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Étudiants : comment mettre l'échec en échec

Universités. Près de 120 000 étudiants reprennent le chemin des facs. Une rentrée sous le signe de la réforme.

Ils ont entre trois mois et trois ans et vont faire très prochainement leur rentrée à l'Université Paul-Sabatier !

Non, il ne s'agit pas d'une couvée de méga-surdoués, mais des 70 marmots qu'accueillera la crèche de la faculté de Rangueil, inaugurée hier. Un lieu qui recevra aussi bien les enfants des enseignants que des étudiants…

Pour ce qui concerne les étudiants, les vrais, ceux-là, voici une rentrée qui est placée sous le signe de la chasse à l'échec scolaire. Et il est vrai que l'université à la française a vraiment du mal à accrocher les jeunes bacheliers. Les chiffres sont plutôt cruels. 90 000 étudiants sortent chaque année du système sans diplôme. Et la moitié des inscrits en première année se retrouve en situation d'échec au terme des deux premiers semestres.

Mais le diplôme est-il toujours le sésame pour un emploi ?

Hélas non ! Un an après avoir obtenu leur diplôme, 53 % des bacs + 4 cherchent toujours un job. Déprimant…

Aussi, cette année, Valérie Pécresse va-t-elle dégainer son plan « Réussir en licence », pour justement tenter d'éviter cette casse et ce gâchis, dans les premières années. Le ministère a donc défini un cahier des charges à destination des universités. Il recommande par exemple davantage de pluridisciplinarité. Et préconise des systèmes où l'encadrement est renforcé et où l'on s'efforce de mieux repérer les étudiants en difficulté, pour pouvoir tenter de les repêcher. En cette rentrée, la ministre décerne les bons points ! « 90 % des projets des conformes à ce cahier des charges et 16 universités ont des projets exemplaires » a expliqué Valérie Pécresse, précisant qu'elle souhaitait les « mettre à l'honneur ».

Parmi ces projets, celui de l'Université de Toulouse-le-Mirail. (Lire -ci dessous). Des projets qui seront accompagnés : 730 millions d'euros pour cinq ans pour le plan licence. Des sommes qui seront « pondérées en fonction des efforts consentis ». Les facs, elles aussi sont condamnées à réussir... contre l'échec.


« Transformer le bachelier en étudiant »

L'Université de Toulouse-Mirail a été tout particulièrement citée en exemple par Valérie Pécresse. L'occasion de poser trois questions à son président Daniel Filâtre.

Comment expliquer cet échec de la moitié des étudiants en première année ?

Ces chiffres ne sont pas tout à fait exacts. Dans notre université, il est vrai que le taux de réussite des inscrits en première année est de 36 %… Mais si l'on compte ceux qui étaient présents pendant l'année, le taux passe entre 75 et 95 % ! Il faut donc chercher à comprendre pourquoi l'étudiant ne vient pas.

L'université est la seule structure ouverte à tous, sans sélection. La première année est souvent le moment où l'étudiant définit son projet d'études. C'est là qu'il faut transformer le bachelier en étudiant. Et il est vrai aussi que les enseignants sont notoirement insuffisants pour assurer cet accueil.

Pourquoi la ministre a-t-elle distingué votre université ?

Nous travaillons sur ce thème déjà depuis 2006, et nous avions commencé à mette en place des procédures. Nous avions donc de l'avance. Nous avons quatre axes. Tout d'abord, mieux connaître le public. Par exemple, tenir compte du profil particulier d'un bachelier issu des séries technologiques. Ensuite, nous avons le dispositif « Informer, Accueillir, Accompagner (I2A). Ainsi, nous avons des enseignants référents pour les primo entrants, et également des tuteurs selon les cas.

Nous donnons aussi à l'étudiant les moyens de trouver des bonnes passerelles. Nous lui proposons des enseignements artistiques, physiques, ou même citoyens : nous voulons des personnes engagées, ouvertes sur le monde. Enfin, nous faisons un effort autour de l'environnement numérique de travail.

