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Wallis s’enfonce dans la crise

Jeu 22 Juil 2010 |08:35, Les Nouvelles Calédoniennes


Trois jours après le coup de force coutumier contre EEWF, les 13 000 habitants de Wallis sont toujours privés d’eau et d’électricité. Une table ronde doit avoir lieu ce matin à la préfecture, en présence des fidèles du roi et des élus de l’assemblée territoriale. Mais sans aucun représentant de l’entreprise, qui appelle à une réunion «en terrain neutre».

Depuis mardi matin, les habitants de Wallis doivent composer sans eau ni électricité. Trois jours après leur coup de force, les partisans du roi occupent toujours les installations de l’entreprise EEWF (Eau et électricité de Wallis-et-Futuna), dont ils ont déclaré avoir « pris le contrôle ». En l’absence de techniciens, personne n’est en mesure de réparer la panne du système électrique, dont l’origine reste inconnue, et qui empêche toute distribution d’eau.

Ce midi, une dizaine de dialysés ont été transférés sur Nouméa

« La population est très pénalisée. Il pleut beaucoup en cemoment, les gens récupèrent l’eau de pluie, témoigne Thierry Bonnet, secrétaire général de la préfecture. Notre problème crucial concerne l’approvisionnement en eau de l’hôpital. Il a fallu pomper de l’eau dans un lac de cratère et faire un branchement spécial pour les opérations de stérilisation. Cemidi, une dizaine de dialysés ont été transférés sur Nouméa. Si cela dure, nous pourrions être amenés à multiplier les évacuations sanitaires. » Hier, il n’était plus possible de retirer de l’argent dans l’unique distributeur de l’île. Les habitants se ruaient vers la seule station à essence de l’île à disposer d’un groupe électrogène. Il semblerait également qu’hier, le cargo chargé tous les mois de ravitailler l’île en denrées ait préféré faire demi-tour. « Un volmilitaire partira demain (aujourd’hui) en urgence pour apporter des médicaments », indique la préfecture. « La tension et l’exaspération montent dans une grande partie de la population, qui est forcément spectatrice dans cette affaire », note le secrétaire général.
Les habitants font le plein de bougies et de gaz. Beaucoup se sentent « pris en otage » et en appellent à la responsabilité de l’Etat et des élus de leur assemblée. « On ne sait plus qui fait quoi. C’est la faute de nos dirigeants », réagissait hier un Wallisien sur les ondes de RFO. Les élus doivent justement participer, ce matin à 9 heures (heure de Wallis), à une table ronde organisée par le préfet, en présence des occupants d’EEWF et de leurs soutiens coutumiers.
De son côté, la société, filiale d’EEC, a refusé d’envoyer un de ses représentants à cette réunion, estimant que sa sécurité ne serait pas assurée (lire par ailleurs). Une absence que « regrette » la préfecture. Les participants à la table ronde chercheront à « confronter les points de vue et trouver une solution, car la situation ne peut pas durer éternellement », affirme Thierry Bonnet. Deux questions se posent : d’une part celle du rétablissement rapide du courant pour la population, d’autre part celle de l’avenir de la société EEWF, dont les contrats de distribution d’eau et d’électricité lui avaient été concédés par l’assemblée wallisienne.
Le coup de force de lundi est survenu après trois mois d’un conflit social enlisé, suite au licenciement pour faute de Guillaume Manga, employé d’EEWF. Ce cadre « expatrié » a ensuite reçu le soutien des coutumiers de la chefferie de Matu-Utu et du roi d’Uvea, qui ont ordonné le blocage puis la confiscation d’EEWF, estimant que le consommateur wallisien a été « spolié durant des années ».
Un référé ordonnant l’expulsion du site court depuis le 15 avril, mais la préfecture a préféré ne pas recourir à la force jusqu’ici. « Oui, la situation est contraire au droit, c’est évident. Mais nous voulons éviter l’affrontement. L’utilisation de la force publique doit être mise en parallèle avec le risque de trouble à l’ordre public », justifie le secrétaire général de la préfecture. Et de rejeter la responsabilité sur l’entreprise : « Il s’agit d’un conflit social classique, qu’il appartenait à la société de régler. Elle ne l’a pas fait. »

Texte : Sylvain Amiotte
Photos : Archives LNC

 

Questions à…Yves Morault, directeur d’EEC et administrateur d’EEWF

FDJ_wallisMORAULT_NB« Une réunion en terrain neutre »

« Eberluée » par la situation et s’estimant menacée, la direction d’EEWF n’a pas accepté la table ronde du préfet de Wallis. Elle considère aujourd’hui que la balle est dans le camp de l’assemblée wallisienne et de l’Etat. Entretien avec Yves Morault, directeur général délégué d’EEC et administrateur d’EEWF, basé à Nouméa.

