Après Blog Service

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"J'ai découvert le contrôle social avec Facebook"

LEMONDE.FR | 24.05.10 | 17h33  •  Mis à jour le 25.05.10 | 09h19

Vie privée
Trop chronophage, des inquiétudes sur leur vie privée, ou encore la sensation de créer un lien social factice : des lecteurs du Monde.fr racontent pourquoi ils ont quitté Facebook — ou sévèrement limité leur utilisation du réseau social.
  • Une libération par Antonin

J'ai découvert le "contrôle social" avec Facebook. J'en ai eu assez d'être sollicité, commenté, "muré", "tagué" sur des photos dont je ne connaissais même pas l'existence. Malgré tout, voyageant beaucoup, Facebook est un moyen simple de pouvoir contacter des connaissances si je me rends dans leur pays.

Les adresses email sont souvent compliquées à retenir, alors qu'avec Facebook le nom suffit. L'alternative que j'ai trouvée, c'est de verrouiller tous les paramètres de confidentalité (impossible de me taguer sur des photos, mur désactivé, etc.). Ainsi, pour moi, Facebook en est réduit à un carnet d'adresse en ligne, que j'emploie quand j'en ai une utilité et non pour espionner la vie de mes connaissances.

  • Monde binaire par Christophe

J'ai quitté Facebook pour deux raisons. La première est que la politique de confidentialité et de propriété des données personnelles est pour le moins inquiétante, fluctuante, modifiable à tout moment selon les pistes commerciales empruntées par la société. La seconde est que Facebook induit un nivellement des relations humaines. Sont désignés de la même façon ("ami"), des amis anciens et fidèles, vos collègues de travail, de vagues connaissances, ceux qui, d'une façon ou d'une autre, espèrent tirer profit d'un réseau d'"amis" étendu.

Qui plus est, les relations humaines ne sont pas les seules à être nivelées. Le principe du partage des pages web, de vidéos, agrémentées d'un "j'aime" ou d'un "j'aime pas", le principe de groupes constitués pour la défense d'une cause, et qui se croient sincèrement "engagés", "embarqués" dans une cause avec un poids de lobby, a quelque chose de définitivement absurde et réducteur. Comme si le monde et la société, dans leurs étendues, dans leurs complexités, attendaient que les membres de Facebook se prononcent sentencieusement sur tous les sujets et avec la naïveté de croire prendre part (de façon déterminante) aux événements.

Mon départ a suscité quelques interrogations, mais je ne pense pas avoir été jugé paranoïaque. Le renoncement à Facebook me prive de quelques pique-niques anonymes, de quelques vidéos ineptes, de quelques sympathies inattendues — mais j'ai toujours un mail et un téléphone, des amis... C'est nettement suffisant.

  • Trop d'histoires par Laurent

J'ai décidé de me désinscrire de Facebook après avoir vu sur le Web de multiples dénonciations sur l'usage qu'il fait des informations personnelles. Force est de constater qu'en plus d'être mises à disposition de n'importe qui, elles sont en outre revendues à d'autres sociétés de marketing. Beaucoup de mes amis y sont inscrits, ce qui m'a fait hésiter ; mais comme la plupart sont en mode "silence radio", cela ne devrait pas trop être un problème. Pour les autres, ils savent où me trouver, chez moi, sur mon portable ou mon adresse mail !

Et puis, sur Facebook, on est parfois invité par des gens perdus de vue qu'on n'a pas franchement envie de revoir. C'est surtout le cas pour ceux qui ont réussi leur vie alors que vous l'avez ratée. L'existence est déjà assez pénible au chômage pour ne pas en plus devoir évoquer sa situation à quelqu'un parti en Chine, au Japon et étudier aux États-Unis ! J'ai été accepté comme ami par Bernard Werber, l'écrivain et ça, ça m'a vraiment fait plaisir. Dommage qu'en résiliant je perde ce contact avec lui, mais d'un autre coté je n'ai jamais osé lui parler (Que lui dire ? Il est tellement excellent). Cela ne m'empêchera pas de suivre la création de ses écrits sur son blog, ni d'acheter ses livres ! Je vais voir si un réseau mieux que Facebook apparaît, j'ai entendu parler de Diaspora. Mais la prochaine fois que je m'inscris sur ce genre de sites, je ferai attention !

Trop chronophage
  • Un rituel chronophage par Julie

C'est un rituel pour la quasi-totalité des étudiants de mon école d'ingénieurs : une à deux fois par jour, s'asseoir devant un PC dans une salle informatique bondée et vérifier nos boîtes mails surchargées (sports, soirées, communications scolaires... notez l'ordre). Puis ouvrir sa page Facebook, puis sa boîte mail perso.

