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Qui votera pour ce drapeau ?


 
Travaillée par l’Union calédonienne, une proposition de loi du pays sur le drapeau kanak comme emblème du territoire est sur le point d’être livrée. Mais, à coup sûr, le projet serait écarté au Congrès s’il était présenté aujourd’hui. La tactique politique est délicate.

 

Lu par ici, peaufiné par là, un texte circule aujourd’hui entre les étages indépendantistes. Cette proposition de loi du pays, poussée par l’Union calédonienne, tend à atteindre un objectif phare : faire flotter le drapeau kanak comme emblème du territoire.
« Le drapeau du pays de la Nouvelle-Calédonie marque ainsi sa personnalité propre aux côtés de l’emblème national », indique une version du projet. La suggestion s’inscrit, bien entendu, dans l’élan de l’adoption du vœu du RUMP Pierre Frogier visant à la coexistence des deux couleurs. Initiative saluée par le président de la République au dernier Comité des signataires, et par le Premier ministre, François Fillon, à Nouméa. Mais un pas supplémentaire et ambitieux est ici réalisé, puisqu’au-delà du symbole, l’étendard kanak est cette fois présenté comme le signe identitaire du pays. « Le temps est désormais venu de donner une base légale à cette démarche positive de reconnaissance mutuelle », remarque une ébauche de la proposition. Sauf que l’affaire n’est pas simple. Annoncé pour début mars, puis il y a une semaine, enfin pour hier, le dépôt du dossier au Congrès n’est en fait toujours pas intervenu. Une Arlésienne... même si le document plusieurs fois corrigé existe bel et bien.

Echec. Une dernière rencontre entre personnalités de l’UC devait, hier mercredi, mettre un point final ou presque au document. En raison du décès de Philomène Machoro, sœur d’Eloi Machoro, la réunion a été renvoyée à une date ultérieure.
Sur le plan politique, une carte est tombée : fidèle partenaire de l’Union calédonienne sur la thématique des drapeaux, le Rassemblement-UMP a annoncé ne pas vouloir voter en faveur de cette proposition de loi du pays sur le drapeau kanak. Le contraire aurait été étonnant vis-à-vis de ses militants soucieux de préserver aujourd’hui la ligne du parti.

La proposition ne serait pas adoptée, à l’heure actuelle, dans l’hémicycle.

« Ce n’est pas une surprise, observe Roch Wamytan, président du groupe UC-FLNKS au Congrès. Ils ne sont pas dans cette logique-là, et ils n’ont jamais assuré quoi que ce soit » sur ce point. Or, le texte promu par l’Union calédonienne devra être adopté aux trois cinquièmes des élus. Et les entités indépendantistes, seules, ne recueillent pas le nombre de voix nécessaire. Conclusion arithmétique simple, la proposition ne serait pas adoptée, à l’heure actuelle, dans l’hémicycle. Echec attendu.

Retrait. Pourquoi alors déposer un tel projet, voué à être écarté sans concession ? Est-ce là un coup politique ? Une action, histoire de fédérer tous les membres indépendantistes autour d’une initiative UC, annoncée à Thio avec le plan du renversement du gouvernement Gomès ? La tactique peut être, de même, diversement appréciée par les adhérents de base qui concluraient à un retrait du RUMP dans la démarche des drapeaux.
Comment expliquer aux militants ? À l’extrême, la situation confuse pourrait servir le discours de Calédonie ensemble. Que faire ? Cette proposition de loi du pays est délicate, également sur le terrain administratif. Car une fois remis au Congrès, le texte est adressé dans les quarante-huit heures au gouvernement qui doit faire connaître son avis. Et passé le délai d’un mois, son jugement est réputé avoir été donné. Mais, dans le contexte actuel, l’exécutif démissionnaire ne peut procéder à une telle opération : il ne s’agit sûrement pas d’une affaire courante. L’Union calédonienne n’a donc pas intérêt à se précipiter. Sauf qu’auprès de ses troupes comme de la sphère politique, le projet est désormais connu...

