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Le nickel, quelles retombées ?

Les Nouvelles Calédoniennes. Publié le mercredi 21 novembre 2012 à 03H00

 

L’experte Anne Duthilleul doit remettre, aujourd’hui à Nouméa, son rapport final sur l’avenir du nickel en Nouvelle-Calédonie.Dans un dossier spécial, Les Nouvelles calédoniennes ouvrent le dernier de trois volets sur l’« or vert » : les retombées pour le pays.

 

L’effet du nickel est mécanique et clair sur les finances publiques, mais beaucoup plus incertain sur le produit intérieur brut et faible sur l’emploi.

L’effet du nickel est mécanique et clair sur les finances publiques, mais beaucoup plus incertain sur le produit intérieur brut et faible sur l’emploi.

 

L’« or vert » et son argent ont levé autant de projets que de fantasmes. Une part de la Nouvelle-Calédonie s’est construite en s’appuyant sur ces monticules de billets tirés de la montagne.

Dans les années 1920, extrêmement prospères, une ville de la côte Est n’était-elle pas baptisée « Thio-les-Rothschild » car considérée comme le centre économique et la plus riche commune de la Grande Terre ? Près d’un siècle plus tard, le pays négocie un virage industriel historique, et le poids des retombées financières sera pesé aussi bien par les politiques que par les Calédoniens prêts à faire valoir leur attachement à cette terre.

  • Quelle richesse ?

Les revenus du nickel ont compté, en moyenne, pour 10 à 12 % du produit intérieur brut calédonien, sur les dix dernières années. Par « revenus », il faut comprendre les exportations de minerais et de métal, les salaires directs ainsi que l’impôt sur les bénéfices des sociétés, l’IS.

La production de ce secteur, entièrement exportée, a généré pour le territoire une recette d’un montant représentant 90 milliards de francs par an environ, entre 2000 et 2008.

Toutefois, la valeur ajoutée du secteur « mines-métallurgie » a, en 2010, atteint 8,4 % du PIB, chiffré à 812 milliards de francs. Soit une contribution d’un peu plus de 68 milliards. Bref, le nickel est dépendant de son cours sur le marché, et cette variabilité joue fortement sur sa part dans le produit intérieur brut. Exemples : 3 % en 1998, ou 20 % en 2007, quand le prix du métal a atteint des records.

De fait, pour un économiste, « les bonnes surprises préparent les désillusions ». En clair, après une belle élévation de l’IS, des dépenses ne pourront pas ensuite diminuer.

  • Des incertitudes ?

Le rapport NC 2025 place le nickel comme « un secteur stratégique pour le pays, mais dont les retombées économiques sont mal cernées ».

Le ratio dans le PIB est un indicateur imparfait, car sont intégrées des sommes ne profitant pas au pays tels que les dividendes versés hors territoire. « A contrario, il n’inclut pas la valeur ajoutée de certains sous-traitants, prise en compte au titre d’autres secteurs, de même que la construction des nouvelles usines. »

  • Des emplois ?

Chiffre en progression, plus de 4 760 employés travaillaient dans les « mines et métallurgie » en septembre dernier. D’après une étude de l’universitaire Catherine Ris, « l’emploi apparaît de moins en moins lié à la production, au moins depuis 1997. A peu près à la même période à partir de 2000 , on constate une baisse marquée de la productivité moyenne du travail dans le secteur minier, passant de 70 tonnes par employé et par an, à moins de 50 ». En clair, l’effet sur l’emploi est faible.

En outre, « contrairement à une image très répandue, le cœur de l’économie calédonienne ne bat pas au rythme du nickel, indique le consultant Olivier Sudrie. Au cours des vingt dernières années, les exemples de désynchronisation des conjonctures, entre les activités minières et métallurgiques d’une part et le reste de l’économie d’autre part, sont fréquents ».

  • Et demain ?

De nouvelles unités vont entrer en production, dans un avenir proche. Le volume de nickel extrait du minerai calédonien, augmentera donc sensiblement. Néanmoins, des analystes s’accordent sur un tassement du cours de « l’or vert » dans les deux à quatre prochaines années, en raison d’une saturation du marché mondial. La part du nickel dans le PIB calédonien, pourrait ainsi, en cette période, rester stable.

Et finalement, 10 %, est-ce important ? Oui. Mais le secteur des services marchands télécommunications, banques, etc. a tiré le produit intérieur brut en 2010, avec 36 %.

  • Un débat ?

Des économistes, dont l’équipe NC 2025, estiment que le « vrai débat » porte sur la rentabilité des usines. Des unités dont les coûts de production ou de construction ont véritablement grimpé. Cette problématique doit être traitée pour une optimisation des recettes nickel, surtout dans la perspective d’une multiplication des contraintes budgétaires en Nouvelle-Calédonie. Au-delà de ces aspects économiques, l’impact environnemental et social inhérent à l’exploitation du minerai sème la discussion, voire la polémique sur le territoire. Un nouveau maillon aujourd’hui dans la chaîne du nickel.

Le chiffre

25

C’est, en milliards, selon l’expert Sudrie, ce qui reste du nickel, soit environ un tiers de la valeur ajoutée du secteur estimée à 76 milliards de francs en 2011. L’autre part - les deux tiers - est constituée principalement par des importations ainsi que par des dividendes rapatriés - vers la Métropole pour la métallurgie.

Le fonds refait surface

Les politiques ont loupé le coche en 2007, lorsque le cours du nickel paradait à des niveaux stratosphériques, avec ce pic historique à 54 000 dollars US la tonne. Mais l’option réapparaît aujourd’hui. La réforme de la fiscalité minière doit déboucher sur une taxe à l’extraction, qui a principalement vocation à alimenter un fonds souverain, dénommé « pour les générations futures ». Selon Sonia Backes, membre du gouvernement, le texte, construit en accord avec l’experte Anne Duthilleul, est prêt, et pourrait être validé lors du premier semestre 2013. Au préalable, le Comité stratégique industriel examine aujourd’hui la proposition.

Quel en est le principe ? Ce fonds souverain aurait deux compartiments : un fonds de stabilisation, qui permettrait de lisser tous les à-coups importants de la fiscalité liée au nickel et un fonds d’épargne intergénérationnel, dont le produit serait épargné sur le long terme et investi dans des placements sécurisés. La taxe à l’extraction serait apposée sur la valeur du nickel contenu dans le minerai. Un établissement serait créé pour gérer le fonds souverain, et aurait l’obligation de publications annuelles.

Ce schéma attendu réveille néanmoins des désaccords entre la province Nord et le Rassemblement sur la force de l’impôt pour les transformations locales ou extérieures. En outre, la position de Vale NC et KNS avec leurs pactes fiscaux, devra être examinée avec attention.

 

Yann Mainguet



21/11/2012
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