Que pensez-vous de la réforme des universités ?

Ce qui est important, c'est le rôle renforcé des conseils, qui investissent davantage la politique des universités. Par ailleurs, l'université autonome ne doit pas se couper de sa base, ses facultés, ses labos, ses chercheurs. Moyennant quoi, cette réforme, c'est plus de travail pour le président et son équipe. Mais il n'y a pas de plus belle ambition que de vouloir développer l'université.


Les chiffres

On compte environ 120 000 étudiants à Toulouse, troisième ville universitaire de France.

L'université des Sciences sociales (sur le site de l'Arsenal, Toulouse 1) compte environ 18 000 étudiants

L'université de Toulouse-le-Mirail (bâtie sur la zone du Mirail en 1971) Toulouse 2 ) totalise près de

28 000 étudiants.

L'université Paul-Sabatier, sur le campus de Rangueil (Toulouse 3) compte, elle, près de 29 000 étudiants.

Il faut rajouter à cela le centre universitaire Champollion, avec des unités sur Albi, Rodez, Figeac ou Saint-Affrique et qui regroupe 2 800 étudiants.

Plus de 4000 étudiants dépendent de l'Institut national polytechnique (INP). Il regroupe des grandes écoles telles que l'ENSAT, l'ENSEEITH, l'ENCIACET, ou l'ENIT.

4000 étudiants sont dans les IUFM (Instituts de formation des maîtres).

Les autres écoles, d'ingénieurs regroupent plus de 4000 élèves (dont 800 pour l'école nationale d'ingénieurs de Tarbes).

Enfin, il faut compter avec les STS (6000 étudiants) les CPGE (2500) et les filières agricoles (1 500 étudiants)


À votre avis. Et vous, que pensez-vous de l'échec en fac ?

Christophe De Cussy, 22 ans, Master 2 en informatique et gestion, Toulouse. « L'échec vient d'une mauvaise orientation ». « Pour ma part, je suis tombé dans ce qui me plaisait. Mais on a très peu d'informations quand on est au lycée. En passant de quelque chose de général à quelque chose de spécialisé c'est très difficile. On n'a pas de visibilité sur le futur. La solution serait certainement d'avoir plus d'informations avant de rentrer à la fac. Par exemple, on pourrait assister à des cours d'essai avant de faire son choix ».

Jeanne Outurquin, 23 ans, Master d'histoire, Toulouse. « La fac devrait être plus encadrée ». « Le contrôle continu n'est pas assez présent en faculté. Si les élèves étaient plus surveillés il y aurait peut-être moins d'échecs. Moi, j'ai fait une licence d'histoire parce que j'aimais bien cette matière au lycée, après ce n'est pas forcément une vocation. Je trouve que quand on est en terminale, au lieu de nous bassiner avec le bac, on devrait plutôt nous préparer pour la fac, parce que c'est un vrai changement. »

Barbara Livins, 19 ans, Première année AES, Toulouse. « Pour l'instant, tout va bien ». « J'ai commencé les cours à la faculté il y a seulement une semaine. J'avais beaucoup d'appréhensions notamment à cause des taux d'échec. Mais en fait je me rends compte que nous sommes bien pris en charge. Les professeurs s'occupent bien de nous et je ne me sens pas perdue. Je ne sais pas, mais peut-être que dans le futur, je me poserai plus de questions sur mon avenir et ma réussite dans cette filière ».

Benjamin Bordenave, 23 ans, Master 2 d'histoire, Gagnac. « Les difficultés sont obligatoires ». Les deux premières années c'est normal que ce soit plus dur. Dans ma matière, on brasse beaucoup de périodes, on doit retenir un maximum de choses et faire un effort de synthèse. C'est évident que tous les étudiants ne s'en sortent pas. Je pense que l'on devrait faire plus de publicité au sein de la fac sur l'importance du tutorat. Trop peu d'étudiants sont au courant de ce qu'il peut apporter ».

L'étudiant.fr



04/10/2008
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