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Une catastrophe sucrée dans les veines

Le fléau promet d’être catastrophique. Durant les prochains jours, des opérations de détection du diabète et de sensibilisation sont programmées à Nouméa et à Lifou. Nul mystère, la règle : une bonne hygiène de vie, chaque jour.

Yann Mainguet, les Nouvelles Calédoniennes (12/11/09)

 

Chaque année, tous les voyants virent au rouge. Événement officiel des Nations unies, la Journée mondiale du diabète, le 14 novembre, est un temps fort pour souligner une urgence, sur la planète comme sur le territoire. Caractérisé par un excès de sucre - le glucose - dans le sang, le diabète est « une maladie grave et incurable mais, dans une grande majorité des cas, évitable », indique le Centre d’éducation diabétique et diététique, rue Engler. De Nouméa à Bélep en passant par Lifou, la situation est alarmante. « On estime entre 15 000 et 20 000 le nombre de personnes diabétiques en Nouvelle-Calédonie, soit une prévalence qui oscille entre 8,4 % et 15,3 % selon les zones géographiques et les ethnies : Européens et Mélanésiens, 8,4 % ; Polynésiens, 15,3 % », regrette Philippe Dunoyer, chargé de la santé au gouvernement. À titre de comparaison, le taux n’est que de 3 % en Métropole, dans cette même classe d’âge comprise entre les 30 et 60 ans. Problème, ici, « plus de la moitié (de ces Calédoniens touchés) seraient dans l’ignorance de leur état ».

Pour les médecins, l’accélération de l’occidentali­sation des modes de vie, la sédentarité grandissante des populations calédoniennes et la présence d’une forte communauté polynésienne aux facteurs génétiques prédisposants expliquent cette différence avec la configuration dans l’Hexagone. Et cet écart a un coût sensible, selon le gouvernement : en 2008, la Cafat a déboursé 5,3 milliards de francs pour 8 941 diabétiques. Ou encore, la dépense moyenne annuelle, hors Evasan et hors hospitalisation, par malade de type 2 sans complication était de 450 000 F.

 

« Une maladie grave et incurable mais, dans une grande majorité des cas, évitable »
Une nouvelle fois, à l’occasion de la Journée mondiale, des opérations de sensibilisation et de détection ont été et sont en place ce mois-ci. Une règle centrale : l’hygiène de vie. Demain, jeudi, le Centre d’éducation diabétique et diététique (CEDD), célébrant d’ailleurs cette année ses dix ans, ouvre ses portes de 8 heures à 17 heures. Le lendemain, le dispensaire de Lifou s’inscrira dans la démarche. Puis, samedi, le 14 novembre, une action spécifique, soutenue par l’Association des diabétiques, prendra place au marché de Nouméa. Le diabète, voilà « un gros problème de santé publique », note Philippe Dunoyer, par ailleurs président du conseil d’administration de l’Agence sanitaire. L’effort se veut alors appuyé. « Des fonds supplémentaires dédiés à la prévention » - somme se comptant en centaine de millions de francs, semble-t-il - seront débloqués « en début d’année prochaine ». Mesure nouvelle, un budget pourrait être alloué au Comité territorial olympique et sportif de Nouvelle-Calédonie, le CTOS, afin de prendre en charge la mise à disposition d’un médecin qui délivrera gratuitement les certificats médicaux nécessaires à la pratique sportive pour les enfants. Des jeunes face à un risque : 20 % des petits de plus de 9 ans présentent des signes de surcharge pondérale ou sont obèses. D’autres pistes, plus délicates, sont évoquées, telles la taxation des produits sucrés et gras ou encore la distribution de boissons saines le matin dans les écoles... Un combat sur le long terme.

 

Le chiffre : 15

Le diabète est responsable en moyenne d’un raccourcissement de l’espérance de vie de quinze ans chez l’homme et de neuf ans chez la femme.

 

« L’effectif des diabétiques va doubler »   

Questions à... Dominique Mégraoua, médecin référent du Centre d’éducation diabétique et diététique.

 

Les Nouvelles calédoniennes : Quelle est l’ampleur de la pathologie ?

Dominique Mégraoua : On parle d’un tsunami : 10 % de la population adulte est touchée. Mais ce n’est rien, puisque nous savons que les chiffres vont doubler en trente ans. S’occuper du diabète une fois que la maladie est installée, que les complications sont là, c’est presque trop tard. Il est important de dépister les nouveaux diabétiques au moment où ils ne sont pas encore dans une situation délicate du point de vue de leur santé. Et surtout, d’éviter aux personnes non diabétiques de le devenir, ces personnes en surpoids, obèses, ou qui ont des diabétiques dans leur famille.

Tout le problème est là : pendant très longtemps, il n’y a pas de symptômes. Une fois sur deux, quand on découvre le diabète, il y a déjà une complication chronique.

 

Dans le classement mondial des régions à diabète, où se situe la Nouvelle-Calédonie ?

Dans le peloton de tête. Il y a, à la fois, des facteurs génétiques et environnementaux. Les choses sont allées très vite ici, les gens ont perdu leurs repères - manger équilibré, bouger quotidiennement..., nous avons vu l’explosion de cette pathologie.

 

Quelle peut être l’évolution du coût du traitement ?

Comme dans tous les domaines de la médecine, les techniques évoluent, les coûts augmentent, les nouveaux médicaments coûtent cher... Et cela, au-delà du fait que l’effectif des diabétiques va doubler. Nous allons alors devoir faire face à une véritable explosion des coûts, et cela pourrait mettre les caisses à genoux.



12/11/2009
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