Yann Mainguet

 

« Que notre drapeau soit notre compagnon maintenant »

« Kanaky est en train de naître ! Que notre drapeau soit notre compagnon maintenant... » Les mots de Jean-Marie Tjibaou, prononcés à La Conception le 1er décembre 1984 lors de la première montée des couleurs indépendantistes, n’ont jamais quitté la tribune du FLNKS.

Choisi au moment de l’exercice du gouvernement provisoire de Kanaky et de la naissance du FLNKS, le drapeau se veut « de terrain, réunissant les forces de l’ensemble des régions » de Nouvelle-Calédonie, selon l’Union Calédonienne. Selon la synthèse des travaux des commissions œuvrant du 22 au 24 septembre 1984, « le drapeau de la République Kanaky a été décrit : de trois bandes horizontales dont les couleurs sont, de bas en haut : le vert qui symbolise la terre des ancêtres, la richesse du sol et l’espoir, le pays; le rouge qui symbolise le sang versé dans la lutte, le socialisme et l’unité du peuple ; le bleu qui symbolise le ciel et le Pacifique environnant, la souveraineté dans le Pacifique du Pays kanak ; vers la hampe, un disque d’or qui représente le soleil sur lequel s’inscrit en noir la case avec la flèche faîtière et son toutoute ».

Une constante

« Présent sur tous les fronts pendant la période dite des Événements, de 1984 à 1989, ce drapeau désormais devenu le symbole identitaire des Kanak indépendantistes, est arboré dans les manifestations ou sur les bâtiments officiels des communes dont le maire est indépendantiste, et sa légitimation comme drapeau unitaire du pays a toujours été une constante de la revendication indépendantiste », écrit l’historienne Christiane Terrier dans la Revue juridique politique et économique, et qui ajoute : « un dernier point intéressant reste à souligner : la Nouvelle-Calédonie est la seule communauté d’Outre-mer française du Pacifique à ne pas posséder son propre drapeau ».
Depuis le 23 novembre 1984, la Polynésie française possède sa propre bannière. Un an plus tard, « faisant suite à des drapeaux qui existaient dans chaque royaume », le territoire de Wallis-et-Futuna s’est doté de son propre emblème « adopté seulement localement, car c’est le drapeau français qui reste le drapeau officiel ».

 

 

 

Le drapeau kanak pour le pays ?

  •  Le Rassemblement-UMP

Attaché au maintien de la Calédonie dans la France, le RUMP votera contre la proposition de loi du pays émise par l’UC sur le drapeau kanak comme emblème du pays. Un amalgame, qui a pu traverser l’esprit de militants, n’a pas lieu d’être, selon Gaël Yanno : initiative du patron du Rassemblement, le lever des deux étendards dans la majorité des communes ne s’inscrit pas dans la recherche d’un signe identitaire ; mais cette démarche traduirait la volonté de confirmer une reconnaissance mutuelle. Néanmoins, au sein du parti comme sur la place politique, l’acte a perturbé les opinions. D’autant qu’en août dernier au Congrès, Pierre Frogier a affiché sa « conviction qu’il est prématuré de rechercher un drapeau du pays selon les directives du point 1-5 de l’accord de Nouméa ».

  • Palika-UNI

La proposition de loi du pays devait être portée « ensemble » au Congrès. Autrement dit, les quatre composantes du FLNKS s’alignaient, dans l’idéal, derrière l’idée. En fait, il n’en sera rien. Le Palika-UNI votera bien sûr en faveur du texte. Mais pour le symbole préalable, il faudra repasser. Car « nous, nous sommes dans une autre démarche, note Jean-Pierre Djaïwé : faire en sorte que le gouvernement mette en place un comité, comme pour les autres signes identitaires », voire même, pour les deux thématiques délicates, le drapeau et le nom du pays, instaurer « une consultation. Donner à la population la possibilité de pouvoir s’exprimer ». En clair, le mouvement de Paul Néaoutyine n’apprécie guère la méthode déployée par le parti « frère », l’UC, autant soudaine que non concertée.

