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Le pardon après l’esclavage


 
Le passé remonte à la surface en Océanie. Les exactions des planteurs d’autrefois, liées au Blackbirding, commencent à trouver réparation grâce à une association vanuataise, Vanuatu Australian connexion.

 A temps du Blackbirding, les planteurs de canne à sucre kidnappaient leurs recrues sur les rivages du Vanuatu, de la Papouasie-Nouvelle-Guinée et des îles Salomon. Les jeunes, des hommes pour la plupart, ne revoyaient pas leur île pendant de nombreuses années.
Les conséquences de cet exode ont eu un retentissement sur la vie économique, mais aussi culturelle et sociale dans tout l’archipel.

Désertés.
Les villages perdaient leur force de travail, pendant que les jeunes hommes étaient entraînés, souvent par la ruse sinon par la force, vers les grandes plantations d’Australie, des îles Fidji et dans les mines de nickel de Nouvelle-Calédonie. Nombre d’entre eux ne reçurent jamais les gages promis par les recruteurs les ayant enrôlés dans les îles.
Certains revinrent au pays, mais pas moins de 30 000 descendants des victimes du Blackbirding vivent encore en Australie, principalement dans le Queensland, où une agglomération porte même le nom d’Eromanga.

Nombreux. On ne connaît pas le nombre exact d’insulaires de l’île d’Erromango à avoir été déportés, mais ils furent assez nombreux pour baptiser leur ville du nom de leur île.
Une association, Vanuatu Australian connexion, a entrepris une démarche auprès des autorités australiennes et du ministère des Affaires étrangères, pour obtenir, en guise de réparation pour les manquements aux règles de l’époque, des facilités d’emploi et d’insertion en Australie pour les travailleurs insulaires.

Visas. Le ministre de la Justice vanuatais, nouvellement nommé, Ralph Regenvanu, rappelle qu’il y eut un effort de souscription dans les années 1990 pour soutenir un projet d’aide à l’emploi, malheureusement cela ne dura que trois ans.
Il émet le souhait de pouvoir relancer un tel programme qui permettrait aux jeunes îliens d’aller travailler en Australie, au même titre que les jeunes Européens.

C’est comme le pardon demandé aux Aborigènes, ça n’a mené à rien !

Dans le document signé par les plus hautes personnalités, coutumières et politiques, du pays, il est aussi question que le Vanuatu accorde la nationalité vanuataise à ces descendants Australiens pour leur permettre de revenir plus facilement dans l’archipel.

Renouer. De nombreux descendants vivant encore en Australie reviennent et tentent de retrouver leur île d’origine, car souvent, le nom de l’endroit exact d’où le grand-père a été enlevé est oublié. L’un d’entre eux reconnut son village à un chant que sa grand-mère entonnait le soir dans les plaines australiennes.
De retour à Port-Vila, sans savoir le nom de cette île mère, il entendit cette chanson dans la rue, et parlant avec le chanteur, ils se découvrirent cousins.
Ces retrouvailles ont permis à cet homme de renouer avec son île et son passé, enfoui dans les misères de la déportation.
Les Muckan est le président de l’Association des Insulaires des Mers du Sud. Il a récemment été nommé grand chef au Vanuatu. Son arrière-grand-père a été enlevé de force du Vanuatu pour travailler comme esclave dans le Queensland : « Je dis toujours à mes enfants, si vous rencontrez quelqu’un avec lequel vous voulez faire votre vie, ramenez-le à la maison, parce que je veux savoir d’où il vient. Je veux savoir quels sont ses liens. Déjà que dans notre famille, nous ne savons pas exactement d’où nous venons ni qui étaient nos ancêtres. Nous ne le savons pas parce que nous étions traités en esclaves. C’est pour ça que je suis en faveur de l’octroi de la nationalité vanuataise, c’est un premier pas vers la connaissance de nos racines. »
En 1994, le gouvernement australien a reconnu les souffrances des Insulaires des Mers du Sud. Le gouvernement du Queensland a fait de même en 2000. Une Journée des Insulaires des Mers du Sud australiens a même été créée  et fixée au 25 août.  
« La reconnaissance des Insulaires des Mers du Sud en 2000 n’a mené à rien, estime t-il. C’est comme le pardon demandé aux Aborigènes, ça n’a mené à rien, ce ne sont que des mots. Alors cette citoyenneté, c’est un moyen de resserrer les liens avec le Vanuatu. » Dans la déclaration co-signée par des chefs coutumiers vanuatais, une compensation est réclamée au gouvernement australie, notamment davantage de visas de travail pour les Vanuatans.
« Beaucoup des villes et villages de la côte du Queensland ont été construits avec la sueur, le sang et les larmes des esclaves Mélanésiens. Il faut que ce soit reconnu. Nous avons contribué au développement de l’Australie à l’époque, je ne vois pas pourquoi nous ne le ferions pas aujourd’hui », conclut Les Muckan.

Odile Guiomar (avec Radio Australie).

 

Le merle noir

L’expression Blackbirding vient de « blackbird » (merle noir). Elle désigne la capture, par des colons britanniques, de 62 000 Mélanésiens principalement du Vanuatu et des Iles Salomon, mais aussi de Nouvelle-Calédonie, de Fidji et même des Polynésiens des Samoa. Ils ont été réduits en esclavage dans les plantations de coton et de canne à sucre du Queensland et du nord de Nouvelle-Galles du Sud, de 1863 à 1904.

 

 



03/04/2011
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