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Les langues régionales s'invitent au Sénat espagnol

 

Galicien, basque, catalan, valencien : quatre langues co-officielles viennent d'être autorisées au Parlement espagnol, en sus du castillan. Mardi, les sénateurs ont dû ajuster pour la première fois leur nouvelle oreillette [2] alors que tous échangent couramment en castillan dans les couloirs du Sénat.

Débusqué par le quotidien El Mundo, Iñaki Padreda, 30 ans, est l'un des très rares Espagnols qui pourra désormais suivre sans traduction l'intégralité des débats des sénateurs (s'il lui en prenait l'envie).

Peu d'Espagnols parlent les cinq langues

Ses parents ont toujours parlé galicien à la maison, même lorsqu'ils ont emménagé au Pays basque, où Iñaki a appris l'euskera [3] dès l'école primaire. Aujourd'hui responsable d'une boutique de meubles à Barcelone, il comprend et peut aussi s'exprimer en catalan et valencien (très proches).

Avec le pragmatisme de celui qui a toujours vécu dans un environnement polyglotte, il considère que « l'idéal serait que tous les Espagnols connaissent toutes ces langues », explique-t-il à Rue89 au lendemain de la première session plénière multilingue qui continue de faire beaucoup de bruit [4] en Espagne.

 

« Ça n'arriverait pas dans un pays normal »

« Gaspillage ridicule » : le premier parti de l'opposition, le Parti populaire (PP), et les conservateurs de Navarre ne sont apparemment pas d'accord avec le jeune polyglotte.

Galicien s'exprimant rarement dans cette langue, le leader du PP, Mariano Rajoy, a accueilli avec une ironie glacée l'inauguration du service de traduction : « Ça, ça n'arriverait pas dans un pays normal », a-t-il remarqué avant d'ajouter que « les langues sont là pour se comprendre et pas pour créer des problèmes ».

Son scepticisme n'a pas empêché sept nouveaux traducteurs d'inaugurer une nouvelle ère linguistique mardi soir. Au total, un bataillon complet de 25 interprètes se relaieront désormais au Sénat afin de traduire tous les débats sur les motions en sessions plénières. L'addition : quelque 350 000 euros par an.

Une dépense inutile en temps de crise ? C'est ce qu'affirme Mariano Rajoy pour qui l'on devrait plutôt parler (en castillan, s'entend) des « problème réels des espagnols : le chômage, le manque de crédits et le pouvoir d'achat. »

Mais pour le ministre de la Justice, Francisco Caamaño, « certaines valeurs valent plus que leur simple coût ».

 

« Normaliser la pluralité »

La Constitution espagnole reconnaît l'existence de quatre langues co-officielles dans certaines régions espagnoles, souligne le Parti socialiste : au Pays basque, en Galice, en Catalogne, aux Baléares, à Valence et au nord de la Navarre. Soit environ 18 millions d'habitants sur les 47 que comptent l'Espagne.

Le Sénat étant une « chambre territoriale », quoi de plus logique que d'y « normaliser la pluralité », a affirmé la sénatrice socialiste Carmela Silva, ardente défenseure de la mesure. D'autres indiquent qu'elle représente moins d'1% du budget de la Chambre.

Mais langues et identités régionales – ou « nationales » comme on les qualifie en Espagne – ont le pouvoir de provoquer immanquablement le débat dans un pays qui erre entre fédéralisme, décentralisation et centralisme.

Lors du débat sur l'interdiction de la corrida au parlement catalan, au printemps dernier, l'ancien torero madrilène Joselito avait ainsi refusé de répondre [5] aux députés régionaux qui s'étaient uniquement exprimés en catalan.

Zapatero évitera de porter l'oreillette

L'initiative de créer un « Sénat-Babel » est partie d'une trentaine de parlementaires venant de régions à fortes identités, mais a rapidement été suivie par d'autres groupes, dont les socialistes au gouvernement.

Ces derniers ont toutefois pris grand soin de limiter l'usage des langues co-officielles aux débats sur les motions. Les propositions de lois et les questions au gouvernement resteront, elles, exclusivement en castillan.

Une stratégie judicieuse pour éviter à José Luis Rodriguez Zapatero d'avoir à porter une oreillette afin de comprendre ses propres concitoyens sénateurs.



20/01/2011
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