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Avez-vous déjà été confronté au bizutage ?

"Des pratiques humiliantes"

J'ai été humilié il y a quatre ans et j'arrive toujours pas à l'excuser, par Arthur

Cela fait déjà quatre ans je suis en école – dont je tairai le nom – d'agro. On m'a forcé à mettre la main dans la bouse de vache pour commencer, ensuite cela a été de plus en plus humiliant, les 4e "s'occupant de mon cas" m'ont forcé à nettoyer des excréments qui venaient d'eux-mêmes. La semaine d'accueil s'est transformée en horreur, alors que la première soirée s'était passée super bien. J'espère que la loi sera mieux appliquée et je ferai tout pour, même si aujourd'hui je suis timide. 

Ça fait peur de se dire que c'est les médecins de demain !!!, par Dégoût de la fac de médecine

Je suis stupéfait, scandalisé quant à cet étonnement soudain de la presse et du grand public en ce qui concerne le bizutage à la fac !!!!! Je suis amiénois, j'ai été moi-même étudiant en médecine à la faculté d'Amiens il y a deux ans. J'ai vu, vécu et subi cette ambiance de bizutage, et ce que j'entends sur RTL et ce que je lis sur Le Monde.fr n'est vraiment pas grand-chose par rapport à la réalité du bizutage ! Les profs voient tout mais ne disent rien, et vous pouvez faire un sondage à la sortie de cours des 1re année... tout le monde vous répondra la même chose !

 

Le bizutage, c'est un état d'esprit imposé. On aime, on adhère ; on n'aime pas, on subit ! C'est du matin au soir : ça commence à 6 h 30 devant l'amphi à se bousculer pour avoir des places (1 050 inscrits pour 800 places), c'est des "carrés" (les redoublants) qui réservent des rangées entières pour leurs amis les "carrés". C'est des chansons paillardes incessantes à chaque début, de pause ou de fin de cours. Pendant les cours, c'est des insultes à tout-va des "carrés" allant aux "bizuts" (1re année), des vols de cours quand un bizut se retourne, des jets de boules de papier,de bouteilles en plastique, ou de canettes venant du fond de l'amphi. Du bruit autant que possible par les "carrés" pour que les 1re n'entendent pas ou peu les cours, autant de formes de pression pour démotiver les "bizuts" et permettre aux "carrés" d'avoir plus de chances de réussir le concours.

On ne parlera pas de la "danse du limousin", où un étudiant désigné au hasard dans l'amphi est tiré de force pour être déshabillé sur le bureau du prof devant tous les élèves et parfois les profs !!! OUI, devant les profs !!!! L'élection de Miss PO (Pute Officielle), où un certain nombre de filles ont des gages à connotation sexuelle... comme sucer une banane, mettre un préservatif sur la banane, faire des positions du kamasutra... Et pour finir, il y a ces fameuses photocopies que de temps en temps les profs distribuent, où les "carrés" arrachent le maximum de feuilles juste pour que les "bizuts" n'en aient pas ! Et pour finir, il y a ces fameuses soirées "zinzin médecine" où en effet ils se comportent comme des zinzins pour que les pompiers récupèrent des coma éthyliques. (...) Quand on voit le comportement de certains élèves, croyez-moi, ça fait peur de se dire que c'est les médecins de demain !!!

 

Des bienfaits de la résistance quand on est confronté au bizutage, par Jacques-Hervé Couët

J'ai personnellement vu de près l'un des bizutages les plus violents pratiqués en France. C'était il y a cinquante ans ! Mais j'avais résisté et cette résistance m'avait beaucoup appris. Devenu "ancien", j'avais passé mon temps à dénaturer ce bizutage en ridiculisant mes coreligionnaires tortionnaires (anciennes victimes) qui se vengeaient sur leurs cadets ! Leur dire simplement "Il y a deux ans, tu pleurais comme une Madeleine et aujourd'hui, tu fais le bravache !", ça les calmait instantanément...

 

Le bizutage forcé, ça existe, par Thibaut Queval

J'étais, il y a deux ans, étudiant à l'antenne universitaire Jules-Verne de Beauvais. L'un de mes amis m'a proposé de les accompagner à une soirée "Médecine" au tout début du premier semestre, à Amiens. J'ai accepté, et j'y suis allé. L'alcool coule à flots (la bière entre autres...), des gens vomissent, certaines filles ayant trop bien commencé leur soirée font des strip-teases improvisés... presque une orgie romaine quoi... Et à un moment, une bande de cinq mecs se dirigent vers moi, je ne les connais pas et mes amis sont partis nous chercher à boire. Ils m'encerclent et me demandent si je suis étudiant de première année de médecine, je leur réponds que oui. Ils me proposent de venir avec eux pour me faire visiter la fac... Ils me disent qu'il n'y en a pas pour longtemps, alors j'accepte. Ils m'embarquent et pendant qu'on marchait, ils me demandent si j'ai déjà entendu parler de bizutage et si ça m'intéresserait de tenter le truc... Je leur réponds que non, alors ils essayent de m'attraper (ils sont cinq), je me débats sans trop comprendre se qu'il se passe, et mes potes débarquent pour me filer un coup de main, mais j'avais eu le temps d'en frapper deux d'entre eux à qui j'avais dû faire très mal... Ils n'ont pas demandé leur reste (ils menacent juste) étant donné que mes potes sont arrivés, mais ça prouve que le bizutage forcé, ça existe.

