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Un pays plus inégalitaire, plus peuplé mais plutôt heureux

L’état démographique et sociétal de la France, à travers le rapport annuel de l’Insee.

 

Par CHRISTOPHE ALIX


Au Secours populaire de Saint-Eloy-les-Mines, en 2009. Les 20% des Français les moins riches ont vu leur niveau de vie amputé de 400 euros entre 1990 et 2010. (Thierry Zoccolan.AFP)

C'est un classique. Chaque année, l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) tire le portrait social de la France, à travers les évolutions en matière de démographie, d'éducation et de niveaux de vie. Zoom sur les éléments saillants du cru 2011.

 

 

Une correction des inégalités par l'Etat-providence légèrement moindre qu'il y a vingt ans.

Les disparités de revenus restent élevées. Elles s'expliquent en premier lieu par les différences de durée d'emploi annuelle d'un salarié à l'autre. Cette durée compte pour 84% dans les écarts de salaires, dont la moyenne hexagonale s'établissait à 19 300 euros annuels en 2009. Autre enseignement, le revenu salarial a progressé en moyenne de 0,8% par an sur la période 1995-2009.

La part détenue par les 1% de salariés les mieux rémunérés (à partir de 79 057 euros annuels) représentait, en 2009, 7,3 fois le revenu salarial médian et a globalement augmenté depuis 1995. Mais elle a connu une baisse sensible en 2008 et 2009 (-3,7%). La cause ? La part variable de la rémunération, qui est sensiblement plus élevée chez les très hauts salaires, a diminué depuis le déclenchement de la crise.

L'aspect le plus novateur du travail de l'Insee porte sur la réduction des inégalités par l'intervention de l'Etat, en comparant la situation de 1990 et celle de 2009. Alors que les prélèvements ont largement évolué entre ces deux dates, de même que la nature et le montant des prestations sociales, les effets correctifs de cette redistribution des revenus par l'Etat-providence n'ont été qu'assez légèrement modifiés.

Les 20% des Français les moins riches ont vu leur niveau de vie amputé de 400 euros entre 1990 et 2010. Les 20% les plus riches ont enregistré un gain de 680 euros. Pour les premiers, l'érosion des prestations s'explique par leur indexation sur l'inflation, modérée durant les vingt années observées et progressant moins vite que les revenus moyens de la population. Pour les seconds, malgré la création de la CSG à la fin des années 1980, qui a en partie compensé la forte baisse de l'impôt sur le revenu, le niveau de vie a profité du mouvement général de diminution de leur imposition directe. Au final, la réduction des inégalités en France passe bien davantage par les prestations sociales (pour les deux tiers) que par l'impôt. Sans cette redistribution, l'écart de revenus entre les 20% des Français les plus riches et les 20% les plus pauvres serait deux fois plus élevé.

 

Une démographie plus dynamique que celle de nos voisins. Entre 1981 et 2011, la population française est passée de 55 à 65 millions d'habitants. Si la fécondité explique largement les écarts avec l'Allemagne (+3 millions) et l'Italie (+4 millions), elle ne peut être considérée comme le moteur de la croissance démographique. Ses trois principaux facteurs sont la hausse de l'espérance de vie (+7 ans sur la période et +3,1 millions de personnes sur trente ans), les migrations (+3 millions) et l'héritage du baby-boom (+5 millions).

En trente ans, la France a connu deux millions de décès de moins que le Royaume-Uni et un million de naissances de plus. En 2008, 8,4% des personnes vivant en France étaient des immigrés, soit 5,3 millions. 20% des immigrés vivent depuis quarante ans en France au moins. 30% sont arrivés il y a moins de dix ans. En 2010 comme en 1980, 16% des nouveau-nés ont une mère immigrée.

 

Une augmentation depuis dix ans des élèves en difficulté avec l'écrit. Depuis dix ans, la proportion d'élèves en difficulté face à l'écrit augmente avec près d'un élève sur cinq concerné en début de collège. Le niveau de compréhension de l'écrit des élèves «moyens» est stable mais les difficultés des plus faibles s'aggravent, notamment dans les zones d'éducation prioritaire. L'écart de niveau entre filles et garçons s'accroît dans tous les pays de l'OCDE. Les difficultés des élèves en France sont plus corrélées avec le milieu social que dans le reste de l'OCDE.

 

Les Français restent satisfaits de leur qualité de vie. Ils lui attribuent la note moyenne de 7,3 sur une échelle de un à dix mise en place dans le cadre de la nouvelle approche plus qualitative (rapport Stieglitz) de la croissance. La satisfaction grimpe avec le revenu mais plus il est élevé, plus d'autres éléments interviennent. L'argent ne fait pas le bonheur... à condition d'être riche.



16/11/2011
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