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A Toulouse, les jeunes préfèrent le solidaire au solitaire

Libération.fr, 06/04/2011, Par GILBERT LAVAL.

Regroupés en colocation, des étudiants troquent leur engagement dans la vie de la cité en échange de loyers modérés.

Il y a une machine à laver le linge que les quatre étudiants locataires ont acheté en commun, quoiqu’habitant deux étages différents de ce petit immeuble de la route d’Albi, à Toulouse. Il y a une planche à repasser aussi, au deuxième, chez Muriel, Martin et Stéphanie. Le fer est au premier, chez Vincent. Une cinquième locataire partageait l’appartement de ce dernier avant de retourner vivre chez ses parents. «Je me retrouve avec 76 m2 pour moi tout seul», sourit-il. Du coup, c’est chez lui que toute la bande vient étendre son linge. Ils étudient en cinquième année de Sciences-Po, en Master 2 de sociologie, à l’IUFM en sciences éco, à l’Institut national polytechnique de Toulouse : cette bande, ce sont les colocataires de la Kaps, Koloc’ A projets solidaires.

 

«Cool». Dans ces lieux lui appartenant, la mairie de Toulouse a installé pour chacun un lit une place, un bureau, une table et des chaises en échange d’un loyer individuel de 140 ou 185 euros - charges comprises - selon qu’ils sont boursiers ou pas. Et quand il y a trois jours de coupure de courant comme en décembre, toute cette auberge espagnole installe ses matelas chez Vincent. «Là, dit-il, 76 m2, ça fait un peu juste. Mais c’est cool.» Voilà pour la Koloc’.

Le projet solidaire, ce sont les deux heures hebdomadaires que leur demande en échange la mairie à travers l’Association de la fondation étudiante pour la ville (Afev) : de l’entretien d’espaces verts - comme c’est le cas pour la Kaps du quartier Bagatelle - à l’accompagnement d’enfants à l’école ou encore un coup de main pour tel festival. La colocation de la route d’Albi a choisi d’animer le café citoyen du Foyer de jeunes travailleurs de Jolimont.

Ce soir-là, il y a la Ligue des droits de l’homme, la Commission citoyen-justice-police, le directeur opérationnel de la police municipale et son adjoint pour un débat sur la sécurité. Vincent n’a pas su convaincre la police nationale d’y participer. Muriel, elle, n’a pas su convaincre son Mac de fonctionner… L’extrait du film la Haine restera dans la boîte. Sinon, tous deux modèrent la quarantaine de participants et distribuent les temps de parole en habitués. Stéphanie a bossé le sujet à fond avant de venir. Elle s’amuse avec Muriel : «Il faut préparer tout ça, mais c’est de répondre aux journalistes qui nous prend le plus de temps.»

L’expérience des loyers étudiants modérés avec contrepartie solidaire est une piste observée de très près. «Si ça marche, explique Hélène, une animatrice de l’Afev, des deux sites de Bagatelle et route d’Albi, Toulouse pourrait passer à une dizaine.» Le Crous et la BNP participent, quand la mairie propose des lieux et l’Afev fait le casting des colocs. L’expérience a été lancée à Paris et Poitiers.

 

«Confiance». Muriel a remplacé son lit une place par un matelas de 140 cm. Celui de 90 sert de canapé pour les réunions préparatoires aux «opérations solidaires» que les quatre colocataires tiennent le lundi chez Vincent. Muriel avait déjà cinq ans d’expérience de colocation en Espagne. Vincent a été formé par l’internat au lycée. Martin, allemand, a trouvé là une occasion de s’intégrer davantage. Stéphanie, qui arrive de Suède, rêvait de sociologie expérimentale. La vie en commun était trop inconfortable pour la colocataire qui est partie. «Il n’y a pourtant que très, très peu d’accrocs», tempère Vincent pour qui, outre le loyer abordable, l’avantage est «la confiance» qui leur est faite pour concevoir le travail solidaire qu’on leur demande, sans pointeuse ni contremaître. Le reste roule tout seul. Les quatre colocataires ont même un réfrigérateur chacun.



12/04/2011
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