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Etre les premiers à tirer l’énergie de la mer.

L’étude de faisabilité d’une centrale thermique des mers en Polynésie française est désormais sur les rails. D’ici un an, il sera possible de chiffrer la réalisation de ce projet ambitieux qui placerait Tahiti et ses îles comme fer de lance mondial d’un type de production électrique entièrement renouvelable. L’île de La Réunion est aussi sur les rangs.

« ll faut aujourd’hui s’affranchir de la dépendance aux énergies issues du pétrole. » La déclaration d’Éric Berthon, le secrétaire général adjoint du haut-commissaire, serait restée anecdotique si elle n’avait pas été prononcée à quelques centimètres du patron du groupe Shell en Polynésie, Albert Moux.
Ce dernier, responsable de la Pacific petroleum company, a décidé de diversifier ses activités, par l’intermédiaire de la société Pacific Otec (Ocean thermal energy conversion). En français, traduisez : l’énergie thermique de mer (ETM) ou comment utiliser la température des eaux polynésiennes pour la convertir en électricité (lire en encadré). Les mers chaudes du Pacifique constituant le cadre parfait pour ce procédé à la pointe de la technologie et des énergies renouvelables.
Le projet a été présenté mardi, à la résidence du haut-commissariat, valant lancement de l’étude de faisabilité d’une telle centrale ETM. Le 3 février dernier, la ministre de l’Outre-mer, avait profité de son passage sur le territoire pour signer avec le pays et les sociétés Pacific Otec et DCNS (premier constructeur naval européen) une convention de financement concernant l’étude de faisabilité.
Coût du projet : 120 millions de francs, la moitié prise en charge par l’Etat, 20 % par le pays, et le reste réparti à parts égales entre les deux entreprises privées. Soit un investissement du pays de 24 millions de francs.
Mais l’enjeu est de taille. Face à une concurrence mondiale, notamment américaine, dans le domaine des énergies renouvelables, le projet polynésien offre des atouts indéniables pour la mise en place d’une telle entreprise. Une unité de production d’énergie thermique des mers, (ETM en français, OTEC en anglais) représente en effet une source d’énergie stable, inépuisable et non polluante, et la Polynésie française - pour toutes sortes de raisons climatiques et environnementales - seraient une des situations la plus favorable au sein de l’outre-mer français. Mais, l’île de La Réunion est aussi sur les rangs. Le constructeur naval français DCNS est là aussi de la partie et financerait conjointement avec la Région Réunion un démonstrateur d’énergie thermique des mers en offshore.Selon le Journal de l’île de La Réunion du 9 juin 2009, ce démonstrateur devrait être installé vers 2013, pour une mise en service en 2014.

L’étude coûte 120 millions de francs et sera financée à moitié par l’Etat.
Le procédé est connu depuis déjà plus d’un siècle. Mais son application industrielle demande une maîtrise technologique qui n’avait jusqu’à présent pas abouti. Le projet présenté par la société polynésienne Pacific OTEC et ses partenaires - le centre de recherche et développement japonais Xenesys et la DCNS - revendiquent cette maîtrise, tant au niveau de la conversion thermique de l’eau, pour le premier, qu’au niveau de l’intégration du système d’ancrage de la plate-forme off-shore où seront installées les unités de production énergétique, pour DCNS. L’assise financière d’un groupe comme DCNS (3 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 10 milliards d’euros en carnet de commande), a aussi compté pour l’engagement de l’Etat ( et du pays (20 % ) dans le financement de l’étude de faisabilité.
En pratique, la berge « offshore », partiellement immergée, est un géant cylindrique de 50 mètres de diamètres, qui s’enfonce de 50 mètres dans l’océan et ressort de 25 mètres au-dessus du niveau de la mer. Sans compter le tube qui plonge à 1 000 mètres de profondeur pour collecter une eau proche des 5 degrés. La structure pourrait se positionner entre Tahiti et Moorea et pourrait voir le jour dès 2015 si le calendrier est respecté (lire par ailleurs).
Pour Albert Moux, ce projet qui n’en est qu’au stade de l’étude pourrait coûter, dans sa phase de construction, la modique somme de 10 milliards de francs, pour une centrale produisant de 5 à 10 mégawatts/h. « Mais c’est un projet très important pour l’image de la Polynésie. C’est en plus une entreprise locale qui pourrait devenir l’opérateur d’une telle structure. »
Une belle vitrine pour le pays, qui doit tout de même faire face à une concurrence énorme. Celle des Etats-Unis, qui se sont déjà positionnés sur le secteur, essayant même de racheter directement la société japonaise Xenesys. Celle-là même qui travaillera avec Pacific Otec. Philippe Dubau reste tout de même confiant. « Pour l’instant, tout le monde a le même calendrier. Nous n’avons pas les mêmes moyens, il faudra donc être mesuré et intelligent. »

Avec LNT (www.lesnouvelles.pf) et Radio Australie


L’énergie thermique des mers : comment ça marche ? 

Procédé découvert en 1926 par l’ingénieur français Georges Claude, l’énergie thermique des mers (ETM) produit de l’électricité à partir de l’eau de mer chauffée par le soleil à la surface de l’océan et de l’eau froide puisée dans les profondeurs. Plus la différence de température est élevée et plus le rendement sera efficace. Or la température de l’eau en Polynésie peut atteindre 27 à 28 degrés en surface contre 6 degrés à 1 000 mètres de profondeur. Un différentiel de température pratiquement constant pendant toute l’année. Cette variation de température est mise à profit à travers un gaz, l’ammoniac, qui va se condenser au contact du froid et se dilater pour se vaporiser avec la chaleur. Va alors être utilisée la pression induite par cette vapeur pour faire tourner une turbine. Puis le gaz est refroidi en profondeur, et le cycle redémarre…
Les premiers travaux de la France sur cette source d’énergie avaient cessé depuis l’abandon en 1987 du projet de construction d’une centrale prototype de 5 Mégawatts en… Polynésie française ! Déjà à l’époque c’était la crise pétrolière qui avait poussé l’Ifremer, Alstom et la Compagnie générale des eaux (actuel Véolia) à plancher sur le dossier. Le projet avait été poursuivi pratiquement jusqu’au stade de l’exécution, mais n’avait pas abouti faute de moyens techniques et surtout parce que le pétrole avait repris du poil de la bête. Aujourd’hui, Hawaii expérimente également ce type d’installation pour les États-Unis.


Le calendrier 

  1. 3 février 2010. Signature du protocole d’accord entre l’Etat, la Polynésie française, les sociétés Pacific Otec et DCNS pour le financement de l’étude de faisabilité du projet de centrale d’énergie thermique des mers (ETM).
  2. Mars 2010. Début de l’étude de faisabilité du projet de centrale ETM par Pacific Otec.
  3. Mars 2011. Résultat de l’étude et démarrage de la phase d’avant-projet et d’appel d’offres d’un an.
  4. Mars 2012. Phase de construction de la berge immergée de deux années.
  5. Mars 2014. Six mois à un an pour les opérations de transport et de mise en place de la centrale ETM au large du port de Papeete à Tahiti.
  6. 2015. Mise en fonctionnement du prototype de la première centrale industrielle ETM au monde, de 5 à 10 mégawatts/h.

 



15/03/2010
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