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Le haussaire plaide pour un débat pacifié


 
Arrivé il y a cinq mois, le haut-commissaire Albert Dupuy se retrouve à jouer un rôle clé à la fois dans la gestion de la crise politique que traverse la Calédonie, pour empêcher le pays de basculer dans les troubles, et dans la conduite des comités préparant l’avenir.

  • Les Nouvelles calédoniennes. Vous êtes en Calédonie depuis maintenant plus de cinq mois. Quel regard portez-vous sur le pays, sa population et sa classe politique ?

Albert Dupuy. Je confirme la première impression que j’ai eue en arrivant. J’avais été très bien accueilli en Calédonie, d’abord par les représentants des pouvoirs publics, mais aussi par la population au hasard des rencontres et des contacts que j’ai pu nouer. La première impression est souvent la bonne et dans le cas précis ça a été le cas.
De plus, la Calédonie se trouve dans un contexte économique qui la met à l’écart des grandes crises qui touchent la Métropole ou l’Europe.

  • La Calédonie traverse une crise politique. L’Etat est un partenaire actif de l’accord de Nouméa, il exerce le contrôle de légalité des décisions et assure l’ordre public. Il est donc impliqué. Jusqu’à quel point ?

Vous citez trois éléments du rôle de l’Etat. Le contrôle de légalité est effectué de façon équilibrée. Je tiens à le dire, parce que ça correspond à une conviction forte de ma part. Je suis un acteur du contrôle de légalité de longue date, dans tous les postes que j’ai occupés, comme sous-préfet puis comme préfet.
Le rôle de partenaire actif de l’accord de Nouméa est pleinement dans l’actualité. J’ai réuni le 31 mars dernier deux des trois comités de pilotage décidés par le dernier comité des signataires. Celui sur la stratégie industrielle et celui sur le bilan de l’accord de Nouméa.
Je n’ai pas modifié cette date, en dépit des remous politiques du moment, pour montrer clairement que ça reste l’objectif prioritaire de l’ensemble des acteurs. J’observe que les membres des deux comités étaient tous présents, et la discussion a eu lieu de manière constructive et sereine. C’est important à souligner dans le climat ambiant. Sur les enjeux majeurs, les acteurs politiques continuent à se parler.
De la même manière, nous réunirons le comité sur l’avenir institutionnel sans doute fin mai. Il aurait dû se réunir plus tôt, mais nous avons pris du retard dans le choix des experts. Mais l’idée était, et reste, de réunir les trois comités en même temps, et à intervalles très réguliers.

  • Le Conseil d’Etat pourrait se prononcer en faveur de l’annulation de l’élection du premier gouvernement Martin du 3 mars dernier. Ce qui contredirait l’avis sur lequel vous vous êtes appuyé pour convoquer l’élection du président et du vice-président. Quelle serait votre attitude en cas de nouveau scrutin ?

Ce sont les conclusions du rapporteur public. Pas la décision définitive. Il faut maintenant attendre l’arrêt du Conseil d’Etat. Cet arrêt sera bien sûr très argumenté et je pense qu’il pourra nous éclairer utilement sur la marche à suivre, et sur les conséquences juridiques pour les actes pris par les gouvernements Martin successifs.
Est-ce que le haut-commissaire doit convoquer un gouvernement démissionnaire pour l’élection d’un président ? Si oui qui doit-il convoquer et comment ? Nous le saurons sans doute sous peu car le Conseil d’Etat devrait statuer au fond.

Je ne suis pas là pour empêcher les manifestations.

  • Une nouvelle manifestation pour un drapeau commun est annoncée ce samedi, cette fois place Bir-Hackeim pour être à distance du Mwa Ka. Quelle attitude adopterez-vous en cas de contre-manifestation ?

Je veux simplement redire ce qu’est ma ligne de conduite. Je suis attaché à la liberté d’expression et au droit de manifester qui sont des valeurs constitutionnelles. Mais la limite à l’exercice de ces libertés, c’est le risque avéré de trouble à l’ordre public.
La semaine dernière, nous avons eu plusieurs réunions avec les organisateurs des deux manifestations pour faire en sorte que les deux rassemblements ne soient pas trop proches et que les défilés soient insusceptibles de se croiser. Nous n’y sommes pas parvenus. Il y avait donc un risque majeur de trouble à l’ordre public. D’autant qu’il s’agissait de manifestations politiques et non sociales, avec la crainte de voir ressurgir des comportements qu’on ne voit plus ici depuis vingt ans. C’est ce qui a motivé ma décision d’interdiction. Mais comprenons-nous bien, je ne suis pas là pour empêcher les manifestations.

  • On entend beaucoup dire qu’en ce moment, la Calédonie renoue avec ses vieux démons. Craignez-vous un retour des troubles ?

Je crois que je viens de vous répondre. Mon rôle est évidemment de faire en sorte que ces vieux démons ne réapparaissent pas.

  • Même si ce n’est pas directement de la compétence de l’Etat, quel regard portez-vous sur la situation sociale et le creusement des inégalités ?

La Calédonie vit une situation de développement économique. Le taux de chômage n’est pas comparable à ce qu’on connaît ailleurs. Mais les écarts ne se réduisent pas. L’Etat n’est effectivement pas directement compétent en ce demaine. Sauf en matière d’ordre public et de délinquance. A cet égard, les chiffres ne sont pas bons. C’est pourquoi j’ai initié des réunions avec le maire de Nouméa, et je vais en organiser d’autres avec les maires des autres communes du Grand Nouméa, puis ensuite avec d’autres. Il faut infléchir la tendance et se donner les moyens d’une prévention efficace.

  • Et en matière de sécurité routière ?

J’allais y venir. Très franchement, je ne sais pas, ou plus, ce qu’il faut faire. On ne peut plus continuer comme ça ! On constate ici des conduites avec des taux d’alcool qui dépassent l’entendement, quand il ne s’agit pas d’autres substances.
Le code de la route est devenu plus sévère, la vente d’alcool est limitée le week-end. Et pourtant la situation ne fait que s’aggraver. Alors bien sûr nous allons mettre en place des radars supplémentaires, renforcer les contrôles. Il faut continuer, et tendre vers la tolérance zéro. Il n’est pas question de lever les interdictions de vente d’alcool du week-end. Ce serait un signal catastrophique envoyé au public.

  • Êtes-vous optimiste quant à l’avenir du pays, et si oui, avec quelles réserves et à quelles conditions ?

Il faut être optimiste. C’est mon état d’esprit et je crois que c’est une posture nécessaire pour faire avancer les choses. Etre optimiste, c’est privilégier le dialogue et la concertation apaisée aux confrontations. C’est donc une condition nécessaire pour bien préparer l’avenir.

Propos recueillis par Philippe Frédière



08/04/2011
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