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Tuyaux d'étudiants contre la « légende » d'égalité des chances

Par Sophie Verney-Caillat | Rue89 | 26/08/2010 | 13H43

« Un Nutella par-ci, une petite bière par-là. » Nos riverains font le (mince) porte-monnaie de leur rentrée universitaire.

Un soupçon d'aide au logement (APL), une lichette de petits boulots et une bonne dose d'aide parentale, voici la recette lambda du porte-monnaie de l'étudiant, selon les témoignages déposés sous notre article sur le coût de la rentrée universitaire. Avoir une bourse ne suffit pas toujours, le mieux étant souvent un salaire d'apprenti. Revue des meilleurs tuyaux de nos riverains pour bien gérer son porte-monnaie.

Le gouvernement vient de renoncer à interdire le cumul de la demi-part fiscale et des aides au logement étudiant, ce qui soulagera les jeunes concernés, très attachés à cette aide, qui représente souvent 20% de leurs revenus.

Très serré, le budget de l'étudiant a besoin d'aides exceptionnelles pour faire face à la rentrée, à son inscription à la fac, à la sécu (sauf pour les boursiers échelon zéro), à ses achats de bouquins et de meubles… Sans parler de la caution pour louer l'appartement, car les dispositifs d'avance d'argent comme Loca-Pass ne sont pas généralisés.

Le budget sorties, compliqué à chiffrer, est à géométrie variable. « Plus la ville est petite, moins le budget “sorties” flambe… », remarque notre riveraine Solstice, maman de deux étudiants. Etmamoney dit pourtant se débrouiller avec 30 euros par mois pour « beaucoup de sorties ».

Certains arrivent à épargner pour les vacances -50 euros par mois en général-, mais beaucoup se disent souvent à découvert.

Ni misérabilistes, ni chouineurs, nos riverains étudiants sont très reconnaissants vis-à-vis de leurs parents et se bougent souvent pour améliorer leur pouvoir d'achat. Ils regrettent juste les « effets de seuil » des bourses qui excluent parfois de peu, parce qu'un frère sort du lycée ou que les parents sont divorcés…

Pragmatiques, ils savent trouver des formations rémunérées. Habitués à recevoir des aides au logement, ils les considèrent comme un dû, à cause du déficit chronique de logements étudiants.

« Je suis non-boursière car mes parents sont divorcés »

LuC_y, en master 2, vit à Lille et paye 310 euros de loyer en colocation -électricité et eau incluse. Elle est l'exemple qu'en province, se loger est bien moins problématique qu'à Paris -où le loyer est rarement en deçà de 500 euros :

« Mes parents me donnent 800 euros par mois. Je suis plutôt privilégiée dans la mesure où ils peuvent me financer grâce à la retraite militaire de mon père.

Le seul problème est lorsque l'on a des surprises qui deviennent ingérables : EDF qui vous sort 400 euros de plus sur une facture sortie d'une boîte magique ou un re-calcul de la taxe d'habitation… »

Lu-cie, étudiante de deuxième année en Lettres modernes, vit avec 570 euros par mois, ce qui est dans la fourchette très basse du système de bourse. Elle y signale une petite absurdité  :

« Je suis non-boursière car mes parents sont divorcés et que le jugement de divorce mentionne, dans la case “mode de garde”, “garde alternée”. Cela signifie que le revenu des parents, et celui de leur époux en cas de remariage, sont pris en compte. Il y a donc trois revenus de comptabilisés sur mon dossier Crous. »

Irfan, 21 ans, boursier échelon zéro, entre à Sciences-Po Paris. Logé chez ses parents, il économise le loyer, mais pas la fatigue d'une heure de RER :

« Mon plus grand poste de dépenses doit être celui des cadeaux. Je mange pour 5 euros chaque jour -hors café si je n'emporte pas mon thermos-, et je me fais des paniers repas chez moi quand j'ai le temps. Mes parents me donnent 150 euros chaque mois et m'offrent souvent la moitié de mes livres.

J'ai travaillé chaque été après mon bac sauf cette année, car j'avais mis suffisamment d'argent de côté (2200 euros gagnés l'an dernier) et que je voulais enfin des vacances complètes.

