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Tutorat : quand les anciens guident les jeunes

Les Echos.fr, le 10 avril 2012, Jean-Claude Lewandowski


Tutorat, mentorat, parrainage... Le vocabulaire varie, mais le principe reste identique : offrir aux étudiants -et aux jeunes en général - un accompagnement personnalisé assuré par des adultes ou par d'autres jeunes plus expérimentés. Déjà largement répandue dans les grandes écoles, qui ont fait du suivi individualisé des élèves un de leurs atouts concurrentiels, la formule gagne du terrain dans tout l'enseignement supérieur, mais aussi dans les lycées et les collèges.

Cet accompagnement peut revêtir des formes diverses : soutien scolaire, conseil pour l'orientation ou l'insertion professionnelle, appui financier, aide psychologique, ouverture culturelle... Le principe étant, dans tous les cas, d'apporter un suivi sur mesure, en complément de la vie scolaire et du contexte familial.

Certains dispositifs deviennent parfois très sophistiqués. L'ESC Chambéry a ainsi mis en place un suivi à plusieurs niveaux : coaching pour le projet personnel et professionnel, référent expert dans chaque filière, accompagnement par un « responsable d'année », tutorat « entreprise » pendant les périodes de stage ou d'alternance.

A vrai dire, l'idée est loin d'être neuve. Elle était déjà présente chez les Compagnons au Moyen Age et a depuis été reprise pour former de jeunes professionnels dans nombre de métiers manuels. L'apprentissage repose aussi sur le même principe, chaque apprenti étant flanqué d'un « maître », qui le guide aussi bien pour des questions techniques qu'en matière d'emploi. Idem pour les stagiaires en entreprise : chacun d'eux peut se tourner vers un maître de stage, mais aussi vers un enseignant. Même les filières les plus élitistes ont recours à des dispositifs voisins : les participants des MBA, à l'Insead ou à HEC, bénéficient d'un coaching personnalisé.

La formule est aussi à la base de la plupart des mécanismes d'ouverture sociale, du type « Cordées de la réussite » ou « Une grande école, pourquoi pas moi ? ». Les jeunes de milieux défavorisés bénéficient d'un tuteur étudiant qui les conseille, les accompagne lors de sorties culturelles ou de visites de sites, les guide dans leurs études, les remotive...

Mobilisation des entreprises

Aujourd'hui, nombre d'éducateurs voient dans le tutorat un moyen de résoudre les difficultés en tous genres qui touchent les jeunes : accès à l'emploi, problèmes financiers, troubles de santé, délinquance... Notamment parce qu'il permet de leur donner des repères et facilite leur intégration sociale.

Même les entreprises se mobilisent, notamment autour d'actions comme « Nos quartiers ont des talents » ou « Passeport d'avenir », qui compte quelque 700 parrains. Des municipalités s'y mettent aussi. A Pontoise (Val-d'Oise), la mairie a suscité la création de l'association « Un parrain, un par un ». « Il s'agit de tendre la main à des jeunes déscolarisés et de les aider à trouver un ressort positif, tout en évitant l'assistanat », explique Bernard Yon, son président.

Mais cet accompagnement n'est pas seulement bénéfique pour les jeunes. Les tuteurs eux-mêmes en ressortent enrichis et transformés. « Cela leur permet de se sentir utiles et de dépasser la tentation du repli sur soi. La démarche renforce la solidarité entre les cultures et entre les générations », souligne Chantal Dardelet, de l'Essec, qui anime le pôle « Ouverture sociale » à la Conférence des grandes écoles. « Ce type d'initiative responsabilise les étudiants qui s'impliquent », note Florian Favreau, de l'université de Caen-Basse Normandie, où 175 tuteurs-étudiants ont été formés depuis peu pour aider les jeunes des quartiers difficiles et des zones rurales.

Reste à savoir s'il est possible d'étendre encore ces dispositifs, voire de les généraliser. « C'est une excellente solution, mais à condition de professionnaliser la démarche, poursuit Florian Favreau. On ne peut pas confier le tutorat à de purs amateurs. » Car tous les praticiens en conviennent : il est indispensable de former et d'accompagner les tuteurs. Mais le jeu en vaut la chandelle. Chantal Dardelet en est convaincue : « C'est une idée qui peut faire bouger la société. »



11/04/2012
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