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Les musiciens amateurs ont fait de sacrés progrès

LEMONDE | 20.06.11 | 16h32  •  Mis à jour le 20.06.11 | 16h32, Les Nouvelles Calédoniennes.

"Un des plus grands tracs de ma vie." Le 21 juin 1982, à quelques heures de la première Fête de la musique, Jack Lang, alors ministre de la culture de François Mitterrand, n'est pas fier. Les guitaristes, violonistes ou chanteurs amateurs vont-ils s'emparer de la rue ? Pari réussi : un million d'entre eux répondent à l'appel, et, deux ans plus tard, le succès est total.

 

Mardi 21 juin, la Fête de la musique, déclinée et copiée à Ramallah, New York ou Rio de Janeiro, jouera sa 30e édition. Des concerts phares se sont ajoutés au projet initial. Mais la Fête de la musique a su rester le royaume des amateurs : chorales de tout genre, groupes de rock, collectifs ou solitaires.

En créant cette manifestation populaire, Jack Lang et ses conseillers, Christian Dupavillon et Maurice Fleuret, ont en tête un autre slogan : "Faites de la musique." Ils entendent développer la pratique des amateurs. Sur le sujet, au début des années 1980, alors que la scène musicale française est portée par le changement politique, l'explosion des radios libres, de la sono mondiale et des innovations technologiques, une étude donne les apparences de l'optimisme. 5 millions de Français possèdent un instrument ; 100 000 élèves fréquentent les conservatoires de l'Etat, et plus d'un million les écoles municipales de musique.

Mais Christian Dupavillon se méfie des chiffres. Maurice Fleuret, devenu directeur de la musique au ministère de la culture, lui donne raison dans une note rabat-joie : "Les trois quarts des instruments agonisent dans les placards avant de trépasser un jour ou l'autre dans les poubelles ou des décharges... Peu de Français pratiquent la musique régulièrement, et les manifestations musicales ne concernent qu'une minorité." Trente ans après, les Français jouent-ils plus du piano, du violon ou de la guitare ? Pas sûr. En 2000, selon une étude du ministère de la culture, ils étaient toujours 5 millions à pratiquer en amateur.

 

2500 écoles de musique

Une autre étude, de 2008, montre que plus de 15 % des Français touchent au moins une fois un instrument dans l'année, en majorité une guitare ou un piano, si l'on excepte la flûte à bec à l'école. Les musiciens amateurs se recrutent surtout dans les classes aisées, comme les adeptes de la lecture ou du théâtre.

Le paysage serait-il figé ? Non, car beaucoup a été fait pour aider ces musiciens amateurs. "Les pratiques actives de la musique ont été encouragées, le soutien des organisations amateurs s'est développé, des structures d'apprentissage se sont multipliées", dit Raphaële Vançon, claveciniste et auteur de Musicien amateur ou professionnel ? (Ed. L'Harmattan, 2011, 244 p., 22,80 euros). En 2008, à côté des 450 conservatoires, il existe en France 2 500 écoles de musique, 500 000 associations pratiquant la musique et 10 000 choeurs - un domaine en forte augmentation.

Deuxième constat : le niveau musical des amateurs a beaucoup monté, sans doute, dit-on au ministère de la culture, grâce à "la nette augmentation de la qualification de l'encadrement depuis ces trente dernières années, qui, on peut le supposer, a eu pour conséquence d'élever le niveau des praticiens". L'école de musique privée et parisienne ATLA, à Pigalle, se consacre aux professionnels des musiques populaires, chanteurs, guitaristes, batteurs... Mais elle accueille aussi les amateurs, adolescents et adultes, souhaitant bénéficier de ses formations. Or, dit Jean-Christophe Hoaru, son directeur pédagogique, "bien des amateurs ont des niveaux supérieurs à certains professionnels".

Le fossé entre amateur et professionnel ne cesse ainsi de se réduire. La pratique de la scène et des tournées rémunérées s'est répandue chez ceux qui n'ont pas fait de leur art leur métier. La révolution numérique, le home studio ont encore un peu plus brouillé les cartes. Philippe Tricaud, dirigeant du Studio Bleu, un lieu de répétitions du 10e arrondissement de Paris, dit avoir autant de clients professionnels que d'amateurs. Certains se situent même dans un entre-deux difficile à cerner : "Ce sont des groupes en développement, qui ont besoin de temps pour répéter et faire aboutir leur musique."


La vie en dehors

Une cohabitation sur scène devient possible. C'est le choix du festival Banlieues bleues, qui encourage les Franciliens musiciens à participer aux projets des professionnels - une collaboration jugée fructueuse. Le sociologue Patrice Flichy, auteur de Le Sacre de l'amateur (Ed. Seuil, 2010, 96 p., 10,93 euros), y voit l'émergence d'une nouvelle catégorie d'artistes, les "pro-am", gommant ce qu'il restait de frontière.

Le passage du statut d'amateur à celui de professionnel est calculé par le ministère de la culture en fonction du nombre d'heures passées à pratiquer un instrument. Selon Marc Perrenoud, musicien et sociologue, auteur de Les Musicos. Enquête sur des musiciens ordinaires (Ed. La Découverte, 2007), cette méthode oublie les fragilités des statuts, les moments de rupture avec le métier, la difficulté à ne "faire que ça", la vie en dehors de la musique...

Dédiée à la France de l'Outre-Mer, cette 30e Fête de la musique présente un concert interactif, fondé sur la percussion et lancé depuis les Jardins du Palais-Royal par le Martiniquais Dédé Saint-Prix : ceux qui veulent jouer viennent, tandis que les provinciaux agiront en simultané, après avoir répété les partitions mises en ligne sur le site de la Fête de la musique.



21/06/2011
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