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Le pionnier du drapeau commun


 
En 1974, l’Union des jeunesses calédoniennes imaginait le premier drapeau commun, « de toutes les ethnies ». Membre actif du groupe à l’époque, Freddy Lethezer a ressorti l’étendard en plein débat politique sur les couleurs du pays.

 

 

Bio express

1941 : naissance à Ouaco, sur les terres Pouanlotch, côté Voh.
1983-1989 et 1995-1998 : maire de Voh « pas à vendre, pas acheté. Une partie des non-indépendantistes et des indépendantistes votait pour moi. Je compte sur la valeur des hommes, c’est ma ligne de conduite. » Premier magistrat de la commune pendant les Evénements, une période « très difficile ».
2010 : le drapeau de l’UJC est ressorti.

 


Les banderoles en disent long. De la place Bir Hakeim à l’avenue du Maréchal Foch, une foule réclame « un drapeau commun ». Le défilé s’étire tel un ruban humain sur le bitume et, au fil des groupes, des propositions d’étendards fleurissent : une flèche faîtière sur fond tricolore par-ci, un patchwork à la mode sud-africaine par-là, l’emblème vermillon retenu par le collectif partout… Au milieu de tous, en haut d’un bambou, flotte au vent de la matinée « un ancêtre », un pavillon représentant l’unité des communautés en Nouvelle-Calédonie. Ces couleurs ont été imprimées sur le tissu voilà trente-sept ans. Bien avant les accords de Matignon-Oudinot et de Nouméa. « Y’a des gens du Nord qui l’ont reconnu, le drapeau, et qui ont dit “ C’est celui-là ! “, s’amuse Freddy Lethezer. Et ils ont voulu être pris en photo avec ! » Ce rectangle a une histoire, une vie autrefois portée à bout de bras par l’UJC, l’Union des jeunesses calédoniennes. « Les étoiles représentent le pays », commente l’ancien maire de Voh : la marron, les métis ; la blanche, les Européens ; la noire, les Kanak ; la jaune, les Asiatiques. Une bande verte symbolise l’espérance, alors qu’une autre, rouge et plus large, incarne le sang de toutes les ethnies. « C’était un drapeau simple, sans gri-gris inutiles, et admis par tous. »

Unité. Sa carte plastifiée avec soin et ornée d’un cagou en témoigne, Freddy Gustave Lethezer est entré à l’UJC « le 16 juin 1973 ». Soit juste après la fondation de l’organisation. A l’époque, le président s’appelait Max Chivot, économiste et futur membre du conseil de gouvernement. Les idées bouillonnaient ; les jeunes, souvent des étudiants revenus sur le territoire, se regroupaient « pour envisager l’avenir du pays, se souvient l’éleveur du Nord à la retraite, né à Ouaco. Ce n’était pas un mouvement politique, mais un mouvement de toutes les ethnies confondues. »

C’était un drapeau simple, sans grigris inutiles, et admis par tous.

L’Union des jeunesses calédoniennes concoctait des meetings, évoquait la problématique du foncier, réfléchissait sur le lien avec la France… Faut-il faire de la Calédonie un département ? Faut-il une réelle autonomie ? Mais « on ne parlait pas d’indépendance », en ce début des années 70. Puis, comme une évidence, très vite, « il fallait un drapeau » concrétisant cette volonté de construire, ensemble, dans la paix. Le nom du journal s’inscrit d’ailleurs, sans ambiguïté, dans cette ligne directrice : Unité. Et l’étendard rouge et vert étoilé est apparu, « reconnu, et soutenu unanimement », se souvient Freddy Lethezer, qui croisait dans le groupe Jean-Paul Caillard, le chef de tribu Moyatea, Jean-Pierre Devillers, ou un certain Nidoïsh Naisseline.

Placard. Ces couleurs de l’UJC ont fait rougir des fonctionnaires. En 1975, l’Union tient une réunion dans l’ancienne mairie de Voh, et dehors, le drapeau flotte en haut du mât. « Une dizaine de CRS sont arrivés, l’ont descendu, sont entrés dans la salle pour enlever le deuxième, sans explication », raconte Freddy Lethezer. Un drapeau est saisi. Les adhérents ont clairement été dénoncés. Un peu plus tard, l’étendard sera déployé devant le tribunal de Nouméa.
Sous le coup des tiraillements et des pressions politiques, le mouvement est mort en 1979. « Mais pas le drapeau, même s’il n’a pas eu le temps d’être bien connu en Nouvelle-Calédonie. » Freddy Lethezer avait presque oublié que ce morceau de toile dormait dans un placard, chez lui. Le projet de coexistence des emblèmes, tricolore et kanak, initié par le député Frogier, l’a ressuscité : « Je l’ai ressorti, mais  il n’y a plus personne autour de moi », beaucoup d’anciens copains ayant rejoint les anges. Ce drapeau commun aujourd’hui en débat, « certains y ont pensé avant. On a peut-être eu raison trop tôt. »

Yann Mainguet



14/04/2011
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