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"Le Cochon de Gaza" : une farce ni casher ni halal qui aimerait réconcilier

 

Une scène du film français de Sylvain Estibal, "Le Cochon de Gaza" ("When Pigs Have Wings").

Une scène du film français de Sylvain Estibal, "Le Cochon de Gaza" ("When Pigs Have Wings").STUDIOCANAL

 

Faire du blocus de Gaza le cadre d'une comédie n'allait pas de soi. Peut-être parce qu'il ne vient pas de là, ni même du cinéma, l'écrivain et journaliste français Sylvain Estibal s'y est risqué, et il a bien fait. Fable absurde au parfum de comédie italienne, Le Cochon de Gaza se regarde comme on respire une bouffée d'air frais.

L'histoire est celle de Jafaar, un pêcheur gazaoui, sympathique et totalement aux abois. Depuis qu'Israël a réduit à rien l'espace autorisé pour la pêche, il ne trouve plus un poisson. Un beau matin, il récupère dans ses filets rien de moins qu'un gros cochon poilu. Panique. Entre l'animal monstrueux qui rue dans les brancards en poussant des cris aigus et le pêcheur aussi terrorisé que si le diable s'était invité sur son bateau, la scène burlesque qui s'ensuit est formidable.

Que faire de cette bête répugnante, jugée aussi scandaleusement impure par les juifs que par les musulmans, et qui pourrait rapporter plus d'argent que bien des poissons ? Cachant l'animal dans sa cale, Jafaar tente de le refourguer au chef du bureau de l'ONU. Il apprend ensuite que les Russes de la colonie voisine pourraient en avoir l'usage, se rend sur place où on lui demande d'apporter non pas le cochon, mais des échantillons du sperme de l'animal pour féconder les femelles. Voilà le pauvre homme condamné, pour gagner sa pitance, à masturber son cochon à l'insu de sa femme et de ses voisins, rongé par la honte et l'angoisse...

 

Rocambolesque

Le rocambolesque du film ira crescendo, se nourrissant des absurdités induites par la paranoïa réciproque des deux camps, par le culte de la virilité qui imprègne les esprits.

Humaniste et bon enfant, cette petite comédie sans prétention, dont la tenue ne se relâche jamais, joue sur les ressemblances entre Israéliens et Palestiniens sans s'arrêter sur les différences. La violence n'est pas occultée, que ce soit celle infligée aux Gazaouis par l'armée israélienne ou celle des attentats anti-Israéliens. Mais elle est toujours traitée sur le même mode farcesque.

L'élevage de cochons dans les colonies juives par exemple, alors que ces animaux n'ont pas le droit de poser le pied sur le territoire israélien, s'explique par la capacité qu'ils ont à flairer les explosifs. Aussi, pour contourner l'interdit, les installe-t-on sur des plates-formes, ou leur passe-t-on des chaussettes aux pieds. Cet humour foutraque sera-t-il aussi bien perçu en Israël et en Palestine qu'il l'est depuis la France ? C'est évidemment une question qui se pose.



07/11/2011
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