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«Un seul drapeau maintenant, ce serait remettre en cause l’identité kanak»

 

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Spécialiste de l’histoire de l’Océanie, Jean-Marc Regnault, basé à Papeete, considère qu’après la proposition de Pierre Frogier sur les drapeaux, « une évolution inéluctable » se produit en Nouvelle-Calédonie. Un seul étendard aurait été une solution, si la décision avait été prise au début des années 2000.

 

  • Les Nouvelles calédoniennes :` La Polynésie française dispose, depuis 1984, d’un drapeau propre au territoire. Les histoires sont bien entendu différentes, mais comment expliquez-vous cette difficulté en Nouvelle- Calédonie d’enfanter un étendard commun ?

Jean-Marc Regnault : Je crois qu’en Nouvelle-Calédonie, l’histoire s’est un peu crispée. Il y avait ceux qui étaient attachés au drapeau français, avec peut-être un problème sous-jacent : que signifiait pour eux ce drapeau ? Je pense qu’ici, toute une frange de la population mettait, pendant un moment, bien en avant l’emblème de la République, mais surtout pas sa devise. Car cela l’aurait obligée à partager.
De l’autre côté, les indépendantistes, compte tenu de l’histoire, voyaient dans le drapeau français son aspect négatif : la colonisation. Bref, les mentalités étaient figées.
En Polynésie, des ambiguïtés sont aussi relevées. Mais même ceux qui étaient attachés au drapeau français, se reconnaissaient une identité polynésienne, et souhaitaient un deuxième étendard. Et presque tous voulaient aller au-delà du drapeau tricolore pour exprimer leurs racines. Ce qui pouvait poser problème, c’était le type de drapeau. Les autonomistes ont imposé le drapeau actuel. Les indépendantistes en auraient voulu un autre, celui de leur parti. Finalement, une sorte de consensus s’est établie.

  • Et comment ?

Aux deux bandes rouges et une blanche, voulues par les autonomistes dès 1970, ont été ajoutés en 1984 les symboles de la pirogue et des cinq archipels. Tout le monde pouvait se reconnaître derrière ces signes. Les indépendantistes qui y ont été un peu opposés, ont fini par l’admettre. Et surtout à admettre qu’il y avait quelque chose d’autre à faire que de polémiquer làdessus.

  • La réflexion n’a-t-elle pas été lancée, ici, trop tardivement ?

Louis-José Barbançon l’a signalé, si ce débat avait eu lieu peu après l’accord de Nouméa, sans doute aurait-on abouti à un drapeau commun. Cela a tardé pour différentes raisons. Et comme cela tardait, le risque de créer de nouveaux clivages s’épaississait. Et Pierre Frogier a eu l’habileté politique de faire une proposition. Il y a en effet des évolutions inéluctables, comme disait le Général de Gaulle. À un moment donné, il faut prendre en marche le train de l’histoire.

  • Pensez-vous, comme certains politiques, que ces deux drapeaux, tricolore et kanak, ne redescendront plus ?

Si l’on décide d’un seul drapeau, alors que deux autres, tricolore et kanak, flottaient, cela signifie : que l’on n’est plus tout à fait français, mais aussi que l’on n’est plus tout à fait kanak. Toute tentative de créer, dans l’immédiat, un drapeau commun, serait vue en quelque sorte comme un retour en arrière : un seul drapeau maintenant, ce serait remettre en cause l’identité kanak. C’est évident. Ce n’est pas le cagou qui fait l’identité kanak. Bref, on se retrouve maintenant dans une impasse : si on veut faire autre chose que ce qui vient d’être fait, on va immédiatement ressusciter des rancoeurs, des oppositions, qui apparemment n’existent plus. Donc c’est aller, finalement, contre cette évolution des esprits qui a permis le lever des deux drapeaux.

 

 

L’équipe de Tahiti choquée

La Polynésie française a défini des signes identitaires, drapeau et hymne, depuis longtemps. Ce qui n’est pas le cas de la Nouvelle-Calédonie. Et cette situation a visiblement fait sourire au fenua. Car « il y a peu de temps, se rappelle l’historien Jean- Marc Regnault basé à Papeete, l’équipe calédonienne de football était à Tahiti. Et les Tahitiens ont été choqués que, pour les Calédoniens, ce soit La Marseillaise qui soit chantée ». Étonnés, ces jeunes sportifs du pays cousin, « parce qu’ils ont trouvé que c’était « exotique ». En Polynésie, il faut absolument l’hymne tahitien. Qui a été d’ailleurs adopté aussi par les indépendantistes dans les meetings ».

 

 



10/05/2011
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