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Le logement familial est-il un facteur de réussite scolaire ?

Chronique d'abonnés du Monde: par A.H., Etudiante, 05.05.10

L'échec scolaire est aujourd'hui devenu un enjeu majeur pour le gouvernement dans la lutte contre les inégalités sociales. Si l'on se fie aux statistiques, les chiffres sont éloquents : dans les villes les plus riches de France, la réussite scolaire est plutôt de rigueur, quand dans les plus démunis, l'échec scolaire peut toucher plus de la moitié des jeunes. Mais peut-on pour autant imputer ces « ratages » à la localisation du logement familial ?

Les Grandes Écoles — Polytechnique et autres HEC — sont fréquemment pointées du doigt, accusées de privilégier les étudiants issus de milieux favorisés. Leur tort ? N'accepter que 15 % de boursier. Mais sont-elles réellement responsables d'un problème qui doit être réglé bien plus tôt dans un parcours scolaire ? Il ne faut pas oublier que ces Grandes Écoles ne font que recruter des élèves de classes préparatoires qui n'ont aucune — pour les publiques du moins — une politique de recrutement local. Rappelons également les concours d'entrée aux Grandes Écoles se composent également d'entretiens de personnalité, HEC mises à part, où les candidats boursiers peuvent être favorisés pour dixit Valérie Pécresse « l'intensité de leur parcours ».

Obliger les Grandes Écoles à prendre 30 % de boursiers semble impossible, le concours d'entrée étant le même pour tous justement dans un souci d'équité. Ce quota pourrait aussi bien être accusé d'être discriminant vis-à-vis des candidats non boursiers qui n'appartiennent pas forcément aux couches les plus riches de la société française. De plus, prendre 30 % de boursiers, ne serait-ce pas un sous-entendu qui dirait que les candidats les moins aisés sont plus stupides que les autres ? Des boursiers pourraient être pris alors même que des élèves meilleurs se verront l'accès refusé à cause de quotas. À ce stade des études, la discrimination spatiale s'est déjà opérée, et ce, dès le collège. C'est donc au plus tôt du parcours scolaire qu'il faut régler le problème, et non trouver des solutions d'appoint qui ne seraient que superficielles.

La qualité d'un établissement, collège ou lycée, réside principalement dans la qualité de ses professeurs. Or aujourd'hui ce sont les jeunes diplômés qui viennent enseigner dans les collèges les plus sensibles. Tout l'enjeu de la réussite scolaire n'est pas de répartir des meilleurs élèves dans la France entière, mais de véritablement aider le plus en difficulté. Ce qu'il faut, ce sont des équipes pédagogiques plus expérimentées pour pouvoir assurer un suivi continu des élèves le long de leur scolarité. Bien souvent, le problème réside dans le fait que les parents ne sont pas là pour aider l'élève, la barrière de la langue étant trop forte. Si les jeunes se sentent soutenus et réellement instruits par leurs professeurs, la motivation sera là. L'école, ne l'oublions pas, sert aussi à ouvrir les esprits à la culture, et à donner le goût pour la connaissance quand l'environnement familial ne le permet pas. Mais quand les jeunes professeurs, confrontés au surmenage, sont eux-mêmes démotivés, l'école ne satisfait plus à sa fonction.

Alors oui le logement familial est pour sûr un facteur de réussite, mais est-ce parce qu'un lycéen en échec scolaire qui ira à Henri-IV qu'il sera pour autant en réussite ? Difficile d'y croire, d'autant plus que le fossé culturel et financier qui le sépare de ces camarades du Vème l'aura déjà fait fuir depuis longtemps.



10/05/2010
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