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Pesticides : le débat tourne à la polémique

Mar 29 Jui 2010 |20:00 , LNC

 

D’après l’UFC-Que Choisir, 20 à 50 % des fruits et légumes vendus en Calédonie seraient non conformes aux normes européennes. Des chiffres que contestent le gouvernement et la Davar (*). Il n’empêche. Une nouvelle réglementation est en chantier.

 

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Les spécialistes l’appellent « la bande des 8 ». Ce sont les substances toxiques qui devraient disparaître en priorité du marché calédonien lors de l’adoption de la prochaine réglementation sur les pesticides. Il s’agit de l’alachlore, l’atrazine, la carbendazine, le carbofuran, le diazinon, le dichlorvos, le malathion et le paraquat. Ces molécules sont désormais identifiées comme présentant des risques soit de cancer, soit d’altération génétique, soit des conséquences néfastes durables sur l’environnement. EPLP et l’UFC demandent l‘interdiction d’une trentaine de molécules.

  D’un côté, les associations de défense des consommateurs ou de l’environnement qui dénoncent régulièrement l’utilisation par l’agriculture calédonienne de pesticides interdits en Europe. De l’autre, le monde agricole qui ne change pas facilement ses habitudes et en a assez d’être accusé d’empoisonner la population. Entre ce marteau et cette enclume, le gouvernement calédonien et la Direction des affaires vétérinaires et agricoles qui tentent, depuis des années, de trouver une réglementation qui mette tout le monde d’accord. Dans cette guerre autour de l’utilisation des pesticides les plus dangereux, beaucoup de coups sont permis. Y compris des annonces médiatiques tonitruantes des uns ou des autres.
Récemment, le monde agricole a accusé les associations environnementalistes d’être composées d’urbains déracinés et coupés des réalités de la terre. En face, on avance l’évolution des cancers et on fourbit des listes à géométrie variable de produits contre lesquels mener la croisade. Ce n’est pas une guerre de tranchées. Le terrain d’affron­tement change en permanence. Il y a deux mois, Jean-Louis d’Anglebermes, membre du gouvernement en charge de l’agriculture, a tenté de mettre tout le monde autour d’une table pour trouver un terrain d’entente. Peine perdue. Positions trop radicales de part et d’autre.
Il n’empêche. Le gouvernement va devoir nettoyer une réglementation obsolète. D’autant plus vite que l’UFC-Que Choisir vient de sortir un rapport accablant, mais contesté dans sa méthode, sur la présence de pesticides dans les aliments produits ou commercialisés sur le marché calédonien. La délibération est prête. Il ne reste qu’à la faire circuler auprès des différentes instances consultatives avant de la présenter au Congrès. Aucun des deux camps ne sera satisfait. Sauf peut-être les consommateurs qui seront un peu, mais pas complètement, rassurés sur ce qu’on leur propose à manger.

Philippe Frédière

(*) Direction des affaires vétérinaires, alimentaires et rurales.

 

« Nous devons durcir les règles sans copier l’Europe »

Questions à... Jean-Louis d’Anglebermes, en charge de l’agriculture.

 

Les Nouvelles calédoniennes : Pourquoi est-il si difficile de réglementer les pesticides ?

Jean-Louis d’Anglebermes : Parce qu’on a affaire à des gens tenaces. Les associations de défense de l’environnement ou des consommateurs voudraient tout faire disparaître alors que, dans le monde agricole, on ne change pas facilement ses habitudes. J’ai tenté il y a deux mois d’organiser une table ronde avec les uns et les autres. C’était du temps perdu. Il n’empêche que nous avons à l’heure actuelle une réglementation obsolète qui date de 1992. Depuis, les connaissances scientifiques se sont améliorées, les mentalités ont évolué. Les adaptations au coup par coup, par simple arrêté, ne marchent pas. Elles se heurtent à des résistances ou à des recours en justice. C’est pourquoi nous avons préparé une délibération cadre qui va jeter de nouvelles bases réglementaires. Il s’agira d’un socle juridique sur lequel nous pourrons appuyer différentes décisions sans qu’elles soient systématiquement contestées. Ça permettra un changement progressif car, en la matière, on ne peut pas interdire du jour au lendemain, sans délai d’adaptation. Et les choses doivent pouvoir être revues dans le temps en fonction des nouvelles connaissances et des nouveaux savoir-faire.

 

Cette délibération sera prête quand ?

