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Un diplôme universitaire des langues océaniennes

Les Nouvelles Calédoniennes. Publié le mardi 22 novembre 2011 à 03H00

La seconde promotion du Diplôme universitaire des langues et cultures océaniennes fait sa rentrée. Trente-deux enseignants ont un an pour apprendre à mieux transmettre les langues kanak. Un moyen de lutter contre le décrochage scolaire.
 

Cinq formateurs linguistes et universitaires, une semaine de cours intensifs avant la fin de l’année, quatre autres en 2012, plus un mémoire à soutenir devant le grand jury en 2013 ; voici ce qui attend les trente-deux enseignants qui souhaitent décrocher le Diplôme universitaire langues et cultures océaniennes et apprentissage (DU LCOA). Ils viennent des trois provinces ( « majoritairement du Nord », selon la formatrice
Séraphine Wacalie) et devraient « participer à la défense de la langue sur le terrain ».
Ces enseignants constituent la seconde promotion à suivre le DU, lancé par L’Association pour la promotion pédagogique et professionnelle des enseignements privés (Apep) *. Cette année, la formation bénéficie aussi du soutien de la province Nord.

Pacifique. Au programme : linguistique, grammaire des langues kanak, faits culturels et humains mais aussi histoire ou géographie. « La culture calédonienne est multiple et nous l’appréhendons dans toute sa diversité, souligne Séraphine Wacalie. Voilà pourquoi notre DU est la première formation qui ne favorise aucune langue et s’adresse à toutes les cultures du Pacifique Sud. »
Voilà également pourquoi ce diplôme est ouvert à tous les enseignants intéressés et qu’André Jean, à la tête de la Direction de l’enseignement catholique (DEC), « regrette que, cette année encore, il n’y ait pas d’Européens parmi les postulants ».
L’an dernier, seulement treize étudiants étaient allés jusqu’au bout du cursus, parmi lesquels dix avaient validé leur mémoire. « C’est un cursus très intense, souligne Séraphine Wacalie. Il ne faut pas oublier que nos étudiants sont aussi professeurs. »
Alors cette fois-ci, pas question de laisser l’occasion aux postulants « de sauter du bateau », comme l’a souligné Albert Hmuzo de l’Alliance scolaire (Asee). « Nous devons amener tout le monde au bout du voyage pour faire évoluer les mentalités et même faire adhérer les parents. » Chaque mois, lors du conseil d’administration de l’Apep, ses formateurs feront le point sur les avancées de chaque étudiant et « les encourageront à ne pas baisser les bras ».

Pression. « L’apprentissage des langues kanak n’est pas une condition absolue à la réussite scolaire, mais il peut réduire la fracture entre l’environnement familial et l’école où l’on ne parle que le français, explique Séraphine Wacalie. Grâce à la valorisation de sa langue, l’enfant se sentira mieux dans sa peau, sera plus ouvert à l’apprentissage. »
Hier, lors de la présentation du cursus à la DEC, les professeurs présents ont bien ressenti une énorme pression, proportionnelle au grand nombre de « bon courage » lancé par leurs formateurs et encadrants. Parmi eux, Marie-Armelle Digoué, enseignante à la tribu d’Unia, qui a « toujours abordé oralement le djubea-kapone » avec ses CP. Dorénavant l’institutrice pourra s’appuyer sur des ouvrages et une méthode proposée par ses professeurs linguistes. « Beaucoup de mes collègues sont étrangers, avoue la jeune femme. Pour pérenniser ma langue, je ne peux compter que sur moi-même. Je dois donner l’exemple. » En apprenant à mieux « transmettre
les langues kanak », Marie-
Armelle espère « perpétuer sa culture. Le chant, les comptines c’est bien, mais il devenait urgent d’avoir des outils concrets alors que le nombre de jeunes parlant djubea diminue chaque année. »

* L’Apep finance le projet de quelque 5 millions de francs grâce aux subventions annuelles de l’Etat.



22/11/2011
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