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Bizutage chez les sages-femmes (1973), par Françoise

Mater les petites nouvelles, voilà la mission des "deuxième année". Leur rabaisser le caquet pour les préparer aux humiliations futures.
S'amuser à leurs dépens. Première matinée de stage: Je suis sur les genoux, je regagne ma chambre, mon espace privé, et là je découvre mon lit mis sens dessus dessous, des cendres et mégots éparpillés sur le sol et les meubles... Je n'apprécie pas. Une semaine entière consacrée à ce genre de farces d'un goût douteux : trois "première année" attendent l'ascenseur. Arrivent des "deuxième année" qui nous bousculent et s'engouffrent en ricanant. Je déteste ! On nous taxe les clopes, on nous ridiculise. Puis vient le grand jour : les plus récalcitrantes sont sélectionnées. Traitement de faveur ! Monter les escaliers sur les genoux sous les quolibets des anciennes, boire dans un bassin un liquide jaunâtre, parsemé de particules brunâtres, se faire coincer à la sortie de la douche et exiger qu'on se déshabille devant trois crétines hystériques !, etc.
Un souvenir sympathique : nous sommes toutes convoquées à 12 heures. Blouse, tablier et calot exigés. On confie à chacune un bâton au bout duquel est ficelée une serviette hygiénique barbouillée d'éosine. Le visage tatoué (à l'éosine) des trois lettres ESF (Ecole de sages-femmes), nous défilons dans les rues de Metz. On se marre bien et on termine vers 14 heures : Champagne !

L'année suivante, malgré les incitations de la directrice, nous boycottons ces pratiques. Nous accueillons les nouvelles tout simplement, gentiment.

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Bizutage et sadisme, par Anne-Laure

Au lieu d'être une pratique véritablement initiatique, le bizutage n'est fondé que sur la jouissance qu'exercent les forts (les anciens) sur les faibles (les jeunots). C'est une pratique nombriliste qui ne vise en rien l'intégration des nouveaux. Elle implique que les nouveaux arrivants seront acceptés si et seulement s'ils acceptent leur position de faibles. Cela dit, je garde un souvenir mitigé de mon bizutage puisqu'il m'a appris des choses sur la vie et sur les hommes : On m'a fait acheter un godemiché à Pigalle, on m'a fait vendre des macaronis sur les Champs-Elysées vêtue d'un immense sac-poubelle et on s'est bien fichu de moi ! Je suis heureuse d'avoir connu une nouvelle réalité ce jour-là mais la morale de l'histoire, c'est qu'après un an de prépa HEC (avec un autre bizutage sac-poubelle que j'ai abandonné au bout d'une demi-heure car je ne voulais pas de la suite...) et un an d'école de commerce, j'ai vraiment décidé d'abandonner cette microsociété-là pour faire des études de philo. Je trouve fascinant le sadisme dans la théorie, car selon moi le bizutage est une pratique sadique institutionnalisée, mais je ne souhaite pas être un personnage sadien dans la vraie vie...

Cérémonie grotesque, par Nicolas D.

Ma vie étudiante a été ponctuée de deux "intégrations", dénomination floue qui couvre aussi bien le week-end détente entre potes que les pratiques plus salaces assimilées à du bizutage.

Lors de mon arrivée en prépa, le texte de loi n'était pas voté : nous nous sommes retrouvés en plein mois d'octobre en calecon et débardeur sur les plages de la Côte d'Opale, après avoir subi pendant tout le trajet les concours de guirlande de sous-vêtements, l'escalade de corps enchevêtrés dans les travées du bus, la simulation d'actes sexuels, le concours de léchage de banane... Mais en aucun cas il n'y a eu de contrainte. Et onze ans plus tard, on en reparle en rigolant.

Et il y a eu l'intégration lors de mon troisième cycle. Nous étions plus âgés que les étudiants encadrants de cette école de commerce du 16e arrondissement, moins dociles. La loi était passée, cette fois-ci, on a retrouvé les mêmes jeux, les mêmes gages, les mêmes élections, les mêmes provocations, les mêmes excès liés à l'alcool. Et un terrible tribunal à la fin, punissant en public les rares étudiants qui avaient osé désobéir. Une cérémonie grotesque, sacralisée à outrance, destinée à punir ceux que le BDE (bureau des étudiants) n'avait pas maté. Too much, un vrai bizutage comme ceux décrits dans les reportages et interdits par un texte dont aucun étudiant ne se souciait. Des élèves ont quitté l'école après ce week-end. Je me suis dit que les mentalités n'avaient pas changé.

LEMONDE.FR | 26.09.08 | 20h19  •  Mis à jour le 26.09.08 | 20h19



04/10/2008
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