  • Les Nouvelles calédoniennes : Pourquoi ne participerez-vous pas à la table ronde organisée par le préfet ?

Yves Morault : Parce que notre sécurité physique n’est pas assurée. Déjà, nous n’avons plus aucun représentant à Wallis, puisque notre directeur et notre responsable de production sont à Nouméa depuis lundi, après avoir été agressés là-bas. Cela fait quatre mois qu’on est menacés et agressés. Et cela fait deux jours qu’il n’y a pas d’eau ni d’électricité à Wallis. La tension est à son comble et on nous demande d’envoyer un seul émissaire face à 90 Wallisiens ? Je suis éberlué d’une telle proposition, façon tribunal populaire. C’est un scénario de film. On est en dehors du temps. Notre personnel non gréviste subit actuellement des pressions énormes des coutumiers pour aller réparer la centrale. En France, nation des droits de l’Homme, on ne peut pas justifier l’injustifiable.

  • Que proposez-vous pour sortir de l’impasse ?

Nous avons proposé au préfet une réunion en terrain neutre, à Nouméa ou à Fidji, avec une représentation équilibrée de part et d’autre. Il est hors de question de discuter avec ceux qui ont volé la société. Nous acceptons la chefferie et le roi, en tant qu’autorité coutumière incontournable, mais pas en tant qu’ordonnateur d’un acte de vol en bande organisée, dont est victime la population entière. Aujourd’hui, je considère que le contrat de concession qui nous lie au territoire (actionnaire d’EEWF à 33 %) n’existe plus, car nous ne pouvons plus exercer le service public contractuel. La centrale n’est plus à nous, on nous l’a volée. La justice tranchera. En attendant, on ne contrôle plus la situation. Nous sommes d’accord pour étudier la suite avec le territoire, l’Etat et le roi. Mais s’il faut signer un contrat avec les coutumiers, on pliera nos affaires et on s’en ira.

  • Quid de la panne actuelle de la centrale ?

Nous n’avons plus la main sur l’outil. Nous avons dit au préfet que s’il libérait la société, nous ferions le maximum pour rétablir l’électricité. A Nouméa, nous avons travaillé toute la journée sur différents scénarios techniques, mais on ne connaît pas l’origine de l’avarie.

  • Les élus locaux vous soutiennent-ils ?

Oui, ils ont la même position que nous. Le vice-président de l’assemblée a clairement dit que les coutumiers étaient des voleurs.

  • Comment ce conflit a-t-il pu en arriver là ?

Je l’ignore. Le conflit a commencé avec le licenciement d’un de nos cadres, d’origine camerounaise et pas wallisienne comme certains l’ont dit. Il a dû leur raconter n’importe quoi. Ce qui est étonnant, c’est qu’il a été licencié en février mais que la grève a commencé en avril.

  • La préfecture sous-entend que vous n’avez pas su gérer cette crise…

Chacun devra assumer ses responsabilités le temps venu. Je constate qu’aucun recours devant le tribunal du travail de Wallis n’a été déposé suite au licenciement. Durant trois mois et demi, ils ont bloqué en partie l’accès au site et nous avons assuré un service minimum sans respecter les règles de sécurité. Nous sommes allés au bout du bout et voilà où ça nous mène !

  • Que pensez-vous de cette “prise de contrôle” par le roi et ses fidèles, qui mettent en avant votre « politique de tarifs prohibitifs » ?

Je n’en pense rien. Ce qui est vraiment en jeu, c’est de nous imposer des emplois fictifs et un loyer exorbitant. Vous savez, la société gagne entre 12 et 15 millions par an. Ce n’est pas la poule aux oeufs d’or qu’ils décrivent. Nous utilisons à Wallis le même gasoil que celui des voitures, mais il est plus taxé que l’autre. En Calédonie, il est détaxé. L’entreprise a bon dos. Il y a trois ans, ils ont fait la même chose avec une société d’importation.

 



27/07/2010
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