le monde du travail et l’on peut les côtoyer tous les jours sans s’en apercevoir.


 

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C’est le nombre de participants inscrits au colloque du 17 juillet à la FOL.


 Stop aux idées reçues 

13,45 % de jeunes de 17-18 ans sont repérés en situation d’illettrisme en Nouvelle-Calédonie, ce qui représente 500 jeunes par an en 2008. Au niveau national, ce taux détecté était de 4,8 % en 2006. Concernant la population active des 18-65 ans, il n’y a pas de mesure de ce taux ici, mais en Métropole il est de 9 %. Plus de la moitié est âgée de plus de 45 ans et ce sont surtout des hommes plus honteux, plus enclins à se cacher que les femmes qui s’en sortent mieux. Ils vivent autant dans les zones rurales qu’urbaines. Tous les illettrés ne vivent pas en marge de la société. Loin de là. Plus de la moitié d’entre eux travaillent et doivent en effet se débrouiller pour dissimuler leur incapacité à lire et à écrire en développant d’incroyables compétences qui leur évitent d’être maintenus à l’écart. Rien à voir avec l’immigration. La très grande majorité des personnes en situation d’illettrisme (75 %) parlait uniquement le français à la maison à l’âge de 5 ans. Tous ces chiffres sont issus de la première enquête réalisée par l’Insee. Les jeunes, mieux repérés, bénéficient de formations adaptées. Les plus âgés conservent leur handicap. Ils se sont débrouillés autrement, en développant des systèmes de communication qui leur sont propres. Notre civilisation de l’image leur permet souvent de se tirer d’affaire et cet ingénieux système D prouve qu’illettrisme et intelligence n’ont strictement rien à voir.



15/07/2009
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