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Les riches plus riches et les pauvres plus pauvres

 

Ven 25 Mar 2011 |20:00, Les Nouvelles Calédoniennes.

Ces vingt dernières années, le niveau de vie des plus riches a davantage augmenté que celui des plus pauvres, d’après une récente étude officielle. Résultat, malgré l’embellie de l’économie, les inégalités sociales se creusent.

 

 

50

C’est en pourcentage, le nombre de foyers calédoniens dont le niveau de vie est inférieur à 144 000 francs par mois.

 

Comme un élastique, l’écart entre les pauvres et les riches s’est tendu entre 1991 et 2008, alors que l’économie est allée de mieux en mieux. Voilà ce que révèle une analyse de l’Institut de la statistique et des études économiques (Isee), parue à la fin de l’année dernière.
À l’origine du constat, il y a l’étude sur le budget et la consommation des ménages de 2008, dévoilée l’an dernier. Elle se base sur le décryptage du mode de vie de 3 700 ménages des trois provinces et de toutes catégories sociales. Un travail précieux et rare : les précédents dataient de 1991, 1981 et 1969.
Dans leur dernière publication, les statisticiens ont étudié les données ayant trait au niveau de vie (lire ci-contre) puis mesuré l’écart entre le haut et le bas de l’échelle. Comment ? En divisant les 3 700 foyers en dix tranches égales (des « déciles ») qui vont des 10 % les plus pauvres aux 10 % les plus riches. L’exercice est éclairant.

Revenus.
La première chose qui frappe, c’est que 50 % des gens ont un niveau de vie inférieur à 144 000 francs par mois, alors que le salaire minimum était à 123 000 francs, au moment de l’étude. Bien qu’ils représentent la moitié de la population, ces foyers ne concentrent qu’un cinquième des revenus. « Cela montre de grandes inégalités […] entre les provinces, mais surtout au sein de chacune d’elles », dit l’étude.

La moitié de la population ne dispose que d’un cinquième des revenus.

Grandes comment, ces inégalités ? Énormes, puisque le rapport entre riches et pauvres va de 1 à 8. Plus précisément, la tranche des 10 % les plus aisés a un niveau de vie 7,9 fois supérieur aux 10 % les plus démunis. Cet écart est bien supérieur à celui de la Métropole (3,6), à la Polynésie Française (6,1), ainsi qu’à la moyenne des départements d’Outre-Mer (6,3).

 
 


Dans leurs calculs, les statisticiens prennent en compte les revenus « non monétaires », comme la culture vivrière ou les voitures de service, ce qui atténue les inégalités. Si l’on se basait uniquement sur l’argent, le rapport serait de 1 à 9,7, et c’est sans compter les milliardaires.

Aides. Les aides sociales ont aussi un fort impact (elles représentent 25 % des revenus des plus pauvres). Si elles n’existaient pas, là aussi, l’écart serait de 1 à 9,7. « Cela montre qu’elles jouent leur rôle de réducteurs d’inégalités, alors qu’elles ne sont pas très importantes », note Cécile Ménard, en charge du service des études à l’Isee.
Dernier point : la situation a empiré depuis la dernière étude, en 1991. Surtout aux Loyauté, où l’écart est passé de 8,4 à 9,3. Même chose dans le Sud (de 6 à 6,4). Seule la province Nord a vu les inégalités se réduire, pour passer de 8, 5 à 7.
Une évolution à contre-courant due à un rattrapage : dans le Nord, « un contexte de rééquilibrage provincial et de construction de l’usine du Nord […] a engendré des créations d’emploi », dont les fruits ont davantage profité aux plus modestes.

Marc Baltzer

 

 

« On connaît moins bien les plus aisés »

Quel est écart entre les pauvres et les très riches ? L’étude de l’Isee, basée sur des méthodes statistiques internationales, ne permet pas d’en avoir une idée précise.
« On sait qu’une partie des revenus a pu nous échapper dans l’enquête, notamment parmi les revenus du patrimoine », indique Cécile Ménard, en charge du service des études. Il s’agit des plus-values immobilières, des dividendes de sociétés, ou encore les loyers perçus par les propriétaires. Quand on parle d’un rapport de 1 à 8 entre les riches et les pauvres, c’est entre « le plafond des 10 % les plus pauvres, et le plancher des 10 % des plus riches ».
Où se situe le plafond des plus riches ? Seule la direction des impôts peut le dire. « On connaît moins les très riches que les pauvres, dont les revenus sont moins diversifiés », poursuit Cécile Ménard. La prochaine étude Isee sera consacrée à cette tranche de la population.

 

 

 

Repères

Niveau de vie
Le niveau de vie d’un ménage correspond au revenu total du foyer, divisé par le nombre d’« unités » qui le composent. Les unités sont les membres de la famille, mais tous n’ont pas le même poids. Le premier adulte (plus de 14 ans) pèse une unité, les autres 0,5 unité chacun. Les moins de 14 ans comptent pour 0,3 unité chacun.
Par exemple, si deux adultes et quatre enfants vivent avec les mêmes revenus, ils représentent 2,7 unités. Si le revenu est de 150 000 francs par mois, leur « niveau de vie » sera de 55 555 francs.

Seuil de pauvreté
Le seuil de pauvreté correspond à la moitié du revenu médian des foyers. Autrement dit, à la moitié du niveau de vie qui se trouve pile au mileu de l’échelle des richesses. Il est de 71 930 francs par mois, d’après l’étude Isee. Il englobe 17 % de la population : 9 % des ménages du Sud, 35 % des ménages du Nord et 52 % de ceux des Loyauté. A Tahiti, 18 % des ménages sont sous le seuil de pauvreté.

 


25/03/2011
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