Voilà comment perdre une heure par jour devant un PC ! Aller voir qui a mis de nouvelles photos ; espionner son ex, ou futur, des gens perdus de vue qu'on recroisera probablement jamais, fonder des groupes ultra-constructifs (je voudrais que mes sous fassent l'amour dans ma poche et se reproduisent ; je suis écolo et j'aime les lépreux parce qu'ils sont biodégradables...). Sans compter les multiples engueulades crées par des photos, statuts, des "quoi, on est plus amis sur facebook ?" Bref, perdre plus de temps qu'on peut en gagner grâce à ce réseau social. Et le temps, en ces temps de crise, c'est la seule richesse qu'il me reste.

  • Inutile ! par Anne

J'ai 47 ans, quatre enfants, je suis profession libérale, je passe 60 % de mon temps de travail sur un PC, je traite des milliers d'emails par mois, j'ai des centaines d'amis, je skype car je vis à 12 000 km de la France, j'achète en ligne, je paye mes factures en ligne, j'Ebaye quand je suis en France, je télécharge légalement de la musique, je lis tous les jours le Monde.fr et je suis même sur LinkedIn... Mais je ne suis pas sur Facebook ! Où est l'erreur ?

Nulle part... C'est un choix évident quand on a déjà autant d'outils à sa disposition ! Peut-être ne suis-je pas avant-gardiste ? C'est vrai que je n'ai ni iPhone, ni iPad... Non, tout simplement, je communique suffisamment et je n'éprouve pas le besoin de faire plus ou mieux. Je vois mes amis comme je l'entends, je suis en contact avec eux très largement malgré mon éloignement, j'ai des groupes d'amis, des réseaux de relations professionnelles, je n'éprouve pas le besoin de reprendre contact avec des vieux potes de trente ans avec qui je ne partage plus rien...

Alors tant que mon banquier, mon assureur, mon journal préféré, mon contrôleur fiscal, l'école de mes enfants (elle a déjà un demi-siècle de retard en télécom, ce n'est pas d'elle que vient le danger !), mes amis que j'ai choisis, mes contacts professionnels ne m'obligent pas à communiquer via Facebook, je resterai en dehors.

  • Des réflexes par Nicolas

J'avais décidé de quitter Facebook en décembre-janvier car j'avais des examens en préparation et Facebook prenait beaucoup trop de mon temps. J'ai donc essayé d'arrêter pendant une période de deux semaines. Le plus ennuyeux dans tout ça, c'est que sur son ordinateur, on a les réflexes "Facebook", c'est-à-ire que presque inconsciemment on se dirige sur la page du réseau. Je dois avouer que j'avais comme un manque, et également la sensation de ne pas être mis au courant d'informations capitales alors qu'elles ne le sont pas.

Après ces deux semaines, j'étais comme "guéri", et je me suis mis en tête d'utiliser Facebook raisonnablement, sans y passer des heures. C'est donc ce que je fais, je fais vite un petit tour durant mon temps de libre, je ne reste pas plus de 10 minutes par jour alors qu'autrefois je pouvait rester facilement plusieurs heures (pour faire quoi ? Je me le demande encore). Durant ces heures, autrefois perdues, je passe maintenant mon temps à étudier et je vois beaucoup plus mes amis (non-virtuels), ce qui me fait sortir de chez moi plus souvent et profiter de la vie.

  • Non, ce site n'était définitivement pas fait pour moi par Florian

Mon périple sur Facebook aura duré environ 2 ans, et je me suis rendu compte, que ce site ne m'avait absolument rien apporté, c'était une perte de temps terrible aussi bien sur le plan social que culturel.

Le seul point positif de ce réseau social est qu'il nous rapproche des personnes qui nous sont distantes d'un point de vue géographique. Mais j'ai également remarqué qu'il rendait futiles, certaines rencontres ou sorties, et que par conséquent, il pouvait dans un même laps de temps détruire du lien social.  De plus, il reste toujours le problème et non des moindres de la vie privée, qui est jetée en pâture aux plus offrants.

J'avais également horreur du fait que Facebook représentait une sorte de double virtuel, et que cette activité virtuelle pouvait prendre un jour, le dessus sur la vie réelle.
Non, ce site n'était définitivement pas fait pour moi. Ce qui est amusant désormais, c'est que j'appartiens à une nouvelle minorité, celle de ceux qui ne sont pas sur Facebook. En fin de compte ma décision de quitter Facebook n'a été motivée que par une seule chose, le désir de vivre à nouveau, un profond désir de liberté retrouvée.

