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« Nous sommes des Arabes d’appartenance calédonienne »

Les Nouvelles Calédoniennes. Publié le lundi 28 novembre 2011 à 03H00

Taïeb Aïfa, maire de Bourail et descendant de transporté algérien, parle des Arabes et Berbères de Nouvelle-Calédonie. De retour d’Algérie, il participera à la conférence-débat organisée en marge de l’exposition Caledoun.

Taïeb Aïfa s’est rendu à plusieurs reprises en Algérie, où il a toujours de la famille.

 

Vous étiez en d’Algérie la semaine dernière. Combien de fois y êtes-vous allé et comment avez-vous renoué avec le pays de vos ancêtres ?
Taïeb Aïfa : Cinq ou six fois. La première fois c’était en 1986. Le voyage avait été organisé par Séddik Taouti. Il était venu nous rendre visite en 1984 et il avait découvert les descendants d’Algériens. J’ai eu la chance d’avoir un poste politique et d’être connu, ce qui m’a facilité la tâche. Grâce à cela j’ai eu des relations épistolaires avec un petit-neveu. Je l’avais retrouvé en 1983, suite à un article de presse sur moi diffusé en Algérie.

Quels sont vos liens, aujourd’hui, avec l’Algérie et la famille que vous avez retrouvée ?
Ils sont profonds avec la famille et avec la terre, par le fait que mon père avait des terres, dont nous sommes encore propriétaires car je suis de la première génération après mon père, alors qu’en Algérie ils sont de deuxième ou troisième génération.

Qui étaient vos parents ?
Mon père est arrivé en Nouvelle-Calédonie en 1895 et mon grand-père maternel est arrivé en 1867. Ils étaient tous les deux transportés. J’ai une double origine algérienne. Mon père s’est en effet marié avec une fille d’Arabe. La mère de ma mère était quant à elle la fille d’un gardien de prison.

Que reste-t-il des traditions arabes et berbères en Nouvelle-Calédonie ?
Les Algériens, écrivains et journalistes venus sur le territoire au milieu des années 80, ont tous été surpris de voir que les traditions avaient été perpétuées. A la fin des années 70, nous avons relancé la fantasia, elle n’est pas différente de celle faite en Algérie. Il ne nous manquait que la langue parce qu’il n’y avait pas de mères qui parlaient l’arabe. Fin des années 80-début des années 90, un Algérien est venu donner des cours de langue. Mais, un an après, son visa n’a pas été renouvelé.

D’où vient la communauté arabe-berbère ?
Essentiellement de Basse-Kabylie, de la région de Sétif, Constantine, Batna et Biskra. Mais, il y en a aussi de Haute-Kabylie. Un peu de Tunisie et du Maroc. En Nouvelle-Calédonie, nous n’avons jamais voulu faire de différence entre Arabes et Berbères, car nous avons subi le même sort, alors qu’en Algérie il y a toujours des oppositions. Nous avons tous connu la misère et nous avons dû nous battre, peut-être plus que les autres, parce que nous portions des noms nord-africains. Dans les années 90, dans les aéroports, on s’arrêtait plus longtemps sur mon passeport que sur celui des autres.

Où en est la communauté aujourd’hui ?
En 1969, nous avons créé l’Association des Arabes et amis des Arabes de Nouvelle-Calédonie pour faire en sorte de conserver les traditions. La communauté se situe en tant que descendante d’Arabes, mais avec une appartenance à la Nouvelle-Calédonie. A nos âges, pour la plupart, il serait bien difficile de se réinstaller dans le pays de nos pères, même si nous avons des terres, des propriétés et des familles nombreuses. Il y a un décalage avec la Nouvelle-Calédonie.

A combien estimez-vous le nombre de descendants d’Arabes et Berbères sur le territoire ?
C’est difficile. Je dirais plusieurs milliers. Il y a eu beaucoup de métissages avec des familles de six, sept ou douze enfants. Dernièrement, deux Mélanésiens m’ont demandé de retrouver les origines de leurs grands-mères.

Est-il facile de se reconnaître comme descendant de bagnard aujourd’hui ?
On est sortis du non-dit mais il y a encore des blocages. Une fille de Bourail vient de découvrir ses ancêtres à 40 km de Sétif, mais pendant longtemps elle n’a pas cherché, peut-être par crainte de trouver ou même de ne pas trouver.

Que représente pour vous cette exposition ?
D’abord une reconnaissance en vue du destin commun. Il ne faut pas oublier qu’elle est née grâce à une proposition d’une femme kanake, Déwé Gorodey.

Le chiffre : 14

C’est, en millions de francs, le coût de la manifestation. 21 panneaux rassemblant des centaines de documents sont présentés. Trois thèmes ont été choisis : l’arrivée des bagnards (histoire du bagne, raisons des arrivées…), l’enracinement (les concessions, l’arrivée des femmes, les enfants, la misère…) et les Arabes d’aujourd’hui (l’association, le maintien des traditions, les figures actuelles).

Repères

Les bagnards arabes et berbères sur le Caillou
1871 : révolte de Mokrani.
1864-1897 : 2 000 Arabes et Berbères sont transportés, relégués ou déportés (130) en Nouvelle-Calédonie.
1895 : les déportés sont amnistiés.
1969 : création de l’Association des Arabes et amis des Arabes de Nouvelle-Calédonie.

Pour aller plus loin
Les déportés algériens de Nouvelle-Calédonie, histoire d’une identité exilée, de Seddik Taouti. Les Kabyles du Pacifique, documentaire réalisé par Medhi Lallaoui. Le retour, réalisé par Saïd Oulmi et Fathia Si Youcef.
 
 Témoignages
Jeudi, à l’Institut du monde arabe, Bernard Salem, descendant de transporté algérien, et Yaël Bouffenèche, responsable de la mosquée de Nessadiou, témoigneront avant la diffusion du film Le Retour. Le lendemain, le public parisien pourra assister à une conférence débat en présence notamment de Taïeb Aïfa.


27/11/2011
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