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Les voix du changement

Less Nouvelles Calédoniennes. Publié le lundi 26 mars 2012 à 03H00

Hier, la plupart des Wallisiens et Futuniens ont dit souhaiter « la rupture avec la politique figeant l’archipel ». En soirée, le scrutin a confirmé cette tendance. En sanctionnant les « papis », les habitants ont finalement prouvé qu’ils étaient prêts à s’émanciper.

Hier matin, à Mata Utu, nombreux étaient les Wallisiens à s’être dirigés, directement après à messe de 7 heures, au bureau de vote de Hahake.

 

«Ils veulent ma peau, a lancé, samedi, Malia Seleone, élue de l’assemblée territoriale qui se représente cette année dans le district wallisien de Hihifo (Nord). Je faisais partie des rénovateurs mais comme j’ai soutenu le dossier EEWF je me les suis mis à dos, et voilà aujourd’hui je n’ai plus de soutien. Ça ne va pas être facile. »

Porte-monnaie. Le soutien, voilà le maître mot de ces élections territoriales 2012. Quelque 8 892 électeurs devaient donner, hier, leur voix à 30 candidats répartis sur cinq districts (lire en repères page suivante). Si l’on considère le classique taux d’abstention, il fallait seulement quelque 150 voix pour faire partie des vingt élus. Un petit nombre qui ne permettait pas de faire l’impasse sur les soutiens, quels qu’ils soient.
Et il est de notoriété publique « que ces élections sont celles de la famille, du porte-monnaie et des procurations », avouait la veille du scrutin, Nivaleta Iloai, candidate propulsée en tête de la liste Union pour Hihifo, le député de gauche Albert Likuvalu lui ayant logiquement cédé sa place.
Car plus la famille est grande « plus le candidat s’assure de voix, a confirmé, le matin du vote Peleoi, électeur « blasé ». A Wallis, la voix du père compte. Nous votons comme eux. Car c’est le clan qui décide et ce vote peut aussi nous assurer confort et sécurité. »
Un vote clanique que beaucoup dénonçaient deux jours avant que les résultats ne tombent, vantant la création d’une seule et même circonscription à Wallis, de deux à Futuna.
Et au-delà du « vote famille », ce sont ces enveloppes bien garnies circulant des mains des candidats aux poches des chefs des familles nombreuses qui assurent le soutien.
Des transactions certes irrégulières mais de notoriété publique. « On sait que certains candidats ont largement arrosé la population, nous précisait-on le samedi soir. Alors forcément, ça fausse la donne. »

Chasse. Reconnue également cette chasse à la procuration qui s’effectue depuis plusieurs semaines. « J’ai envoyé des membres de mon entourage frapper aux portes de leurs amis et des membres de leur famille à Dumbéa, précise Kalala Gata (Fetu’u Fo’ou), femme de l’ancien député Kamino Gata qui se présente pour la première fois. Il faut que les choses changent ici et sans l’appui de nos compatriotes, très nombreux en Calédonie, la gauche n’est pas près d’obtenir la majorité. Sans changement, ces élections ne serviront à rien. Le développement de l’archipel ne se fera pas et les jeunes continueront à partir. »
Un changement qui s’affiche comme l’enjeu majeur de ces élections dont la campagne a tourné autour de trois grands thèmes : la vie chère, le statut de 1961 devenu, selon la majorité des insulaires, obsolète et donc « l’immobilisme, la corruption et les gabegies des élus de l’Assemblée », comme l’a souligné Mikaele Kulimoetoke, le monsieur Propre de ces élections, l’ancien gendarme garant de la « rigueur morale ».
« Attention, on ne parle pas d’en finir avec le statut il faut juste le réadapter pour que l’on soit véritablement maîtres de nos actes », souligne le sage Sosefo Malau en sortant du bureau de vote de Liku (centre). A 46 ans, celui qui est venu mettre son enveloppe parme dans l’urne incarne cette volonté commune d’instaurer un changement radical dans la politique « figée » de l’archipel, tout comme Benjamin, 28 ans, professeur au lycée de Wallis.

Confiance. « Il faut rompre avec les habitudes prises par nos ancêtres. Le temps de la camaraderie c’est fini, tranche Sosefo. Nous voulons maintenant voter pour des gens qui seront capables de conduire le pays, des gens en qui nous avons confiance. »
« Aujourd’hui les gens disent “ok je vote pour toi” mais dans l’isoloir ils décident vraiment sans que rien ne se sache, renchérit Benjamin. Beaucoup acceptent les cadeaux, les coutumes mais ont envie d’un réel changement alors de plus en plus on se tait, on s’exprime véritablement au moment de voter. »
Et même si hier Nivaleta Iloai ou Toma Savea ont repris leur place à l’Assemblée territoriale, Victor Brial et Pesamino Taputai ont subi un véritable camouflet et beaucoup de nouveaux candidats, parmi lesquels le chef des rénovateurs Sosefo Suve, ont réussi l’exploit de prendre un siège aux anciens. « Les gens étaient lassés, à chaque élection les mêmes discours puis le même attentisme, signale Telesia, 37 ans, croisée à la sortie de la messe à la cathédrale de Matu Utu. On voyait à l’assemblée toujours les mêmes personnes. Aujourd’hui ces nouveaux candidats ont apporté une bouffée d’air frais. En espérant qu’elle se traduise rapidement dans les décisions prises même si c’est encore le préfet qui est juge et arbitre. »
Reste à élire le président de l’assemblée qui devrait fédérer toutes les couleurs politiques désormais représentées. Son nom devrait être connu d’ici vendredi, après une semaine de tractations pour mettre en place la majorité.



26/03/2012
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