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Trente ans d’indépendance

Lun 26 Juil 2010 |08:37, Les Nouvelles Calédoniennes

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A une semaine des festivités, la communauté vanuataise de Calédonie s’organise pour célébrer les 30 ans d’indépendance de l’archipel. Certains rentreront au pays.Mais la plupart resteront ici pour commémorer cet anniversaire. Trente ans, c’est l’âge de la maturité.

 

Le drapeau du Vanuatu flotte sur le terrain de football de Rivière-Salée. Depuis un mois, des équipes représentant les six provinces de l’archipel s’y rencontrent chaque dimanche, pour célébrer les 30 ans d’indépendance du pays. Tout le monde, ici, n’aura pas la chance de rentrer au pays pour fêter l’événement. « Je crois qu’il y a plus de Kanak qui partent au Vanuatu célébrer l’indépendance que de Ni-Vanuatu, eux-mêmes, regrette un membre de l’association Atariki Shefa, chargée d’organiser les festivités. Les gens me disent que c’est dommage de faire ça ici, et non au Vanuatu. Mais il y en a qui n’ont pas les moyens de se payer le voyage. Le billet coûte environ 40 000 francs. Vous imaginez ce que ça représente pour une famille ! »
Pour ne pas priver la majorité des ressortissants qui ne pourront rentrer au pays, Atariki Shefa organise un week-end de fête, le 31 juillet et le 1er août, au complexe sportif de Boulari, sous la houlette de Moana Carcasses, le ministre de l’Intérieur (lire cicontre). « C’est lui qui chapeaute la célébration des 30 ans d’indépendance dans toutes les Iles du Pacifique, tout en apportant une contribution financière », précisent les membres de l’association. Francis Tabi, le représentant du chef de la province de Penama, fait partie de ceux qui resteront ici pour célébrer l’événement. Chaque année, il fête l’Indépendance de son pays, même si « au début, il faut être honnête, l’Indépendance, (il) n’étai (t) pas pour. » Trente ans après ce virage à 180 degrés dans l’histoire de l’archipel, ses craintes ont disparu. « Malgré les critiques qu’on peut entendre, les gens ne meurent pas de faim au Vanuatu. Ils ont peut-être moins d’argent qu’ici mais ils gagnent leur vie. »

Le jour de l’Indépendance, les gens étaient inquiets et heureux à la fois

Pierre Boerereou, 43 ans, se souvient du 30 juillet 1980. « Le jour de l’Indépendance, les gens étaient inquiets et heureux à la fois. Inquiets car les aides (des pays colonisateurs) disparaissaient. Et heureux car nous allions enfin décider nous-mêmes des choses que nous devions faire pour notre pays. » Johnny, 23 ans, n’a pas connu l’époque du condominium. Il est arrivé il y a six ans sur le Caillou pour suivre des études agricoles au lycée Do Neva, à Houaïlou. Ce qu’il espère désormai s , c’est repartir au pays avec un BTS, afin de se lancer dans l’élevage. « Làbas, j’ai des terres et un cheptel. Tandis qu’ici, je n’ai rien pour démarrer mon activité. » D’autres jeunes comme lui sont accueillis dans des familles vanuataises installées ici afin de faciliter leurs études. « Le pays a besoin de techniciens, de cadres, insiste une ressortissante qui héberge ces étudiants. Au moment de l’Indépendance, le pays n’était pas préparé. Mais aujourd’hui, nos jeunes se retrouvent à des postes importants. On est face à une réalité : 30 ans, c’est l’âge de la maturité. » Des t-shirts frappés du slogan « maturity » devraient d’ailleurs être distribués pour les festivités du week-end prochain.
Mais pour Mike*, la trentaine, le chemin est encore long. « Nous avons acquis une certaine maturité dans le sens où il y a une volonté de stabiliser le pays. Mais parmi nos leaders, il y en a qui ne sont pas encore assez mûrs pour entendre certaines choses, comme les moments difficiles de notre histoire (lire ci-contre). » Proche des indépendantistes kanak, Mike se dit « fier » que (s) on pays soit devenu indépendant. Mais pour lui, « les enfants ont aussi besoin de connaître leurs racines pour construire le pays. »

(*)Prénom d’emprunt

Textes Coralie Cochin. Photo Jacquotte Samperez

 

Une communauté, six provinces

Forte de 5 000 personnes, la communauté vanuataise vit essentiellement dans le Grand Nouméa. Les six provinces de l’archipel y sont représentées, avec chacune son propre chef.

Le Vanuatu, c’est plus de 80 îles réparties dans six provinces (Torba, Sanma, Penama, Malampa, Shefa et Tafea). Or chacune de ces six provinces est représentée en Calédonie et placée sous l’autorité d’un chef. La communauté est estimée à près de 5 000 personnes. Elle regroupe aussi bien ceux qui sont arrivés il y a longtemps, mais qui ont conservé la nationalité vanuataise, que leurs enfants nés en Calédonie. « Il y a également beaucoup de couples mixtes : ni-Vanuatu/Kanak », fait remarquer une maman « mariée à un Lifou ».
« Des ni-Vanuatu continuent à venir ici pour chercher du travail. Mais l’immigration est de plus en plus difficile. Pour avoir un visa, il faut un permis de travail et justifier d’un niveau de vie correct », raconte une ressortissante. Sur les 5 000 personnes qui composent la communauté, une majorité vit dans le Grand Nouméa, car « c’est là où il y a du travail ». Beaucoup se sont tournés vers les métiers du bâtiment (carreleur, maçon, peintre…), « des métiers assez durs », souligne cette maman, mais où il y a besoin de main-d’oeuvre. « Il y en a encore beaucoup, malheureusement, qui vivent dans des squats », déplore-telle. Parmi les immigrés vanuatais de longue date, certains ne sont jamais rentrés au pays. « Il faut se ressourcer, c’est important pour conserver sa culture, son identité », estime cette maman. Au Vanuatu, une « école de coutume » a vu le jour, afin de perpétuer la tradition. « Je leur ai dit d’aller là-bas, mais ils ne veulent pas. »

 

 

L’anniversaire fêté à Boulari

Le 30 juillet étant un vendredi, le comité organisateur a décidé de reporter les festivités d’une journée, afin qu’elles tombent le week-end. Les 30 ans de l’indépendance seront donc célébrés le samedi 31 juillet et le dimanche 1er août au complexe sportif de Boulari, au Mont-Dore. Les organisateurs promettent une programmation « très chargée ». Des danses traditionnelles, ainsi qu’une messe ouvriront la manifestation. Des plats locaux tels que le tuluk, le lap lap ou le nalote seront proposés au public. Suivis d’un gâteau surprise sur lequel seront soufflées les trente bougies du pays. Près de 1 500 personnes sont attendues par le comité organisateur.

L’autre manifestation

Parallèlement à cette célébration, une autre manifestation se prépare actuellement, sans qu’elle fasse l’unanimité. Il s’agit du projet mené par le comité « Raconte-moi Santo » et dont le but est de revenir sur les différentes étapes historiques de l’île, sans occulter les périodes douloureuses, telles que le départ, de gré ou de force, d’une partie des habitants au moment de l’indépendance. Le comité envisage d’organiser cet événement au mois de septembre. Soit trente ans après que le leader Jimmy Stevens, proche des Français, et son mouvement Nagriamel ont tenté de faire sécession à Santo.



27/07/2010
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