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L'expérience amoureuse intéresse les historiens

LEMONDE | 11.02.12 | 14h26

LOIN d'être un sujet léger, l'expérience de l'amour est un objet d'études littéraires ou sémiologiques. Peut-elle être une matière pour les sociologues et les historiens ? Peut-elle nous restituer une matière capable de raconter l'évolution de notre société ? "Oui", affirme l'historienne Anne-Claire Rebreyend, qui a fait de l'expression amoureuse son sujet de thèse, publiée en 2009. Dans son dernier ouvrage, Dire et faire l'amour. Ecrits intimes et confidences de 1910 à 2010 (Textuel, 2011), des archives inédites et fac-similés de lettres dévoilent un siècle de pratiques amoureuses et sexuelles. "Une part longtemps occultée de notre mémoire familiale, l'amour conjugal de nos parents et grands-parents, dans toutes ses dimensions sentimentales et érotiques", écrit Jean-Claude Kaufmann dans la préface. Avec ces lettres et ces histoires, on constate, poursuit le sociologue, "combien, de génération en génération, nos comportements en un siècle ont changé".

Quête du plaisir personnel

Au-delà "du récit d'une libération sexuelle progressive", le livre d'Anne-Claire Rebreyend décrit "une véritable mutation anthropologique d'ensemble, bousculant l'institution par le sentiment, avant que celui-ci, à son tour, ne soit questionné par la quête du plaisir personnel". Nous passons ainsi, à travers ces cartes du Tendre anonymes, de l'époque du sexe caché à celle de l'intime exhibé pour parvenir jusqu'à notre présent virtuel et déboussolé...

 

"Pour autant, explique Anne-Claire Rebreyend, alors que de nombreux écrits sont publiés sur les amours des célébrités, les historiens ont longtemps freiné cette recherche de l'intime à partir des individus ordinaires et anonymes, arguant qu'il s'agissait du domaine privé ou que la matière était pauvre." Or, cette matière, qui nous apprend beaucoup sur nous et notre société, existe aux Archives nationales, au Planning familial, à l'Association pour l'autobiographie d'Ambérieu-en-Bugey (Ain), dans les fonds d'archives de l'Indre-et-Loire, où Menie Grégoire, l'oreille des femmes sur RTL jusqu'en 1980, a déposé les lettres qu'elle a reçues, ou encore à la Bibliothèque nationale de France, qui garde celles envoyées à Simone de Beauvoir.

 

L'historienne Arlette Farge ne dit pas autre chose. L'ouvrage collectif (Histoires de l'amour. Fragilités et interdits du Kâmasûtra à nos jours, Bayard, 2011) qu'elle a préfacé, consacre un chapitre aux correspondances amoureuses et apporte la preuve que "les sentiments ont une histoire", même si, "sans doute, pèse sur l'amour le poids de sa prétendue frivolité, l'aura de sa puissance, la croyance en son universalité, la peur d'en affronter les mystères".

Mé.G.



13/02/2012
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