Le texte est d’ores et déjà rédigé. Il est actuellement soumis pour avis aux différentes associations et organisations concernées. J’espère qu’il pourra être présenté au Congrès dans deux à trois mois. Il y a des résistances, mais pas insurmontables. Beaucoup d’agriculteurs prennent conscience qu’ils sont les premiers exposés. Ce sont eux qui font les épandages et manipulent ces produits. Quant aux associations écologistes, elles doivent comprendre une bonne fois pour toutes qu’on ne peut pas faire un copier-coller de ce qui se fait en Métropole. Nous sommes sous les tropiques. Dites-moi quel serait notre intérêt à transposer ici les dispositions en vigueur pour les choux-fleurs de Bretagne ou les betteraves ? Ça ne ferait que compliquer les choses et rendre la réglementation illisible. Et à l’instar de l’Europe, on ne peut pas se couper du monde extérieur. Notamment pas de l’Australie ni de la Nouvelle-Zélande qui sont nos principaux fournisseurs. Faire venir nos fruits et légumes de Métropole serait une aberration économique et écologique.

 

La question des pesticides devrait-elle bientôt être en partie résolue ?

Attention, nous parlons ici des pesticides et des produits phytosanitaires à usage agricole. La majorité des pesticides importés et utilisés en Calédonie sont à usage industriel ou domestique, contre les rats, les cafards, les moustiques. Ces produits peuvent aussi avoir un impact sur l’environnement et la santé des gens. Mais ce n’est pas de ma compétence.

 

 Les accusations de l’UFC-Que Choisir

L’association de défense des consommateurs a obtenu de la Davar les résultats de ses plans de surveillance et de ses plans de contrôle de présence de pesticides dans les produits agricoles.
Les conclusions qu’elle en tire sont accablantes. Selon elle, 39 % des produits importés sont non conformes aux normes locales ou européennes. L’UFC décerne un carton rouge aux fraises, tomates, salades et raisins dont le taux de non-conformité oscillerait entre 50 % et 100 %. L’essentiel de ces produits proviennent d’Australie et de Nouvelle-Zélande dont on sait que les normes sont beaucoup plus laxistes qu’en Europe. S’agissant des produits locaux, l’UFC-Que Choisir note que 20 % des produits analysés dans le cadre du plan de surveillance sont non conformes, avec une mention spéciale pour le melon (70 %) et le céleri (44 %). Le taux de non-conformité s’envole pour les denrées analysées dans le cadre du plan de contrôle : 53 % ! Record décerné aux fraises (77 %) et deuxième place pour les tomates (56 % de non-conformité). La méthode employée par l’UFC-Que Choisir a consisté à recenser tous les dépassements de limites maximales de résidus autorisés de pesticides (LMR) et tous les produits interdits en Europe. En additionnant ces deux critères, l’UFC-Que Choisir aboutit à des taux de non-conformité très supérieurs à ceux recensés par la Davar. Sur la base des mêmes contrôles. De quoi s’alarmer ?

 

Une présentation biaisée selon le gouvernement

Au gouvernement, on admet que les chiffres ne sont pas bons. Mais on affirme que les taux de non-conformité record annoncés par l’UFC-Que Choisir résultent d’une lecture volontairement biaisée. « Ils ont tout mélangé, affirme Jean-Louis d’Anglebermes. Notamment en ne se basant que sur des critères européens, mais pas seulement. » « Nous avons d’un côté un plan de surveillance et de l’autre un plan de contrôle. Le premier est un outil qui vise à établir une statistique et nous procédons par analyse d’échantillons », explique Cyrus Nersy, vétérinaire et directeur du Sivap (**). « Le plan de contrôle, c’est différent. C’est une sorte de travail de police que nous effectuons en ciblant les produits que nous soupçonnons d’être non-conformes. Et, logiquement, le taux de non-conformité résultant de ce travail-là est supérieur. Mais il n’est pas le reflet fidèlede ce qui est mis sur le marché. Or c’est comme ça que le présente l’UFC-Que Choisir. » « De plus, ils ont inclus dans les produits non conformes ceux, importés, qui contiennent des substances prohibées, sans réaliser qu’on fait la même chose en Europe. Il y a des substances donton interdit l’utilisation à ses propres agriculteurs, mais qu’on retrouve dans les denrées en provenance de pays où elles restent autorisées. Dans ce cas précis, on n’empêche pas purement et simplement l’importation, mais on fixe des LMR très basses. Ici comme en Europe. Si vousne tenez pas compte de cette modulation, et que vous recensez systématiquementla présence de ces substances, même à dose infinitésimale, c’est-à-dire en deçà de la LMR, vous faites exploser artificiellement les taux de non-conformité. »
(**) Service d’inspection vétérinaire, alimentaire et phytosanitaire.

 



30/06/2010
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