  • Calédonie ensemble

Sans surprise, l’organisation de Philippe Gomès écartera la proposition de l’Union calédonienne. Pour deux raisons. Calédonie ensemble prône un lien indéfectible avec Paris. Enfin, fidèle à sa position clamée haut et fort, le parti annonce suivre au pied de la lettre l’accord de Nouméa invitant à rechercher « en commun » un drapeau du pays « pour exprimer l’identité kanak et le futur partagé entre tous ». Un nouveau vœu vient d’être déposé au Congrès mardi en ce sens. Une crainte avait été émise dans les rangs de Calédonie ensemble, celle qu’aucune discussion politique ne soit engagée sur l’étude d’un étendard pour le pays et que, par conséquent, le drapeau du FLNKS ne redescende plus du mât.

  • Parti travailliste

Calé sur sa revendication d’indépendance en 2014, le Parti travailliste voit d’un bon œil la proposition de loi poussée par l’UC. « C’est légitime », estime Louis Kotra Uregei, au regard de l’histoire du pays. La naissance d’un drapeau commun issu d’« un concours de dessins » n’aurait que peu de sens, selon le patron du parti : « il faut toucher la fibre des gens ». Sur cette ligne, et comme le benjamin des mouvements politiques l’a indiqué, la proposition de Pierre Frogier sur les deux étendards est « majeure pour ce pays ». Rattacher systématiquement les couleurs kanak ou du Front à la violence est une erreur. LKU se dit « prêt dans un débat à comparer ce que représente le sang kanak depuis 1853 sur le drapeau français, et le sang français sur le drapeau FLNKS ».

  • Avenir ensemble-LMD

La proposition de l’Union calédonienne recueillera un avis défavorable de la part du groupe Avenir ensemble-LMD. Même si « la porte reste ouverte pour trouver un emblème commun », Pascal Vittori considère, comme des leaders du RUMP, qu’il est peut-être un peu tôt aujourd’hui pour trouver ce signe fédérateur. « Il faut prendre le temps », au regard surtout du déchaînement des passions sur la thématique. Dans cette logique, la formule de Pierre Frogier autour des deux drapeaux est « une solution » afin de débuter les discussions sur l’avenir du pays. Question alors centrale : quand seront véritablement lancés les travaux sur l’étendard unique, et qui donnera le coup d’envoi officiel ?

  • LKS

Attaché à sa ligne louant une indépendance d’esprit, le parti Libération kanak socialiste a une position particulière : « je voterai pour aucun drapeau », sourit Nidoïsh Naisseline. Si le drapeau FLNKS représente l’identité kanak, un thème cher au grand chef, « je dis qu’il y a tricherie. Car les Kanak du RPCR sont aussi Kanak que nous. L’identité, c’est nous tous ». En clair, une large discussion sur le signe identitaire est primordiale, aucun drapeau ne doit s’imposer comme les couleurs du pays. Aucun étendard, ni tricolore ni indépendantiste, ne flotte à la mairie de Maré, dirigée par le LKS Basile Citré.

  • Union calédonienne

Le premier lever des couleurs indépendantistes en 1984 par Jean-Marie Tjibaou, figure historique de l’Union calédonienne et du FLNKS, saluait la naissance de « Kanaky ». Le présent projet de l’UC pour le pays vise alors d’emblée deux buts : prendre l’initiative à l’aube des discussions de fond sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie, et par ricochet, tenter de marquer le leadership du parti au sein du Front.

  • RPC

Dans le projet présenté par l’Union calédonienne, le Rassemblement pour la Calédonie voit un étendard indépendantiste, et non un drapeau kanak. « Il y a eu une dérive dans l’appellation. Entre 20 et 25 % des Kanak ne sont pas indépendantistes », avance Jean-Luc Regent. L’élu ne validera pas par sa voix au Congrès la proposition de l’UC, comme il pouvait être aisément prédit au sein du parti emblématique de Jacques Lafleur. En revanche, le mouvement apportera volontiers sa pierre à l’édifice d’un drapeau commun « reconnu par tous, conformément à l’accord de Nouméa ». Une commission ad hoc et un débat sont souhaités sur « un sujet aussi majeur ».

 

 



17/03/2011
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