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L’identité kanak cherche sa place

Les Nouvelles Calédoniennes. Publié le lundi 08 octobre 2012 à 03H00

 

En construisant des cases en plein cœur de la ville, le Comité 150 ans après relance le débat sur la place de l’identité kanak dans la capitale. Longtemps surnommée Nouméa la blanche, la ville était encore coupée du monde mélanésien il y a un peu plus d’un demi-siècle.

Réalisé il y a trente ans, Ko We Kara fut le premier édifice représentant la culture mélanésienne en ville.

Réalisé il y a trente ans, Ko We Kara fut le premier édifice représentant la culture mélanésienne en ville.

PhotoArchives LNC

 

Plus proche d’une cité balnéaire de la Côte d’Azur que d’une capitale incarnant le Pacifique, Nouméa est rattrapée par son passé. Il y a deux semaines, huit cases ont poussé sur le parking de Port-Moselle.

Si l’emplacement de cette « tribu dans la ville » est encore sujet à controverse, l’initiative du Comité 150 ans après a le mérite de relancer la question de la place de l’identité kanak à Nouméa. « Ce n’est pas une provocation mais une invitation, assure le syndicaliste Henri Juni, qui a lancé une pétition pour le maintien de ces cases. La mairie veut réaliser un Chinatown. Pourquoi ne pourrions-nous pas faire un Kanaktown ? »

 

Permis. Pour expliquer cette présence en pointillé de la culture kanak, il faut remonter loin dans l’histoire. « Il semblerait qu’à l’arrivée des premiers colons européens, il n’y avait pas d’habitats permanents car la presqu’île n’avait pas de réseau d’eau superficiel », explique l’historienne Christiane Terrier, adjointe au maire en charge de la culture. Mais ce qui apparaît davantage « révélateur » aux yeux de l’historienne, c’est « le plan en damier » du chef du bataillon du Génie Paul Coffyn, qui manifeste la volonté de « faire une ville européenne où la présence mélanésienne a toujours été limitée, contrôlée. Il leur fallait une sorte de permis de séjour pour Nouméa », rappelle Christiane Terrier. Cette séparation entre Nouméa la Blanche et le monde mélanésien n’est pas si ancienne. « On a commencé à faire venir des Loyaltiens au début du XXe siècle. Mais ce n’est vraiment qu’à partir de 1945, avec la fin du Code de l’indigénat et la liberté de circulation que cette présence est devenue plus importante. »

L’élue observe toutefois une évolution. « Il y a quand même Ko We Kara, le centre Tjibaou, le Mwa Kaa et quelques noms de rues, même si ce n’est pas massif. » Mieux : « le nom de la ville est lui-même kanak », ajoute la mairie dans un mémo consacré au sujet.

Totems kanak sur la façade de l’office de tourisme et de certaines maisons de quartiers, farés de l’Anse-Vata, aménagement de l’île aux Canards, décors et architectures de certains hôtels… « La culture est omniprésente au sein de l’espace urbain, à la différence de ce qui se dit bien trop souvent », revendique la mairie.

 

Béton. Omniprésente ? L’adjectif ne semble pas du tout approprié pour Sylvain Pabouty, candidat sur la liste Alternatives citoyennes aux dernières municipales. « J’ai vu évoluer la ville et se renforcer, à mon regret, cette image de ville blanche. C’est le règne du promoteur, la civilisation du tout béton. » Pour le leader indépendantiste, né à Nouméa, le PUD n’a « jamais tenu compte de cette identité kanak, particulièrement dans le centre-ville. On peut reprocher la manière dont l’implantation de ces cases a été menée mais elles soulèvent un problème de fond. »

Ces revendications sont relativement récentes, constate le conseiller municipal loyaliste Fizié Bole, ancien Foulard rouge, mais elles vont bien au-delà du symbole. « Elles posent la question de la place des Kanak dans la capitale. Avant 1968, quand on rentrait dans un magasin, on nous tutoyait et on servait d’abord les autres. On arrive à mettre des passerelles aujourd’hui, mais c’est encore un peu dur », observe l’élu qui insiste cependant pour « ne pas oublier les autres ethnies ».

Conscient du potentiel touristique, Gilbert Thong, le « monsieur Croisière », milite aussi pour mettre en valeur la culture kanak et celle d’autres communautés. « Quand on vient à Nouméa, on ne vient pas voir la Gold Coast. On n’a aucune âme, déplore le professionnel. L’image du pays, c’est bien sûr la France, mais c’est l’Océanie, avant tout. Il nous faut chercher quelque chose d’original. On a besoin d’une vitrine. »

 

Le chiffre

18 000

C’est le nombre de signatures recueillies par la pétition de soutien au projet de tribu dans la ville. D’autres exemplaires de cette pétition doivent encore arriver du Nord et des Iles.

 

Repères

Ko We Kara précurseur
Construit en 1982 par le territoire, Ko We Kara, qui signifie « l’endroit où l’on mange ensemble » en djubea kapone, fut en quelque sorte le premier symbole identitaire kanak de la capitale. Il devait accueillir, initialement, le festival des Arts en 1984. L’édifice hébergea jusqu’en 1989 l’Office culturel et technique kanak. Depuis 1991, il est géré par la province Sud et sert essentiellement d’espace pour célébrer les mariages coutumiers.

Des noms de rue
Pour la mairie, « de nombreuses artères de la ville portent des noms de personnalités kanak, comme Jacques-Iekawé, Michel-Kauma, Raphaël Pidjot… » Même si les rues, les parcs ou les équipements sportifs portant des noms kanak sont plus nombreux qu’avant, ils restent minoritaires dans cette capitale fondée par des marins européens.


Coralie Cochin



08/10/2012
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