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Toujours moins bien payées

Les Nouvelles Calédoniennes,  Publié le jeudi 08 mars 2012 à 03H00

Elles sont entrées en masse sur le marché du travai et elles sont diplômées. Mais les femmes sont toujours moins bien payées que les hommes. L’enquête salariale menée dans les entreprises souligne à point nommé l’utilité symbolique de la Journée de la femme. T

« Quel que soit le niveau de formation, le revenu des femmes reste inférieur à celui des hommes » constate le rapport de l’IDCN-NC.

 

En cette Journée de la femme (lire page 9), il convient de poser une question fort à propos : en 2012, les femmes sont-elles aussi bien payées que les hommes ? La réponse est non. C’est écrit noir sur blanc dans l’enquête sur les salaires réalisée par l’Observatoire de l’emploi, des qualifications, des salaires et de la formation de l’IDC-NC (*), entre mars et août 2011 : « Quel que soit le niveau de formation, le revenu des femmes reste inférieur à celui des hommes. »

Dirigeantes. Cette réalité peut facilement s’occulter si l’on s’en tient à une moyenne. Là, femmes et hommes gagnent autant avec un salaire moyen de 275 000 francs par mois. Mais des inégalités se cachent derrière cette façade rassurante, notamment dans les secteurs où les femmes sont nombreuses, comme le commerce et le tertiaire (voir tableau). « De plus, l’écart de salaire en faveur des hommes augmente avec le niveau de diplôme obtenu », relève l’IDC-NC. Les courbes se rapprochent, voire se confondent, uniquement sur les emplois salariés de niveau CAP-BEP et non diplômés. Sur le terrain, cette donne se confirme. « Je n’en entends pas parler dans les petites entreprises, relève ainsi Monique Jandot, chef d’entreprise et présidente de la CGPME, syndicat patronal des petites et moyennes entreprises. Sur un poste de caissier ou de caissière par exemple, c’est le même salaire. C’est le poste qui est rémunéré, pas l’homme ou la femme. » Ce que confirme, pour le secteur de l’industrie, Martine Lagneau, coprésidente de la Finc.

Réalité. Mais ces deux femmes chefs d’entreprise admettent qu’elles n’ont pas ou peu de données sur les salaires des femmes dans l’encadrement. Sur le terrain, plusieurs de ces employées occupant un poste à responsabilité confirment qu’elles sont moins bien payées que leurs homologues masculins. « A chaque fois que j’ai évolué en responsabilité de poste, je sais qu’il y a eu une économie faite sur mon salaire par rapport à mon prédécesseur », témoigne l’une d’entre elles sous couvert de l’anonymat. « Au niveau salaire, j’étais à équivalent, rapporte une autre. Mais quand le poste au-dessus de moi a été ouvert, poste pour lequel j’étais la plus expérimentée, on m’a clairement fait comprendre qu’on préférerait mettre un homme pour plus de crédibilité face aux investisseurs. » Cette femme a alors pris ses cliques et ses claques et a monté sa propre entreprise. Sans regrets.

Responsabilités. « Les salaires sont, dans certaines entreprises, égaux. Mais ce qui se passe à un moment donné, c’est qu’on ne donne pas de responsabilités aux femmes. Donc, leur salaire ne va pas évoluer, commente aussi Dominique Daly, élue au Congrès, ancienne chef d’entreprise. J’ai connu plusieurs femmes salariées qui quittaient leur entreprise pour créer la leur, parce qu’elles étaient ulcérées de voir qu’on les laissait stagner. »
« La question du salaire est une chose, mais il y a aussi la place de la femme dans les entreprises, renchérit Monique Jandot. Et là, je peux dire qu’une femme doit se battre tout le temps. Même si elle a le même salaire qu’un homme, j’ai l’impression qu’elle doit prouver plus de choses, être performante en permanence. On ne lui laisse rien passer. » Une sorte d’« exigence sociétale » qui a la dent dure. La commission de la femme au Conseil économique et social-NC a d’ailleurs décidé de s’y attaquer en allant enquêter sur le pouvoir décisionnel des femmes dans le pays. On attend les résultats avec impatience.

Travail, famille, femmes

Si le monde du travail est encore largement dominé par les hommes dans les postes à responsabilités, les freins à l’évolution des salaires et des carrières des femmes ne peuvent s’expliquer par le seul cliché du patron homme qui barre la route aux ambitions de ses salariées. « Lorsqu’elles commencent un emploi, les femmes sont peut-être moins ambitieuses que les hommes sur le salaire, en se disant : “Je ne vais pas être trop gourmande, je ne vais pas faire peur”, avance Martine Lagneau, coprésidente de la Fédération des industries-NC. Et une femme qui s’installe dans un système de famille va se poser des questions sur son évolution de carrière. » Même si certaines n’hésitent pas à bien se vendre en toute connaissance de leur valeur sur le marché du travail, « c’est typiquement féminin, de penser que l’ambition c’est négatif », poursuit une femme à haute responsabilité dans une entreprise de Nouméa. « Une femme a toujours le dilemme entre “je veux valoriser ma carrière”, et “je veux être présente pour ma famille”, poursuit-elle. De sorte qu’on valorise une sorte de modestie et on pense toujours que notre travail va parler de lui-même. » Mais les augmentations et promotions grâce à la seule reconnaissance du travail fourni relèvent de l’idéal. « Il faut savoir être visible et se promouvoir soi-même », recommande cette responsable, qui fournit un autre conseil : « Dans votre entreprise, identifiez la bonne personne, homme ou femme, qui peut vous aider à avancer. Quand vous avez quelqu’un qui vous drive et vous fait confiance, ça ouvre des portes. »

Diplômes et ancienneté n’y font rien

A bac +5 et plus, les hommes gagnent en moyenne plus de 500 000 francs, les femmes plus de 400 000. A bac +3/4, le différentiel en défaveur des femmes est quasiment équivalent selon l’enquête de l’Institut pour le développement des compétences en Nouvelle-Calédonie. Et la taille des entreprises n’y fait rien, relève l’IDC-NC, qui observe toutefois que « les écarts sont faibles dans les tranches extrêmes », c’est-à-dire dans les petites entreprises (1 à 19 salariés) et dans les grandes (200 salariés ou plus). Les femmes ne doivent pas trop compter non plus sur un rééquilibrage grâce à la valorisation salariale à l’ancienneté. En salaire moyen, elles ne sont mieux rémunérées que les hommes « qu’entre quinze et vingt-cinq ans d’ancienneté ». Et à partir du moment où elles ont atteint l’âge de 45 ans, cette même courbe du salaire moyen féminin stagne puis dégringole « brutalement », selon l’adjectif utilisé par l’IDC-NC. Unique indicateur où la gente féminine tire son épingle du jeu, c’est-à-dire gagne aussi bien et même mieux que les hommes, ce sont les secteurs où elles sont peu nombreuses. Comme le montre le tableau ci-contre, les écarts de salaire leur sont favorables dans la construction, l’agriculture et l’industrie. « Ce constat s’explique en partie par le fait que les femmes occupent des emplois de catégorie plus élevée (intermédiaire, encadrement) que les hommes, dans les secteurs où elles sont minoritaires », analyse l’IDC-NC. A l’inverse, plus elles sont nombreuses à être salariées dans un secteur donné et plus leur salaire moyen sera inférieur à celui des hommes.

 



08/03/2012
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