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La Chine courtise le Pacifique

La Chine est devenue le premier partenaire économique de l’Australie. Si les Etats-Unis tentent de contrer cette montée en puissance, l’Australie semble décider à resserrer les liens avec le géant asiatique... Jusqu’à lui laisser le champ libre pour investir dans toute l’Océanie.

Depuis quelques années, l’Australie semble avoir lié son destin à celui de la Chine. Pour le meilleur semble-t-il, alors que l’économie australienne atteint de nouveaux sommets, après avoir évité la récession qui touchait les autres pays développés en 2009.
Et ce n’est qu’un début selon de nombreux experts, qui n’hésitent à prédire des lendemains qui chantent pour le pays, au rythme du boum des matières premières provoqué depuis deux ans par l’explosion de la demande asiatique.

Minerais. Dans sa course aux minerais en tout genre dont elle a besoin pour assurer son développement, la Chine a fait du coffre-fort australien, sa cible favorite, au point de redessiner les contours de l’économie du pays. En cinq ans, la Chine a détrôné les Etats-Unis et le Japon, pour devenir le premier partenaire économique de l’Australie. Un quart des exportations australiennes part dorénavant vers les ports chinois, contre moins de 2,5 % dans les années 1990. Composées à 85 % de minerais et de produits agricoles, elles ont rapporté 58 milliards de dollars australiens (plus de 4 000 milliards de Francs) à la balance commerciale plus que jamais bénéficiaire du pays.
Dopées par les cours au plus haut du charbon et du minerai de fer, les exportations australiennes pourraient peser « 20 milliards de dollars supplémentaires en 2011 », d’après les calculs du cabinet Deloitte. La tendance est même déjà prévue pour durer, les appétits chinois ne devant pas être rassasiés « avant quinze ans au moins », a prédit fin avril Marius Kloppers, le patron de BHP-Billiton, la première compagnie minière d’Australie et du monde.

Pékin rêve maintenant de pouvoir importer sa propre main-d’œuvre en Australie.

Stratégie. Le Fonds monétaire international (FMI) s’inquiète bien un peu « de la dépendance de plus en plus grande de l’économie australienne envers l’Asie », tout en promettant « une croissance de 20 % » du PIB australien durant la prochaine décennie.
Bien décidée à sécuriser ses approvisionnements sans être à la merci des cours de minerais, la Chine veut changer de stratégie et cherche à mettre la main directement sur une partie du domaine minier australien. Les compagnies chinoises multiplient les contrats record dans le gaz, le charbon ou le minerai de fer, en profitant au passage pour s’investir en propre dans les gisements. Pékin rêve maintenant de pouvoir importer sa propre main-d’œuvre, mais ses dirigeants se sont heurtés à
une fin de non recevoir de la part du Premier ministre Julia Gillard, lors de sa visite en Asie il y a deux mois. « Canberra ne veut pas prendre le risque de se voir déposséder de ses richesses », explique l’économiste Stephen Joske.

Défense. L’Australie résiste donc pour freiner les ambitions de son partenaire, avec qui les relations ont toujours été compliquées, même pendant les discours en mandarin de Kevin Rudd. Julia Gillard a d’ailleurs pris soin d’éviter les sujets qui fâchent pendant ses deux jours à Pékin, surprenant même son auditoire en sortant de sa manche un accord de défense, inédit entre les deux pays.
Poussée à Washington par John McCain début mars, « à aider les Etats-Unis à contrer la montée de l’influence chinoise en Asie-Pacifique »,
Julia Gillard a répondu au sénateur américain à Pékin, en déclarant que « la volonté de l’Australie n’est pas de contenir la Chine ».
Le Premier ministre compte même sur cette coopération militaire, « pour renforcer les liens » entre les deux pays. Inscrite en 2009 au rang des menaces potentielles dans le Livre blanc de la défense, la Chine pourra faire ravitailler sa flotte militaire dans les arsenaux australiens, « dès la fin de cette année », a précisé le chef du gouvernement fédéral, qui inaugure un nouveau pas de danse avec le dragon chinois.

Dossier réalisé par Olivier Caslin

 

 

500

500 milliards de dollars, soit plus de 45 000 milliards de francs, c’est le montant de ce que pourrait rapporter le boom minier à l’Australie, d’ici à 2035.

