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Les lacunes de l’école face au handicap

Lun 31 Mai 2010 |15:00, Les Nouvelles Calédoniennes

 

La prise en charge du handicap à l’école a beaucoup progressé ces dernières années sur le territoire. Mais les insuffisances restent criantes, tant en termes de structures que d’accompagnement des familles et des enseignants. Le sujet a fait l’objet d’un débat public, samedi matin à la FOL.

« Il est difficile de trouver une école primaire. On nous dit d’aller visiter les CLIS (classe d’intégration scolaire), mais ce n’est pas à nous parents de faire ça. Et pourquoi une CLIS et pas un CP aménagé ? » Le cas de cette maman d’un enfant autiste de 7 ans est révélateur du manque d’information des familles confrontées au handicap.

Un déficit qu’a révélé le débat organisé samedi matin à la FOL par le Collectif handicap et la commission du grand débat sur l’école. « L’orientation est inégale selon les familles, qui n’ont pas toutes une bonne connaissance des structures et ne peuvent pas faire un choix réellement éclairé », appuie Stéphanie Vigier, secrétaire du Collectif. « A quelle porte frapper ? », demande un papa d’une association de malvoyants, face à l’éclatement des compétences et à l’ignorance répandue de la communauté éducative. « L’annonce du handicap est déjà très douloureuse pour les parents. Il faudrait un accompagnement global dès la naissance », demande encore une maman.

Une éducatrice spécialisée s’étonne : « Le DAMSP (dispositif d’accueil médico-social précoce), rattaché au CHT, a été créé il y a deux ans et joue ce rôle de conseil et de suivi de l’enfant de 0 à 6 ans, avec une équipe pluridisciplinaire. » Stéphanie Vigier nuance : « Il faut que le DAMSP devienne un vrai dispositif de prise en charge au quotidien, pas seulement de conseil. Il manque aujourd’hui cruellement d’accompagnement éducatif et thérapeutique à côté de l’école. »

 

Il faut jouer au docteur, à l’assistante sociale, au psy, ce n’est pas notre rôle d’enseignant !

 

Entre les CLIS dans le primaire, les UPI (unités pédagogiques d’intégration) dans le secondaire, mais aussi l’intégration en Segpa et en classes ordinaires, la scolarisation des enfants handicapés - 342 dans le secondaire - « a considérablement progressé depuis dix ans en Calédonie », reconnaît Catherine Poedi, présidente de l’Association de parents d’enfants handicapés (APEH-NC). Mais de regretter : « Aujourd’hui, les dossiers de certains enfants n’arrivent jamais en commission scolaire. Ce n’est pas normal, ce devrait être une obligation, quitte à ce qu’il y ait des dérogations pour ceux qu’on ne peut pas prendre. » Catherine Poédi confirme qu’il reste à mener « tout un travail d’articulation entre l’école et les autres lieux d’accueil. Les décisions ne doivent pas être simplement prises pour soulager la famille, mais en fonction des besoins éducatifs de l’enfant. »

Un sens dans lequel abonde un membre de l’APEI (*), qui gère l’Institut médico-éducatif (IME) du Faubourg-Blanchot : « Nous voyons beaucoup d’enfants performants qui seraient mieux en CLIS qu’à l’IME. » L’intégration à tout prix n’est « pas forcément la solution », ajoute un autre, regrettant la disparition de la CLIS pour les malvoyants.

De son côté, le vice-rectorat souligne que les enseignants sont souvent démunis : « Ils ont besoin d’aide, d’auxiliaires de vie et d’éducateurs. » Une enseignante témoigne : « J’ai eu plusieurs enfants handicapés en classe ordinaire. Personne n’est jamais venue me voir à la rentrée. Il faut jouer au docteur, à l’assistante sociale, au psy, ce n’est pas notre rôle ! » André Martin, membre de la commission du grand débat et du Collectif handicap acquiesce : « Il faudrait un pôle éducatif en soutien au sein de l’école. » Une intervenante réclame « des journées de regroupement des enseignants concernés, avec un professionnel pour répondre à leurs questions ».

L’an prochain, les apprentis instituteurs auront 40 heures de formation à la gestion du handicap, contre 20 aujourd’hui. Les choses avancent, mais le chemin est encore long.

Sylvain Amiotte

(*) Association des parents et amis des personnes handicapées intellectuelles.

 



02/06/2010
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