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Le bel avenir du septième art mélanésien

Lun 20 Sep 2010 |20:00, Les Nouvelles Calédoniennes.

Le Festival international du film documentaire océanien est sorti de ses murs. Ouvert officiellement samedi à Maré, il va permettre, jusqu’à mercredi, de faire connaissance avec les films du festival, avec quelques-uns des réalisateurs, mais également de réfléchir à la manière dont nous, Océaniens, devons nous approprier la création d’images.

La journée de samedi a été marquée par l’ouverture officielle du Festival international du film documentaire océanien (Fifo) « hors les murs », qui est accueilli pour la première fois à Maré.
La délégation s’est rendue pour le geste coutumier à la chefferie de Tadine, puis devant la mairie, où s’est déroulée l’ouverture proprement dite, en présence notamment des autorités coutumières et avec les interventions du maire, Basile Citré, des responsables de RFO, Bernard Joyeux et Patrick Durand-Gaillard, et du président du Fifo, Wallès Kotra.
Pour ce dernier, originaire de Tiga, cette étape maréenne prend évidemment une signification toute particulière. Il s’agit de faire rayonner les « cultures océaniennes en voie de disparition » dans le tourbillon de la mondialisation et de les faire vivre pour et par les acteurs locaux, afin de mettre en connexion traditions du passé et défis de l’avenir.
La toute jeune association Hna Wala Inu (que l’on pourrait traduire par « en suivant mes traces »), menée par Elie Peu, en a profité pour présenter ses objectifs : ne plus se contenter de « subir l’image » mais tenter de la maîtriser, de mettre en place les structures qui facilitent les projets, d’encourager la production de petites réalisations, mais aussi de recueillir le patrimoine culturel de Maré. Il s’agit également de démocratiser l’outil audiovisuel.
Les danseurs de Wakone ont rythmé la cérémonie d’ouverture et ont symboliquement rappelé la place de la tradition dans la culture maréenne.
Le festival a été inauguré par la projection du film En Pays Nengone, d’Elie Peu. Le film, qui part à la rencontre de Maréens dans leurs activités traditionnelles et leur vie quotidienne a suscité chez les spectateurs beaucoup de fierté,  d’émotion et de joie, lorsque l’on reconnaît un proche par exemple. Bref, il n’a laissé personne indifférent.

Faire rayonner les cultures océaniennes en voie de disparition dans le tourbillon de la mondialisation.

De manière générale, le programme est assez large et comporte des films qui portent sur les enjeux contemporains du Pacifique. Beaucoup ont une dimension engagée sur la protection des minorités ou des peuples, comme Justice Diari (Nouvelle-Zélande), Bastardy (Australie) ou Noho Hewa (Hawaï), ou encore les enjeux du développement, comme Sevrapek City (Vanuatu) ou Eco-Crimes.
En plus d’Elie Peu, des réalisateurs sont venus présenter leurs œuvres et en débattre avec le public. C’est le cas de Brigitte Whaap, avec son film Cannibales, retraçant le contexte de la fameuse exposition coloniale de 1931 par le biais de l’itinéraire et des recherches de Wasapa Kaloi, descendante métropolitaine d’un de ces exilés drehu qui a, à l’époque, été forcé de jouer le cannibale derrière les grilles du zoo de Vincennes.
Moana Sinclair, réalisatrice maorie, est venue au festival présenter Justice Durie, sur le juge Edward Taihakurei Durie et son combat pour la cause maorie. Malgré l’exigence du film et la difficulté d’appréhender le contexte néo-zélandais, les débats ont porté sur les liens entre le combat pour la reconnaissance des droits coutumiers des Maoris en Nouvelle-Zélande et celui des Kanak.Enfin, la journée s’est achevée par une séance d’information et un débat autour de l’arrivée prochaine de la télévision numérique terrestre. Bernard Joyeux, directeur régional de RFO, et Patrick Durand-Gaillard, directeur des antennes, ont insisté sur la portée culturelle de cet événement pour la chaîne en particulier et pour le pays en général : RFO se devra de présenter davantage de productions locales, ce qui pose le problème de la production que des initiatives locales et privées devront alors assurer.
Les projections se poursuivront jusqu’à mercredi et se délocaliseront sur le site de Tadurem, pour se fondre avec le Festival des arts mélanésiens, qui y prendra ses quartiers la semaine prochaine.

 

« Laisser la parole aux gens »

Questions à... Elie Peu, réalisateur.

  • Les Nouvelles calédoniennes : Quelle a été votre approche pour mener à bien votre film, en pays nengone ?

Elie Peu : Il faut de la patience. Pour réaliser le film, j’ai dû partir à la rencontre des gens et faire de longs repérages pour rechercher des profils et les définir. Il fallait laisser la parole de ces Maréens se libérer. Au final, les gens de Maré ont progressivement oublié la caméra et se sont ouverts avec beaucoup de naturel.

  • Quel est l’objectif de ces « rencontres » filmées ?
Il s’agit de laisser la parole aux Maréens et les laisser s’exprimer sur ce qui semble pour eux aller de soi. Cultiver l’igname, pêcher le vivaneau, garder les champs contre les cochons sauvages, évoquer les souvenirs de la navigation d’autrefois, autant d’activités dont ils parlent peu, par pudeur. Je voulais mettre à l’honneur des images de chez eux et montrer qu’elles ont tout autant d’importance et d’intérêts que des images d’ailleurs.


21/09/2010
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