  • La paupérisation de la vie sociale par A. Nonym

Pourquoi ai-je quitté Facebook ? La première question serait plutôt : "mais pourquoi diable y suis-je rentré ?" Les raisons ne manquaient pas : par curiosité, pour suivre le mouvement, pour rester en lien avec des connaissances éloignées.

Au début, vous faites ça proprement, invitez vos amis proches et quelques correspondant étrangers, racontez des anecdotes, consultez votre nouveau joujou...
Et un jour, des connaissance lointaines de chez lointaines, du genre la cousine d'un obscur voisin de table du collège de Triffouillis-en-Velay vous demande d'être son ami. Pas vachard, vous acceptez toujours ces élans du cœur jusqu'à en arriver, plus tard, à supprimer quelques relations factices ou envahissantes sur les centaines qui vous spamment avec les tracas de leurs vies quotidiennes qui ne vous regardent en rien.

A ceci ajoutez les "groupes" divers et variés pour promouvoir la fabrique artisanale du véritable chabichou, ou des diverses opinions exprimées d'un trait d'esprit dont la subtilité est bien rendue par l'émérite acronyme "lol", et vous obtenez un marasme comique dont l'entretien prend plus de temps qu'un jardin, mais qui ne produit de fruits que virtuels et qui sont au mieux insipides.  Alors, une fois nettoyé, votre Facebook est le reflet presque honnête de votre vie sociale, une prise de conscience salutaire votre autorise à désintégrer joyeusement cette schématisation prétentieuse et uniformisante de votre vie. Facebook, générateur de nouveaux misanthropes.

  • Regarder derrière l'écran par Baptiste

Grand consommateur de Facebook depuis deux ans, j'avais 250 amis au compteur et je faisais plusieurs passages par jour sur le site. Se connecter sur Facebook, c'est avoir l'impression de rentrer dans une vraie communauté. Le nombre impressionnant de personnes inscrites et l'augmentation continue de ce nombre donnent envie d'en être. Qui sait, on a peut-être enfin accès à un outil qui permet de rassembler les foules.

Toutes les personnes que l'on est amené à croiser dans la vie réelle y sont, et tant d'autres. Les soirées entre copains s'y organisent, l'actualité y est commentée et des rassemblements peuvent s'y préparer. Facebook, c'est aussi notre identité que l'on livre au grand jour, que l'on teste, que l'on commente. Facebook, c'est la vie rassemblée sur un écran de 30 cm.

Pratique oui, mais c'est là que le bât blesse. Comment peut-on alors avoir cette impression d'avoir accès à tout, facilement et ce par le biais d'un seul site ? Facile, chaque info est classée par thème et toutes les personnes sont rangées par centre d'intérêt. Nous sommes rangés, rien de choquant dans cette phrase ? Voilà pourquoi Facebook et moi nous sommes séparés. Outil pratique et innovant, mais hélas nous ne nous servons que de son côté ludique. Du coup, j'ai demandé de l'aide à un proche afin qu'il change mon adresse et mon mot de passe. Sans cela, une rechute est vite arrivée. Maintenant, je ne vois réellement que 15 de mes 250 amis, mais on peut discuter. Je ne sais pas ce qu'ils deviennent : je n'ai plus Facebook...

  • Sevré par thierry

Facebook intensif pendant trois mois, puis...  Plus rien. Trop tenté d'aller chez les autres... J'ai eu le sentiment de violer l'intimité, le quotidien, de personnes que je connaissais ou non. Avec leur consentement, certes. Mais ça ne justifie pas d'aller fouiller. Je trouve qu'on devient à terme spectateur de sa propre vie. On se regarde vivre, on communique sur son image, sa vie. Sans qu'elle ne devienne plus intéressante.

  • Trop de détails inutiles sur la vie quotidienne de mes "amis" par François

Je suis parti car j'étais lassé de voir s'amonceler des dizaines de brins d'informations sans intérêt pour moi, du genre "Untel est au musée", "Unetelle est dans un avion", "j'me la pète", "vous avez été bisounoursé par duchmol", etc. Pondus d'un côté par ceux qui utilisent l'ordi du bureau lors de leurs (multiples) temps libres, de l'autre par ceux qui sont munis d'un smartphone et qui s'ennuient en réunion. Gavant.

Je suis aussi parti pour garder privée ma vie privée et voir un peu moins de pub... Mais sur ce dernier point cela ne m'a pas servi, la Sélection Shopping du Monde.fr s'obstine à me mettre sous les yeux des petites culottes et des soutien-gorges en situation... Zéro conséquence sur ma vie sociale, j'appelle mes amis quand j'ai envie de les voir et ils font pareil. Excellent résultat sur mon moral au travail, je suis bien plus focalisé.

Le Monde.fr


25/05/2010
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