J'ai aussi donné 2 heures de cours par semaine au deuxième semestre cette année, payés 25 euros de l'heure, à dix minutes de Sciences-Po ; j'essayerai de renouveler l'expérience cette année si j'ai le temps. »

« Mes loisirs consistent à me balader dans la rue »

Cutily, 23 ans, en master de droit à Paris, bosse comme hôtesse, ce qui lui permet de « choisir les jours où [elle] peut travailler ». Mais, à cause de la charge de travail que lui impose ses études, elle « arrive seulement à [se] faire entre 100 et 250 euros par mois » :

« Inutile de dire que mes loisirs consistent à me balader dans la rue ou à surfer sur Internet. »

Celiadh nous rappelle qu'un petit boulot chez McDo, et l'argent offert par la famille aux anniversaire et à Noël, autorisent des « extras ». Mais les stages rémunérés ont parfois des effets pervers :

« Je vais faire un stage en entreprise pour lequel je vais toucher une gratification de 500 euros par mois. Mais pendant les mois où je toucherai un salaire, mes parents ne me donneront rien, car ma sœur aussi poursuit ses études. »

« L'apprentissage, c'est le top »

Lenainbleu nous explique qu'un bon salaire d'apprenti -1 690 euros- et des APL -200 euros- ne suffisent pas toujours :

« L'apprentissage paie l'école (16 000 euros) et tout le reste (cotisation Assedic et retraite). Malgré tout, [il faut rembourser] 10 000 euros d'emprunt pour payer la première année et l'installation (caution, meubles etc). »

Mamansousou, apprentie en master 2 en marketing à Paris, a quelques sages conseils à distiller,. Ecoutons-la :

« Ne fumez pas = grosses économies.
Pour le logement, soit la province, soit la coloc en banlieue.
L'apprentissage, c'est le top. Crevant, mais pas plus que le petit boulot. L'alternance, c'est beaucoup plus valable aussi bien pour l'expérience que pour le rythme. »

Peonazerty, en DUT et en coloc à Paris, se sent « privilégié » et remarque que, comme lui disent ses parents :

« Ça leur reviendrait au même si j'étais dans le privé et chez eux ! »

« L'égalité des chances n'est qu'une légende en France »

Dylandeshaye, en formation technico-commerciale, dit regretter d'avoir choisi une formation privée à 5 500 euros l'année, car il a dû contracter un emprunt de 26 000 euros pour les trois ans d'école. Et les boulots d'été, même lorsqu'ils sont bien payés, ne couvrent pas les besoins. Il subsiste avec 570 euros par mois et estime :

« L'égalité des chances n'est qu'une légende en France et avec la baisse des aides, cumulées à l'augmentation des charges, le fossé va encore s'agrandir. »

Thomas, en alternance en BTS à Paris, estime qu'« il y a moyen de s'en sortir », il faut juste jouer « malin » et, avec son salaire mensuel de 780 euros, il parvient à économiser 1 000 euros par an.

« Mon PC portable me suffit à prendre tous mes cours de façon illimitée. Ma calculatrice ne me servant à rien, je l'ai revendu 100 euros. »

« Un Nutella par-ci, une petite bière par-là »

Pour clore cette revue des commentaires d'un échantillon non-représentatif, écoutons VinceDeg qui estime que les riverains ont « pas mal de dépenses sous-évaluées » :

« Les étudiants ici parlent du minimum qu'ils visent, ils oublient les dépenses extraordinaires ou le fait que le plus souvent, ils dépassent ce budget. Un Nutella par-ci, une petite bière par-là, notamment à apporter à une soirée, le coiffeur… et on se retrouve facilement à avoir plus de dépenses que prévu. »

Comme il dit, il ne faudrait quand même pas que l'on croit que « tous les étudiants de Rue89 restent dans leur petite piaule étudiante les douze mois de l'année, [et que] quand ils n'étudient pas, ils bossent. »

Mis à jour le 26/8 à 15h25 après l'annonce de l'Elysée sur les aides au logement.



27/08/2010
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