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L'insertion professionnelle par les jeux vidéo....

Supplément "Europa" - L'Europe qui marche | LEMONDE.FR | 25.01.12 | 11h33   •  Mis à jour le 25.01.12 | 12h03

 

Dans une pièce aux murs tapissés de storyboards de jeux informatiques, une trentaine d'adolescents se pressent devant des écrans d'ordinateur. Certains testent de nouvelles idées, d'autres apprennent la programmation et les techniques de dessin. Tous viennent de zones défavorisées des West Midlands britanniques. Sans l'Union européenne, aucun ne serait là. S'il est généralement difficile de trouver des Britanniques qui chantent les louanges de l'UE, c'est pourtant le cas à la Learnplay Foundation, dont l'essentiel des ressources proviennent du Fonds social européen. "Je ne pense pas que notre fondation pourrait poursuivre ses activités sans ce financement", indique Ro Hands, sa directrice.

La Learnplay Foundation est un projet social novateur implanté dans l'agglomération post-industrielle de West Bromwich, [à l'ouest de Birmingham,] un coin des West Midlands qui a été touché par les émeutes de l'été dernier. Fondée en 2007, elle s'est fixée pour objectif d'"améliorer la vie des gens à partir de techniques basées sur les jeux" – autrement dit, elle se sert de l'omniprésence des jeux vidéo pour faire découvrir aux jeunes défavorisés la technologie qui les sous-tend et favoriser par là leur créativité dans le but de réorienter leur existence.

 

"Notre raison d'être est de travailler avec des personnes issues des milieux les plus défavorisés, explique Hands. Nous leur offrons des opportunités : opportunités d'emploi, opportunité d'apprentissage, formation reconnue, expérience professionnelle… autant de moyens de réaliser des choses créatives et significatives qui leur procurent un résultat tangible." La Fondation est fière de travailler avec des NEETs – ces jeunes sans éducation, emploi ni formation ["not in education, employment or training"] qui sont depuis longtemps synonymes de l'échec social en Grande-Bretagne – et de les remettre en contact avec le système éducatif et le marché du travail.

Pour certains jeunes, cela peut passer par des stages au siège local de la Fondation, où ils apprennent – entre autres choses – la programmation informatique et les techniques de conception, tout en intégrant des aspects positifs beaucoup plus larges, dont notamment la découverte de la planification et du travail en équipe, ainsi qu'un renforcement de l'estime de soi.

Le jour de ma visite, une trentaine d'adolescents sont rassemblés autour d'écrans d'ordinateurs, dans une salle aux murs tapissés de storyboards de jeux vidéos qu'ils ont imaginés. "Avant, tout ce que je faisais, c'était traîner dans la rue. Je me suis fait arrêter plusieurs fois, me confie l'un des stagiaires de Learnplay. Mais cet endroit m'a donné une vision créative, ça m'a fait réaliser où je pouvais aller grâce au dessin et aux jeux."

 

La Fondation a également mis en place des programmes de terrain pour tenter de toucher certaines communautés ravagées par les problèmes sociaux. "Vous ne pouvez pas vous contenter de leur agiter le doigt sous le nez en disant que ce qu'ils font, ce n'est pas bien : beaucoup de ces jeunes qui trempent dans des histoires d'armes ou de gangs sont convaincus qu'ils représentent leur famille, que c'est leur mécanisme de protection, remarque Hands. Alors nous les aidons à réaliser des projets créatifs. Cette expérience de la création les aide à reconsidérer leur existence et à se dire qu'ils possèdent des talents et des capacités. Et à partir de là, grâce au soutien que nous leur apportons, ils peuvent se ménager des opportunités."

Le travail de la Fondation comporte deux aspects : permettre aux adolescents de créer et développer des jeux, mais aussi diffuser leur travail vers l'extérieur et viser d'autres objectifs. Les jeux réalisés par les protégés de la Fondation sont exploités en collaboration avec des écoles primaires afin d'améliorer les capacités de lecture et de calcul. Certaines applications sont conçues à l'intention des personnes âgées pour freiner les effets de la démence sénile. Et depuis peu, des programmes très pointus sont utilisés par les services sociaux et la police dans leur travail auprès de victimes de trafic et de violences à enfant comme moyen de faciliter le dialogue et de faire surgir des éléments de preuve décisifs.

 

Bien entendu, tout cela demande de l'argent, ce qui nous amène à une question particulièrement intéressante : quelle est la part des revenus de la Fondation provenant du Fonds social européen ?
"Aujourd'hui, ce sont environ 85 %, répond Hands. Nous connaissons tous la situation politique actuelle ; nous savons tous que le gouvernement a diminué une bonne partie des sommes allouées aux programmes en direction de la jeunesse. Si nous n'obtenons plus d'argent de ce côté-là, nous devons donc aller le chercher ailleurs. On apprend à se débrouiller."

 

Il n'est guère surprenant dans ces conditions que Hands et ses collègues s'inquiètent de la vague d'euroscepticisme qui touche actuellement la Grande-Bretagne. "Les journalistes vont relever les éléments les plus discutables de l'Union européenne et écrire des articles sur la forme et la taille des bananes, et c'est ça que le public va entendre, regrette Hands. Oublions ça et regardons plutôt ce que l'Europe apporte à ses Etats membres, regardons l'argent qui est distribué et les choses qui sont réalisées. Pour nous, c'est très clair : nous avons travaillé l'année dernière avec 5 000 Neet et aucun d'entre eux n'a abandonné en cours de route.



25/01/2012
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