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Pierre Gope ouvre les chemins du théâtre

Ven 02 Juil 2010 |20:00

Entre Nouméa et une tournée dans le Nord, la troupe du brillant metteur en scène kanak a fait forte impression avec une adaptation aux couleurs locales du Tartuffe de Molière : Les chemins de la ruse. Organisée en dernière minute par la Fasem et la ville du Mont-Dore, la soirée fut une réussite à plus d’un titre…

Des enfants qui rient aux éclats et des adultes retenant leur souffle, c’est la magie à multiples lectures du théâtre de Pierre Gope, figure singulière de la scène calédonienne. Avec son écriture aux touches sociale, politique et humaine, le poète kanak a enchanté, mercredi soir, le public de la Maison pour tous de la Coulée. Près de deux cents personnes ont ainsi assisté, en toute simplicité, à cette réécriture du Tartuffe de Molière. Le jeu entier et convaincu des acteurs, tous kanak, de la compagnie Cebue n’est pas pour rien dans la pertinence de cette pièce.
Satire religieuse, Les chemins de la ruse reprend les thèmes de prédilection de l’auteur-acteur : perte des repères traditionnels, sexualité, violence faites aux femmes et aux enfants, argent… Sous des contours légers, ce théâtre amuse, provoque, interpelle, culpabilise, donne à réfléchir sans jamais tomber dans la gratuité. « C’est fort », « ça remue »… Après les applaudissements et le silence, les réactions ne trompent pas. « Il a très bien rendu le bouleversement des repères traditionnels par la religion qui est encore très réel aujourd’hui dans la société kanak », note Françoise Caillard, militante de l’Union des femmes citoyennes. Du théâtre qui plaît, visiblement, qui peut déranger mais que l’on voit trop peu.

Dans le monde Kanak, l’art est très prisé mais le théâtre n’est pas assez mis en valeur.

La programmation de dernière minute d’un tel spectacle est d’autant plus à saluer. Elle relève d’abord du coup de cœur de Jean-France Toutikian, secrétaire de la Fédération des associations pour l’accompagnement et le soutien à l’éducation au Mont-Dore (Fasem), qui a vu la pièce au Rex à Nouméa quelques jours plus tôt. « Je me suis dit que c’était trop bête que cela ne passe pas au Mont-Dore, raconte-il. Alors, avec la mairie et Pierre Gope, on a tout fait pour caler une date. Le but était de montrer aux enfants et aux parents, à l’image de ces jeunes acteurs tous locaux et venant des quatre coins du territoire, qu’avec de la volonté on peut faire du théâtre. Dans le monde kanak, l’art est très prisé mais le théâtre n’est pas assez mis en valeur alors qu’il y a un vrai potentiel, les gens étant très joueurs. »
Et la mairie a embrayé, trouvant le lieu et co-finançant l’opération à hauteur de 50 % : 50 000 F récoltés par la Fasem et 50 000 F débloqués par la ville du Mont-Dore. « C’était aussi l’occasion de mettre en valeur cette Maison pour tous qui n’est bien connue, explique Christophe Keletaona, responsable des structures de proximité. On a vu des gens du lotissement Schohn, de Saint-Louis, de Robinson… Pour une première, c’est un véritable succès », se réjouit-il.
La preuve par ses meilleurs ingrédients que le théâtre a sa place en Calédonie. Pierre Gope et sa compagnie partent maintenant pour une tournée de trois semaines dans le Nord. On les suivrait avec envie.

Christophe Castieau

 

De Molière à Shakespeare

Un grand chef de tribu a promis à son nouvel ami, « cet oiseau qui est le choix du ciel », sa fille et bientôt tous ses biens. Et c’est toute la tribu qui se déchire alors que la promise allait se marier avec l’homme de sa vie… Sur fond de religion bafouant les valeurs coutumières, Pierre Gope reprend à la sauce kanak le Tartuffe de Molière. Avec brio et reprenant les thèmes locaux comme la tradition face à l’étranger, l’accueil, la soumission des femmes, le destin commun… Avec ses personnages grimés comme des oiseaux, l’auteur donne presque dans la fable de La Fontaine. Dont la fin serait Shakespearienne. Du grand art !

 

« Je crois à ce que je fais »

Questions à… Pierre Gope.

  • Les Nouvelles calédoniennes : Vous donnez le sentiment de prendre autant de plaisir sur une grande scène que sur une dalle de béton comme ce soir…

Pierre Gope : Je crois à ce que je fais, au théâtre et à son esprit. Et je crois au message. Alors, que ce soit sur une dalle, sous la flotte ou dans une cocoteraie, le lieu n’a pas d’importance. Ce qui compte, c’est que le public ait compris le message. Ou retenu ne serait-ce qu’une phrase ou un mot qui restent gravés dans le cœur. Que tout ça travaille ensuite à l’intérieur. Nous sommes des missionnaires sur terre et, nous, c’est par le biais du théâtre.

  • Le théâtre peut-il être un remède aux maux de la société, des jeunes en particulier ?

Bien sûr. J’ai découvert le théâtre par le plus grand des hasards. Et je continue. Alors j’espère toujours que la graine du théâtre va germer et grandir à l’intérieur de ces enfants qui viennent nous voir. Alors il faut aller dans les villes, les tribus et partout où le théâtre peut panser les maux de la société. Le souhait est là.

  • N’est-ce pas difficile de s’attaquer à la religion sur un territoire où elle est très présente ?

Chaque individu a sa perception de la pièce. Je ne m’attaque pas à la religion mais aux pratiquants qui se cachent derrière pour exister ou s’enrichir. Elle a œuvré dans le temps pour la déstabilisation du peuple et elle continue aujourd’hui sous une autre forme. Le plus important est ce qui est derrière la religion : Dieu qui est au-dessus de tout et que nous devons vénérer. La religion, elle, est un système.

 





03/07/2010
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