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Les jardins familiaux ont la patate

Qu’ils soient propriétaires d’une villa, locataires à la SIC ou adeptes des jardins familiaux, de plus en plus de citadins cultivent eux-mêmes leurs fruits et légumes.

Georges Moilou et sa compagne Stella rêvaient d’un petit lopin de terre depuis deux ans et demi. Le vœu de ce couple de Saint-Quentin a été exaucé le 8 décembre. La ville lui a attribué une parcelle dans les Jardins familiaux de Normandie, à compter du 1er janvier. « Il y a tout à refaire », commente Georges, occupé à biner aux côtés de sa fille Pauline, 6 ans.

 Haricots. Ce Nouméen originaire de Belep s’est donné quatre mois avant de voir pousser salades, haricots nains et tubercules. Un travail presque à temps plein, mais qui en vaut la chandelle, selon ce père de famille. « C’est dans notre culture. Il faut qu’on mange du manioc, de l’igname… On ne peut pas toujours manger des boîtes ! Et puis, c’est plus près d’aller aux Jardins qu’au marché. »
Contre un loyer de 1 000 francs par mois, quatre-vingt-trois familles bénéficient d’une parcelle d’un à trois ares, dans les trois Jardins familiaux de la ville. « Nous donnons la priorité aux habitants de squat qui ont été relogés et aux personnes à faibles revenus, qui vivent en appartement, sans jardin privatif », explique Laure Dessault, chef du service prévention et insertion de la mairie.

Porte-monnaie. Et la formule plaît. « La majorité des personnes qui en bénéficient depuis les débuts est restée », signale Laure Dessault. Les raisons sont diverses. « Pour les familles à petits budgets, ces jardins permettent d’avoir un apport en fruits et en légumes », indique la chef de service. S’il s’agit d’un plus pour l’équilibre alimentaire, que dire de ses bienfaits pour le porte-monnaie ? « Nous n’avons pas de données, reconnaît Laure Dessault. Notre travail, cette année, sera de quantifier et qualifier les gains économiques que permet cette activité. Mais ce que l’on voit déjà, c’est que les gens sont satisfaits. »
A Tuband, il n’y a pas de jardins familiaux. Et pourtant, une partie des anciens habitants du squat continue à cultiver la terre. C’est le cas d’Aimée Porio, locataire d’un des appartements de la SIC situés en rez-de-jardin. Depuis 2006, cette maman de quatre enfants fait pousser des tomates, du chou kanak, des bananes et des papayes. « C’est plus économique, mais c’est surtout une question d’habitude, estime-t-elle. On ne peut pas se passer de la terre et c’est meilleur d’un point de vue culinaire. »

On ne peut pas se passer de la terre. Et c’est meilleur d’un point de vue culinaire.

Bio. Enfin, il y a ceux qui veulent du biologique, mais qui n’ont pas naturellement la main verte. Ludmilla Guerassimoff, responsable d’un salon de thé bio route de l’Anse-Vata, a mesuré l’ampleur de la tâche, en aménageant un potager derrière son magasin. « J’ai fait pousser des aubergines, des choux et des tomates. C’est vraiment en cultivant son propre jardin qu’on s’aperçoit que faire du bio, c’est loin d’être facile. »
Pas facile… et pas toujours économique, à en croire le personnel de la Coopérative agricole. « Parfois, ça ne vaut même pas le coup tellement les produits sont chers », observe Mireille Meindu, l’assistante du responsable du magasin de Ducos. Un sachet de mille graines de tomates coûte environ 150 francs. Mais pour un insecticide biologique, il faut compter près de 3 000 francs. « Cultiver à Nouméa est beaucoup plus difficile qu’en Brousse, estime Nathalie Wenahin, la responsable du rayon des plantes. Avec la pollution, les insectes développent une résistance aux produits. »
Or, les cultures maraîchères (tomates, salades…) semblent plus fragiles que les cultures vivrières (manioc, igname…). « Si les gens cultivent, c’est plus pour le plaisir d’avoir un potager que pour faire des économies », résume Mireille Meindu. Et selon sa collègue, « ils sont de plus en plus nombreux à vouloir avoir leurs produits frais à la maison. » Pour preuve, le rayon phytosanitaire est « le plus fréquenté du magasin ».

Coralie Cochin

 

En appartement aussi

Il y a six mois, un nouvel équipement adapté aux terrasses a fait son apparition au Salon du jardinage. Cette structure en bois, composée d’un bac de culture et de pots suspendus à une pergola, a été conçue par Guillaume Merlaut, ingénieur agronome. Signes particuliers de ces potagers Baobab : ils sont équipés d’un arrosage automatique et utilisent de la fibre de coco à la place de la terre, ainsi qu’un engrais à base de lombrics et d’algues marines. Seul le prix reste dissuasif : environ 150 000 francs, suivant les modèles. Pas de quoi décourager Martine Soubrier, 68 ans, séduite par cette invention. « On peut jardiner sans se baisser, partir quelques jours en Brousse sans avoir besoin d’arroser, et au moins, je suis sûre que je ne mange pas de résidus de pesticides », souligne cette habitante du Faubourg-Blanchot.

 

 

 

Les jardins familiaux portent leurs fruits

Lancés en 2004 à Normandie, les Jardins familiaux se sont ensuite développés à la Vallée-du-Tir, puis à Kaméré. Teva Kliwon en est l’animateur. Il veille à l’encaissement des loyers, au respect du règlement et donne des conseils aux jardiniers. « Ici, tout est bio », précise l’animateur. Quelques contraintes existent : « les locataires n’ont pas le droit de planter d’arbres, à l’exception des bananiers. » Et les fleurs ne peuvent être plantées sur plus d’un tiers de la parcelle. Malgré le succès du dispositif, la ville ne projette pas, pour le moment, d’ouvrir un quatrième site, selon Laure Dessault. Mais des améliorations sont prévues, telles que la fabrication de compost pour recycler les déchets organiques.

 


10/01/2011
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