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Etat des lieux chez les premiers occupants


 
C’est la première fois que la Calédonie reçoit le rapporteur des Nations Unies pour le droit des peuples autochtones. Accueilli hier matin à Saint-Laurent, James Anaya a pour mission d’évaluer à quel point les droits des Kanak sont garantis.

James Anaya n’a pas tardé à plonger dans le vif du sujet. A peine débarqué de l’avion hier matin, le rapporteur spécial des Nations unies pour le droit des peuples autochtones recevait à la tribu de Saint-Laurent un accueil chaleureux : chants, coutumes et jeune pin à planter.
En Calédonie jusqu’à dimanche (lire ci-dessous), il vient estimer la prise en compte des populations kanak, plus exactement de leurs droits. De ses conclusions et de ses recommandations naîtra un rapport qui devrait être transmis au gouvernement français et aux institutions locales, mais aussi à l’ONU à travers son conseil des droits de l’homme. « J’espère que cela se traduira par un respect accru de vos droits et de votre développement », a lancé l’émissaire à son auditoire représentant l’ensemble du pays kanak.

«Il va regarder, diagnostiquer nos droits.»

Consentement. Comme le Conseil national pour les droits du peuple autochtone en Kanaky-Nouvelle-Calédonie, le Sénat coutumier demande de longue date la venue du rapporteur spécial. « Il va regarder, diagnostiquer nos droits, comment c’est appliqué dans le pays », a résumé en quelques mots Pascal Sihaze, le président du Sénat coutumier. « On attend un véritable rapport sur la prise en compte des Kanak, dans les tribus et dans les milieux urbains », souligne encore son vice-président, Samuel Goromido. Y compris dans des domaines tels que l’assainissement ou l’accès à l’électricité. Mais il s’agit aussi d’entendre un avis sur la façon dont se met en oeuvre le processus politique prévu par l’accord de Nouméa.
Président du CNDPA-KNC, Dick Saihu voit pour sa part deux enjeux essentiels. D’abord, l’application « de facto », sur le territoire français, de la déclaration sur les droits des peuples indigènes adoptée en 2007 par les Nations Unies. « Ce n’est pas le cas. Le consentement préalable et avisé des autorités coutumières n’est pas pris en compte », estime-t-il en évoquant le code minier. Par ailleurs, « on aimerait que la France signe la convention internationale de l’OIT [NDLR : Organisation internationale du travail] qui permet aux autorités coutumières de porter des affaires en justice. »

Reconnaissance. Le grand chef Clément Païta a lui aussi remercié James Anaya de sa venue. A maintes reprises et en langue drubéa. Lassés de voir des personnalités fouler le sol de la chefferie puis descendre « tout droit » sur Nouméa, les gens de Païta tenaient à cet accueil. « Nous sommes là, on veut qu’on nous reconnaisse », glisse Clément Païta comme une illustration des remarques que l’expert devrait entendre au cours de ses pérégrinations.
Les coutumiers de la commune ont d’ailleurs demandé à les suivre, dans l’espoir de l’interpeller sur l’accès aux terres et sur les nombreux problèmes fonciers. Est-ce que le peuple autochtone parvient à conserver son rapport à ses terres ancestrales ? C’est l’un des critères que le rapporteur spécial prendra en compte. Au même titre que le maintien des traditions ou l’exercice de l’autodétermination.

Françoise Tromeur

 

 

Le chiffre

370

C’est le nombre de millions estimé des personnes qui appartiennent à une population autochtone

 

 

 

Bio express

Américain d’origine indienne (apache et purépecha), James Anaya est depuis mars 2008 le rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l’homme et des libertés fondamentales des peuples indigènes. Professeur en politique et droits de l’homme à l’université d’Arizona, il a notamment écrit Indigenous people in international law. S’il s’est déjà rendu en Australie et en Nouvelle- Zélande, il s’agit de sa première visite dans le Pacifique Sud insulaire.

 

 

 

«Ecouter toutes les parties prenantes»

La mission de James Anaya, en visite officielle depuis hier et jusqu’à dimanche, a pour objectif d’examiner sur place les questions relatives aux droits du peuple kanak, premier occupant de la Calédonie, à la lumière des normes internationales en vigueur. « La méthode consiste à écouter toutes les parties prenantes », selon sa propre expression. Après accord des ministères des Affaires étrangères et européennes et de l’Outre-Mer, cette visite est organisée en étroite collaboration entre le haut-commissariat et le Sénat coutumier. Dans un communiqué, le haussariat affirme qu’elle « revêt une grande importance pour la France, qui mène une politique internationale active en faveur des droits de l’homme ». Au cours de son déplacement, James Anaya se rendra dans les trois provinces et rencontrera les autorités institutionnelles, politiques, coutumières et associatives de la Nouvelle-Calédonie. Aujourd’hui, il rencontrera les principales autorités du territoire. Demain, il participera à une réunion de travail au Sénat coutumier. Il se rendra également au Camp-Est et dans les squats. Mercredi et jeudi, il visitera la province Nord et rencontrera différentes tribus et conseils coutumiers. Vendredi et samedi matin, il se rendra dans la province des Îles. Puis il visitera le centre Tjibaou. James Anaya achèvera sa mission en se rendant à Paris au mois de mars prochain, afin de rencontrer les représentants du gouvernement français en charge de la Nouvelle- Calédonie.

Ph. F.

 

 



07/02/2011
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