 

 

 

Forum du Pacifique : « la diplomatie du chéquier »

En même temps qu’elle assure la prospérité économique de l’Australie, la Chine est également aujourd’hui l’un des partenaires les plus influents de la zone Pacifique.
Présent dans la région depuis les années 1970, Pékin est devenu en cinq ans le troisième bailleur de fonds de l’Océanie, derrière l’Australie et les Etats-Unis, mais désormais devant le Japon ou l’Union Européenne. En 2005, le montant annuel des aides chinoises représentait 33 millions de dollars US (soit 2,6 milliards de francs), il dépasse les 200 millions de dollards par an (plus de 16 milliards de francs) depuis 2007.
Une goutte d’eau dans l’océan des 30 milliards de dollars distribués chaque année par la Chine dans le monde, mais suffisante pour réaffirmer son statut de grande puissance dans la région. Huit (1) des quatorze pays membres du Forum du Pacifique profitent de cette manne, qui porte essentiellement sur des projets d’infrastructures et pèse très lourd sur les économies en voie de développement des petits pays iliens.
Surtout que ces dernières années, la Chine favorise davantage les prêts à taux préférentiels aux dons. Ces derniers représentaient encore un quart de l’aide en 2007, contre moins de 15 % l’an dernier.

Un moyen de pression énorme

En cinq ans, la chine a engagé pour plus de 600 millions de dollars de crédits, le Tonga empruntant l’équivalent d’un tiers de son PIB, les Iles Cook et les Salomons 16 %, Fidji 9 %.
« Jamais ces pays n’auront les capacités financières de rembourser leurs dettes », prévient le Lowy Institute. Le « think tank » australien remet également en cause les conditions imposées aux créanciers, obligés de faire appel à des entreprises et à une main-d’œuvre chinoise.
En jouant la diplomatie du chéquier, la Chine se paye, selon le Lowy Institute, « un moyen de pression énorme sur les pays », en même temps qu’elle assure à bon compte la protection de ses 150 000 ressortissants tout en mettant la main sur les ressources naturelles de la région. Pékin marque également des points importants dans la guerre diplomatique livrée contre Taiwan, au nom de la politique de « la Chine unique ».

(*) Iles Cook, Fidji, Fédération de Micronésie, Niue, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Samoa, Tonga, Vanuatu.

 

 

 

Repères

De retour en Papouasie-Nouvelle-Guinée
Longtemps oublié malgré son potentiel minier unique dans la région, le pays vient de recevoir 117 millions de dollars pour la construction de dix conserveries. En accordant 58 % du budget régional de l’année, la Chine espère se rapprocher de Port Moresby, au moment où ses compagnies privées commencent à investir massivement dans le nickel ou le gaz papou.

Les îles Cook récompensées
Récompensé de sa fidélité pour le régime de Pékin depuis 1997, le pays s’est vu crédité en 2009 de 24 millions de dollars pour la réfection de ses routes et de son réseau d’eau. La Chine en profite pour récupérer quelques droits de pêche sur l’une des plus grande Zone économique exclusive (ZEE) du Pacifique. En espérant qu’à l’heure des premières traites, « la Nouvelle-Zélande pourra nous aider », a déjà indiqué Tom Marsters, le vice-Premier ministre des Iles Cook.

Généreuse avec Tonga
Pour détourner le roi de Taiwan, la Chine se montre régulièrement généreuse avec le pays, qui a encore reçu près de 43 millions de dollars l’an passé pour améliorer ses routes. En 2007, il s’était déjà vu attribuer une enveloppe conséquente pour reconstruire la capitale après les émeutes. Tonga a, aujourd’hui, emprunté l’équivalent d’un tiers de son PIB, avec de fortes chances « de ne jamais pouvoir honorer sa dette », estime un ancien ministre des finances du royaume.

Fidji recueillie
Rejeté par les puissances occidentales de la région, le régime du « Commodore » Bainimarama « s’est jeté dans les bras de la Chine », pour reprendre l’expression du Département d’Etat américain. Depuis 2006, l’archipel a emprunté 253 millions de dollars, devenant de loin le premier créancier chinois de la région. Les deux tiers de cette somme sont affectés à la réalisation du projet hydro-électrique de Nadarivatu, initié à l’origine par la Banque Mondiale.

 


16/05/2011
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