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Relations toxiques

Publié le mardi 12 juillet 2011 à 03H00, Les Nouvelles Calédoniennes.

 

Tabac, alcool, kava, cannabis… le Calédonien en consomme beaucoup. Trop même, à la lecture de l’étude « Baromètre santé », tout juste diffusée. Cette première enquête du genre livre des chiffres alarmants.

La première étude Baromètre santé révèle une consommation massive d’alcool, de kava et de cannabis qui a de quoi inquiéter.

 

Consommation tous azimuts. Tabac, alcool, kava, cannabis… Les résultats de l’enquête, lancée par l’Agence sanitaire et sociale de la Nouvelle-Calédonie, sont saisissants. Les prévalences, autrement dit le nombre de cas intéressés à ces produits au sein d’une population, sont vraiment fortes sur le territoire. Près d’un Calédonien sur deux (47,4 %) est aujourd’hui fumeur, régulier bien souvent ou occasionnel. « C’est énorme dans ce groupe des 18 à 67 ans, indique un analyste. D’ailleurs, « les hommes sont plus nombreux à déclarer fumer que les femmes », indique le rapport, et « la plus grande proportion […] se trouve parmi les jeunes ».
De même, plus de la moitié des habitants (55,3 %) déclare avoir déjà fumé de l’herbe. Ce constat, par ricochet, met en perspective la question de l’accessibilité à cette drogue. En Métropole, la barre est bien en dessous, et se cale à 33 %. Et ce, même si la comparaison n’est pas très convenable, les structures de population étant différentes. Enfin, selon l’enquête, plus de la moitié de la population interrogée (55,7 %) annonce avoir déjà bu du kava. « L’usage d’autres substances psychoactives (type datura, champignon, ecstasy, buvard, alcool à brûler) est déclaré par 7 % des 18-67 ans, et 2 % déclarent en avoir consommé au cours des 12 derniers mois ».

Alcool, des chiffres à tomber. Le goût de l’alcool, tout le monde connaît en Calédonie : la quasi-totalité de la population questionnée (94,7 %) en a déjà bu au moins une fois. Mais plus d’un tiers des consommateurs d’alcool (38,5 %) a déjà ressenti le besoin de diminuer sa consommation ; 35,1 % reconnaissent « avoir l’impression de trop boire » ; 31,3 % ont eu des remarques de leur entourage ; et 4,3 % déclarent avoir déjà eu besoin d’alcool le matin pour se sentir en forme, précise l’enquête.
Surtout, « la fréquence des ivresses est hallucinante, remarque Hélène Bourdessol, coordinatrice de l’opération « Baromètre santé 2010 ». La consommation excessive de fin de semaine est pointée du doigt. « Au cours des trente derniers jours, signale le rapport, 67 % des personnes ont été en état d’ivresse une à quatre fois ». Le binge drinking, pouvant être traduit par « hyperalcoolisation », fait recette. Car « parmi les personnes ayant consommé des boissons alcoolisées au cours du mois précédent l’enquête, 53 % déclarent avoir déjà bu cinq verres d’alcool (ou canettes) ou plus au cours d’une même soirée ».

Mélange détonant. Au cours de la dernière année, 26,9 % des Calédoniens, selon le Baromètre santé, avancent avoir consommé au moins deux produits parmi l’alcool, le cannabis et le kava. Un chiffre élevé.
Sur le podium, les polyconsommateurs les plus nombreux ont été ceux ayant fumé et bu des bières ou des boissons fortes. La même association alcool et cannabis est la plus fréquemment rencontrée parmi les 15 % des individus interrogés ayant consommé simultanément, au cours d’une même soirée par exemple, deux substances dites psychoactives.
C’est-à-dire altérant l’état de conscience ou l’humeur lors de l’absorption. Ces données apportent un éclairage significatif sur le comportement global vis-à-vis de ces produits, licites ou illicites.

