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Micronésie: « J'ai entraîné l'une des pires équipes de foot du monde »


L'équipe nationale de Pohnpei, avec l'entraîneur Paul Watson (à g.)

 

Paul Watson a l'allure faussement négligée d'un guitariste indé et, à pas même 30 ans, il a déjà des tas de choses à raconter. En juillet 2009, à 25 ans, il a pris en mains l'équipe nationale de Pohnpei, l'un des quatre Etats de la Micronésie, un chapelet de plus de 600 îles du Pacifique saupoudrées comme le gros sel entre Hawaï et l'Australie.

Paul Watson a été sélectionneur national de football pendant plus de 18 mois, à temps plein mais sans toucher un rond. Revenu à Londres depuis l'an passé, il en a raconté l'histoire dans un bouquin sorti en début de mois en Grande-Bretagne, « Up Pohnpei ».

Un récit au ton léger et aux airs folkloriques, où certaines pages semblent tenir plus de la fiction que des souvenirs de voyage. Mais l'auteur assure : « Tout est vrai, jusqu'aux détails les plus anecdotiques. »

 

L'histoire débute, comme souvent lorsqu'il est question de vocation footballistique, devant un écran de télévision. En novembre 2007, Paul Watson et un ami, fan de foot et joueur de niveau amateur comme lui, assistent en téléspectateurs résignés à la défaite de l'Angleterre face à la Croatie en éliminatoires de l'Euro 2008.

A la fin de la rencontre, le commentateur explique que les Anglais peuvent encore se qualifier si Andorre bat la Russie. Paul Watson raconte :

« On s'est dit l'un et l'autre que l'équipe d'Andorre devait avoir un niveau tellement faible que nous pourrions sans doute y gagner une place de titulaire. Puis je me suis mis à délirer en imaginant toutes les sélections où j'aurais une chance de gagner mes galons d'international. »

Deux potes en quête d'un maillot

Très vite, la plaisanterie d'un soir se transforme en défi personnel. Paul et son ami Matt épluchent les sites Internet à la recherche d'un pays susceptible de leur offrir un maillot. Ils le trouvent en Océanie : Pohnpei, plus vaste Etat de la Micronésie, 34 000 âmes, une équipe de football recensée dans les guides mais pas une seule victoire au compteur dans une rencontre internationale.

Quelques échanges de mails plus tard, les deux potes découvrent que jouer pour Pohnpei ne sera pas possible, à moins de séjourner au moins cinq années sur l'île.

« Mais le président du Comité olympique de Micronésie nous a avoué que l'équipe n'avait pas de coach et que nous serions les bienvenus si le job nous tentait. »

En juillet 2009, ils laissent tomber leur boulot, journaliste pour Paul, réalisateur audiovisuel pour Matt, et bouclent leur valises pour la Micronésie. A leur arrivée, première surprise : Pohnpei compte tout juste une grosse poignée de joueurs de football.

« On a débuté avec la base : les règles »

Protectorat américain, le pays détient un triste record : plus de 90% de sa population souffre d'obésité, conséquence d'une alimentation où la seule alternative à la boite de conserve importée des Etats-Unis est la boite de conserve en provenance d'Australie.

A Pohnpei, le foot s'est toujours fait petit. Lorsque l'envie les prend de transpirer, chose rare, les gens s'essayent plutôt au basket, au baseball ou à la course à pied. Ils ignorent tout des règles du hors-jeu ou du coup-franc indirect. Et pour cause : les rencontres des championnats européens sont diffusées exclusivement sur les chaînes de télévision par satellite, accessibles à une poignée de privilégiés. Paul Watson raconte :

« Ma première tâche a été de dénicher des gars tentés par l'aventure du foot. J'en ai trouvé deux, puis trois, puis dix. Des étudiants, un chauffeur de taxi, un prof, un ouvrier du bâtiment. Très vite, l'équipe a compté 16 joueurs. On a débuté le travail à la base, en expliquant les règles, en détaillant la tactique. Puis, après quelques mois, on a pu passer à des séances plus techniques et de la préparation physique. »

« Un gars a promis de mettre le maillot à son mariage »

Bénévole au milieu des amateurs, Paul Watson convoque ses troupes cinq soirs par semaine. Il paye de sa poche crampons et maillots.

« Le premier jeu de tuniques que je leur ai donné, avec leur nom dans le dos, les gars l'ont regardé comme s'ils étaient en train de rêver. L'un d'eux m'a juré qu'il n'avait jamais rien vu d'aussi beau et qu'il le porterait à son mariage. »

Bientôt, il parvient à créer de toutes pièces un championnat national, le premier du pays. Pas plus de cinq équipes, formées à la va-vite en recrutant les volontaires dans les églises ou à l'université. L'expérience l'amuse. Il en parle aujourd'hui en retenant mal une certaine nostalgie. Mais avoue que rien n'est jamais simple dans le quotidien de sélectionneur national de « l'une des plus mauvaises équipes de football du monde. » L'unique terrain de l'île est fréquemment inondé par les pluies tropicales.

« Nous avons parfois été obligés de terminer une rencontre éclairés par les phares des voitures. L'orage avait fait sauter l'éclairage du stade. »

Première – et seule – victoire : 7-1

Temps fort de son aventure : une mini-tournée à Guam, une île voisine, observée depuis la Micronésie avec des regards d'angoisse. Et pour cause : son équipe nationale, reconnue officiellement par la FIFA, occupe le 193ème rang du classement mondial, coincée entre le Kirghizistan et la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Vu de Micronésie, un épouvantail.

Le premier match se termine comme tous les autres, par une défaite. Trois buts à deux. Honorable. Au deuxième, les internationaux de Pohnpei mordent dans la partie comme si leur vie en dépendait. Ils ouvrent le score, puis enchaînent comme dans un rêve. Un deuxième but, un troisième. A l'arrivée, l'adition est sans nuance pour l'équipe de Guam : 7-1. La première victoire de l'histoire du football à Pohnpei. La seule à ce jour. Paul Watson se souvient :

« On a sorti les drapeaux, il y a eu des larmes, des cris de joie… »

Le suivant a été plus cruel. Une défaite, encore. L'émotion n'était pas retombée.

Aucune aide de la Fifa

Paul Watson est aujourd'hui rentré en Grande-Bretagne. Son passage à la tête d'une équipe nationale ne lui a assuré aucun des avantages qu'il espérait associés à la fonction.

« Je pensais recevoir une sorte d'annuaire avec les noms et contacts de mes collègues dans le monde. J'aurais trop aimé avoir le mail et le portable de Marcello Lippi ou de Fabio Capello. Mais le paquet a dû rester à la poste ! »

Un rien amer, le jeune Anglais regrette que la FIFA n'ait jamais donné suite à ses nombreuses demandes de subventions.

« Nous avons pourtant fait tout ce qui est exigé pour recevoir une aide financière : œuvrer pour le développement du football dans un petit pays et mettre en place les bases de la formation des générations futures de joueurs. Mais il semble que, à défaut d'être soi-même millionnaire, il est très difficile d'intéresser la FIFA. »

Mais Paul Watson peut bomber le torse. Avant lui, le football n'existait pas en Micronésie. Aujourd'hui, ils sont au moins une centaine de ses habitants à savoir aller du rond central à la surface de réparation sans se tromper de sens.



22/02/2012
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