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La briqueterie Lafleur classée


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A l’heure où l’église de Ouara est remise en état, le Mont-Dore compte un nouveau bijou classé aux monuments historiques. L’ancienne briqueterie du Vallon-Dore, dernier épisode d’une saga vieille d’un siècle et demi.

 

Rue des Roseaux, les écoliers cohabitent avec un pan d’histoire. L’ancienne briqueterie du Vallon- Dore dresse ses vestiges à quelques mètres du groupe scolaire et, depuis quatre mois, ces restes d’un passé industriel se trouvent classés au titre des monuments historiques.
Cette décision rendue officielle par un arrêté du 5 octobre émane de la province Sud, collectivité compétente en matière de patrimoine. Passée plutôt inaperçue, elle répond à une requête formulée six ans plus tôt par le Mont-Dore. « Notre demande est simple, formulait, hier, le secrétaire général Thierry Santa, au nom de la commune. C’est de sécuriser le site et de pérenniser les vestiges. »

«Sécuriser le site et pérenniser les vestiges.»

La ville a acquis le terrain où se trouvent les ruines en 2004. Il s’agissait alors de trouver du foncier pour bâtir une nouvelle école. La briqueterie devait être rasée au passage.

Argile. Ce ne fut pas le cas. Mille fois tant mieux, car le massif des fours tunnels et les bouts de cheminée qui le dominent encore portent le flambeau des briquetiers du Mont-Dore. Ces faiseurs de rectangles rougeâtres signés de la mention Mont D’or, Mont-Dore ou encore Mont-Dor et d’un signe distinctif.
La saga fut ouverte en 1864, ou 1865, par Gérolimo Draghiceviz (*). Pour répondre à la demande d’une colonie en plein développement, ce Croate d’origine fabrique des briques à partir de l’argile extraite sur sa propriété du Mont-Dore, les fait cuire et les achemine par bateau vers Nouméa. En 1903, l’activité est reprise par Prosper de Greslan, avant la société Imbault-Brajeul en 1907, Jean-Louis Eugène Imbault en 1914, la famille Varin en 1926 ou encore les Vibert en 1938.
C’est huit ans plus tard qu’Henri Lafleur rachète les lieux. « Quand je suis rentré de France après les études, mon père m’a dit : « On va faire une briqueterie « », se souvient son fils Claude, qui fut, vingt ans durant, le directeur de l’entreprise. « Je suis ravi, surtout pour mon père et pour ma famille. Ça représente beaucoup pour moi », confie-t-il en évoquant son classement.

Tourisme. Une décision qui a transporté de joie Monique Vilisseck. Cette habitante duMont-Dore, passionnée par l’histoire locale, caresse le projet d’un livre consacré à la briqueterie du Vallon- Dore. « Je suis ravie, parce que c’est un bâtiment protégé de plus. Je trouve que c’est intéressant pour les enfants, c’est mieux de leur apprendre l’histoire comme ça qu’en ouvrant un livre. Mais aussi pour les touristes, et pour les Calédoniens. C’est accepter son histoire. »
Cette étape franchie, une autre se profile et pas desmoindres : trouver les moyens et la façon de remettre d’aplomb la vieille voisine du Vallon- Dore.

Françoise Tromeur

(*) Histoire résumée à partir des données collectées par le service du patrimoine historique et culturel à la province Sud.

 

 

« On a raté le coche »

En 1954, la production de briques reprend au Vallon-Dore sous l’impulsion des Lafleur. Une dizaine d’années durant, dix ouvriers et une quinzaine de manoeuvres vont produire des briques et des hourdis sur les quatre fours dont se dote la briqueterie. « On faisait des briques pleines pour les fours de la SLN et des briques creuses », précise Claude Lafleur. Aujourd’hui âgé de 81 ans, l’ancien directeur continue à travailler dans un immeuble nouméen conçu avec le précieux matériau. La terre du Mont- Dore se prêtait à cette industrie. « Mais il fallait la laisser pourrir. On l’extrayait, on faisait plusieurs tas et on les prenait l’un après l’autre. Et puis il fallait procéder au triage des terres. On peut faire des briques avec toutes les terres du Mont- Dore, mais certaines ne cuiront pas parce qu’elles contiennent trop de fer. » Claude Lafleur déplore surtout que la briqueterie n’ait pas été pensée à feu continu, de façon à cuire des briques en permanence. « On ne pouvait pas récupérer la chaleur d’une cuisson pour cuire les autres. On faisait des fournées de 600 briques, pas plus, qui demandaient trois jours pour refroidir après cuisson. On a vraiment raté le coche. » Surtout qu’à cette époque, la scorie de la SLN permet de fabriquer des agglos en ciment. A moindre coût, et au détriment des briques du Mont-Dore.

 

 

 

Repères

  • Un cercle prestigieux

L’ancienne briqueterie du Vallon- Dore rejoint le petit cercle des bâtiments du Mont-Dore classés aux monuments historiques : l’église de Ouara, inscrite en 1993 ; les bâtiments et les monuments de la Forestière, situés dans la baie des Pirogues (1999) ; la chapelle « américaine » Sainte- Jeanne-d’Arc de Plum (2006) et les bâtiments anciens de la mission de Saint-Louis (2008). Les bâtiments du village de Prony ont, pour leur part, été inscrits en 2008 à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques.

  • Menaces

Entouré par une barrière récente mais déjà trouée, le site présente actuellement des risques d’effondrement à plusieurs endroits. Il a aussi fait les frais des voleurs de briques réfractaires, qui se servaient parfois directement à la voûte des fours.

  • Machine conserve

Quand le site a été dégagé pour préparer la construction de l’école, de nombreuses machines ont été révélées au grand jour, du broyeur d’argile aux chariots de séchage. Elles ont été dirigées vers la direction des services techniques, à La Coulée, où elles attendent toujours une deuxième vie.

 

 



15/02/2011
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