« Quand y’a, je consomme jusqu’au bout »

Entre ses murs, la conversation est sans frontière. Tout y passe, surtout le plus grave. Le Centre de soins en addictolologie a enregistré, l’an passé, 7 000 entretiens individuels, dont 1 000 concernant des jeunes de 12 à 25 ans. A Nouméa, Koné, ou Poindimié, l’écoute est la même et, au final, une tendance prédomine : les dépendances psycho-comportementales sont de plus en plus évidentes. En résumé, « quand y’a pas, je ne consomme pas ; quand y’a, je consomme jusqu’au bout ». L’incapacité à gérer est flagrante. Des posters de sensibilisation, punaisés aux tableaux du Centre, n’épargnent aucun de ces écarts. Premier sujet de préoccupation chez les adultes visiteurs, l’alcool constitue un vrai fléau, car un des drames, « ce sont les dangers immédiats : route, destruction du lien social… », commente le docteur Christian Michel, pilote du plan addictions 2011-2015. La dangerosité est individuelle et collective. Une spécificité calédonienne repose aujourd’hui sur la banalisation de la crise d’ivresse chez les jeunes comme chez les plus âgés. Boire vite et beaucoup, même avant de prendre le bus, voilà chez les filles, en outre, un phénomène nouveau. Des adolescentes tombent dans « l’alcool défonce ». Une ombre en entraîne alors une autre : avec le trou noir, s’accroît le risque à caractère sexuel, voire d’agression. Le cannabis, premier motif de discussions chez les jeunes accueillis au Centre, n’est pas non plus avare de méfaits, selon le docteur Michel. Sont connues l’altération de la mémoire immédiate, la perte de l’énergie… L’herbe peut également « intervenir comme un facteur co-déclencheur d’une pathologie pré-existante ». Et si le temps s’écoule sans réaction, « ce sera peut-être du non-retour ». Après entretiens et rapports, médecins, infirmières, assistante sociale, psychologue viennent d’inscrire sur leur liste de nouvelles dépendances sensibles en Nouvelle-Calédonie. Cet asservissement n’est lié à aucun produit : il concerne les nombreux accros aux jeux qui, bien souvent, souffrent aussi de leur relation au tabac et à l’alcool. Et un phénomène nouveau apparaît, celui de jeunes vivant une « cyber dépendance » : des journées passées devant l’ordinateur, au détriment des cours au collège, ou même des règles élémentaires d’hygiène. Le lien à la société se coupe alors progressivement.

 

Le chiffre : 2 513

Démarrée le 24 juin 2010 pour sa phase de terrain, l’enquête Baromètre Santé a été réalisée, en face-à-face, au domicile auprès de 2 513 personnes âgées de 18 à 67 ans sur l’ensemble du territoire de la Nouvelle-Calédonie. L’étude pourrait désormais être menée tous les cinq ans, afin de déterminer l’évolution des comportements.

 

Repères

Sexualité chaotique. Pour plus de 8 personnes sur 10 (82 %), le premier rapport sexuel était souhaité. Par déduction, 18 % ont vécu un début de sexualité problématique. Un chiffre élevé, qui rejoint le constat alarmant d’une précédente enquête de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).

Nombreuses IVG. En Nouvelle-Calédonie, une femme sur quatre a déjà connu, au cours de sa vie, au moins une interruption volontaire de grossesse : plus de 72 % d’entre elles déclarent une IVG, et près de 23 % en déclarent deux. Mal informés Pour 42,5 % des personnes interrogées, le risque d’attraper le sida est moins grand que le risque d’attraper la grippe.

Les plus grandes peurs. Les résultats de l’enquête font apparaître les accidents de la route comme le risque le plus redouté par les personnes interrogées (près de 84 % parmi les 18-67 ans). Vient ensuite le cancer, craint par 80 % des interviewés. Les maladies cardiaques et la dengue sont citées respectivement par 69 % et 66% de la population interrogée. Les pathologies liées au tabac sont au 5e rang des craintes exprimées par les Calédoniens interrogés (59 %).

Signifiant. Soixante-neuf pour cent des 18 à 67 ans déclarent être en bonne ou en très bonne santé. À l’opposé, à peine 3 % déclarent un mauvais ou très mauvais état de santé. Entre les deux, moins d’un tiers des personnes interrogées déclarent un état de santé moyen.


12/07/2011
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